Au secours des dépourvus

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L'arbitrage politique par les citoyens se passe au jour d'une élection. C'est devant ce forum qu'il faut savoir plaider pour convaincre.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Une journée, le Regroupement des élus municipaux indépendants (RÉMI) veut m'enlever le droit de participer à l'élection du maire. Le lendemain, un conseiller de ma ville voit une telle menace dans les partis qu'il demande au gouvernement québécois de les bannir du paysage municipal pour nous protéger.

Tant qu'à y être, voulez-vous le trousseau de clefs de l'hôtel de ville au complet et un mandat à vie pour gouverner?

J'aimerais qu'on m'explique quelle errance démocratique justifierait qu'on remette le choix d'un maire entre les mains des conseillers municipaux plutôt que de l'élire au suffrage universel comme c'est le cas actuellement.

Aucun membre du conseil municipal de Sherbrooke, pas même parmi ceux qui flirtent avec le RÉMI, ne s'est lancé dans l'exercice après que la fondatrice de ce nouveau mouvement provincial, Sylvie Goneau, eut lancé l'idée en commission parlementaire à Québec.

D'un point de vue strictement pratique, comment pourrions-nous juger de la valeur de candidats ayant un certain potentiel pour devenir maire dans une lutte qui impliquerait plus d'une soixantaine de personnes? Vous en invitez quatre à débattre que ça vire la plupart du temps en cacophonie.

Il y a eu 71 postulants aux postes de conseillers municipaux ou d'arrondissement à Sherbrooke en 2013. Ce nombre devrait diminuer en 2017 étant donné que le nombre de districts électoraux passera de 19 à 14. Quand même, comment une couverture médiatique minimale et équitable pourrait-elle être assurée de manière aussi éclatée?

Le taux de participation a reculé à 42 % à Sherbrooke en 2013, élection municipale au cours de laquelle le maire Bernard Sévigny a obtenu un second mandat pratiquement sans opposition. On maintiendrait ou on augmenterait le niveau d'intérêt de l'électorat à voter seulement pour les sages qui, ultimement, auraient plus de clairvoyance que nous pour désigner un maire?

Permettez-moi d'en douter. C'est complètement farfelu.

Voilà par ailleurs que le conseiller sherbrookois Julien Lachance se pose à son tour en défenseur de la démocratie.

« Ce que l'on aime le moins de la politique, c'est la partisanerie; ce qui amène la partisanerie, ce sont les partis », livre-t-il comme plaidoyer en appelant le ministre des Affaires municipales, Martin Coiteux, « à interdire les partis municipaux comme cela se fait déjà dans d'autres provinces ».

Les conseils municipaux se plaignent constamment de la tutelle provinciale. L'autonomie municipale est réclamée à cor et à cri par celles et ceux qui s'estiment pleinement aptes à prendre les meilleures décisions dans l'intérêt de leurs citoyens. Mais ça prendrait un décret ministériel pour éliminer le démon qui vit à travers les élus appartenant à des partis politiques!

Êtes-vous brimé par le maire Sévigny ou par des membres de son parti?

« Non, mais la dynamique change au conseil municipal. Elle se détériore. Nous sommes de plus en plus dans un esprit de confrontation », répond le conseiller Lachance.

Au point où le conseil municipal est dysfonctionnel?

« Pas encore, mais il pourrait le devenir si on laisse aller les choses ».

Si les relations s'enveniment à ce point, même à 14 élus indépendants autour de la table du conseil municipal et dans les conseillers d'arrondissement, vous n'avez aucune façon de tenir tête au maire Sévigny et à ses 10 disciples du Renouveau sherbrookois?

Au lieu de vous accrocher à la queue de manteau d'un ministre, pourquoi ne pas vous employer à nous convaincre, nous, citoyens, que le risque de dérapages est réel? Vous nous croyez complètement dépourvus, incapables de remédier à la situation par nos propres moyens?

Est-ce dire alors que vous doutez de la capacité de discernement des Sherbrookois, de la sagesse populaire qui est gardienne de notre démocratie?

« Pas du tout. Les autorités provinciales sont à revoir les règles de gouvernance et c'est dans ce contexte que j'émets la suggestion », se justifie le conseiller Lachance.

Je ne sais pas pour vous, mais moi, quand quelqu'un veut diluer mon droit de vote ou qu'un autre a le réflexe de se tourner vers un législateur pour déterminer ce qui est bon ou pas pour moi, ça m'irrite au plus haut point. C'est une atteinte à mon intelligence.

Les curés de la moralité politique devraient chercher les solutions aux problèmes là où elles se trouvent : dans l'arbitrage des citoyens au jour d'une élection.

C'est devant ce forum qu'il faut savoir plaider pour convaincre. Autrement, il se peut qu'un électeur vous perçoive comme un dépourvu.

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