La ruée vers Sutton

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La relance entre les promoteurs souhaitant mettre la main sur la station Mont Sutton, reconnue pour ses sous-bois, contraste avec ce que la région a connu au moment où le gouvernement Québec a voulu se sortir du bourbier Orford.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

ANALYSE / On croyait la station de ski Mont Sutton pratiquement vendue. Surprise, est arrivée une proposition de dernière minute augmentant la mise.

Nous offrons 1 M$ de plus pour Ski Sutton Inc. et nous sommes prêts à allonger 1,7 million de dollars supplémentaires pour acquérir les autres actifs de la corporation, aurait signifié un groupe d'investisseurs parmi lesquels se trouvent deux professionnels originaires de Sherbrooke, les frères Philippe et Daniel Thirion.

À 4,3 ou à 7 millions de dollars pour Sutton, la foi ne semble pas tenir à la faible fréquentation au cours du présent hiver portant la signature d'El Nino. Ça ne ressemble pas non plus à ce qu'on a connu lorsque Québec a voulu se sortir du bourbier de la station touristique du Mont-Orford, dont les actifs ont été cédés à la MRC Memphrémagog pour la somme symbolique de 1 $!

Si vous doutiez encore du handicap de faire rouler un centre de ski dans un parc provincial, en voici une autre preuve. L'intérêt des investisseurs n'est pas le même pour acquérir des actifs sur des terres privées qu'en milieu protégé.

Si vous vous accrochez encore au rêve d'il y a 20 ans, de voir naître un jour « une station de ski internationale à Orford », faites-en le deuil. L'idéal du passé ne colle plus à la réalité d'aujourd'hui, admet sans détour le président de la Corporation Ski et Golf du Mont-Orford, Jacques Demers.

« C'est vrai. Notre capacité d'investissement demeurera modeste sans revenus de l'immobilier. Sauf que l'attrait pour Sutton prouve qu'il y a de l'avenir dans le ski. Ça vaut la peine de continuer à investir. Ce n'est pas parce qu'il faut repenser notre modèle que nous sommes dépourvus de moyens. Nous avons un immense parc récréatif, à l'intérieur d'un parc national ayant un potentiel d'attraction de 700 000 et 1 000 000 de visiteurs pas année », table M. Demers.

Un prospectus identifiant le potentiel de développement à Owl's Head circule par ailleurs sur les marchés. À 86 ans, son propriétaire Fred Korman se fait vieillissant. Cette station hivernale a pour particularité d'avoir une vaste superficie de 1200 acres « zonée blanc » pouvant être mise en valeur au pied de la montagne.

« S'il y a un développement immobilier important un jour, ce sera effectivement plus à Owl's Head qu'à Orford » corrobore M. Demers en portant cette fois son chapeau de préfet de la MRC Memphrémagog.

Le directeur général de Tourisme des Cantons-de-l'Est, Alain Larouche, souscrit à ces observations.

« Bromont et Sutton forment ensemble un pôle d'intérêt très dynamique, renforcé par la route des vins. Ce qui se passe présentement à Sutton ne compromet en rien les visées pour Orford. Au contraire, ça rend nos prétentions plus crédibles quant au potentiel des sports d'hiver. Le parc n'est pas disparu, il a été agrandi. Le créneau pour Orford est celui de la diversité », croit M. Larouche.

Les plans d'investissements accompagnant les offres formulées à la famille Boulanger, propriétaire de Sutton, n'annonceraient toutefois pas d'injection massive de capitaux.

« C'est tout de même positif puisqu'une transition réussie aidera la région des Cantons-de-l'Est à demeurer un marché reconnu dans l'industrie », juge pour sa part le président de Ski Bromont, Charles Désourdy.

Cette entreprise a élaboré un projet de 200 M$ comprenant notamment la construction d'un parc aquatique quatre saisons semblable à celui de Jay Peak.

« Notre projet n'a pas été retenu par le gouvernement, qui a jugé sa part d'investissement trop élevée. Le peu d'espace dont nous disposons nous obligeait à prévoir des stationnements à étages. Juste cela coûterait 20 millions. C'est sur la glace pour le moment », explique M. Désourdy.

Il y aura 10 ans, le 6 mars, que le gouvernement Charest a voulu extraire du parc national du Mont-Orford les terres exploitées à des fins récréatives pour le ski et le golf afin d'y permettre un développement immobilier. Était-ce le bon choix?

« On ne saura jamais si les 1000 condos annoncés existeraient aujourd'hui. Permettez-moi d'avoir des doutes, car un projet de 540 condos a été lancé à Bromont en 2004 et il y en a seulement 120 qui sont construits aujourd'hui. Je n'ai jamais pensé que c'est l'immobilier qui sauverait Orford », juge Charles Désourdy.

Installer autant de canons à neige qu'à Bromont, par contre, n'aurait sûrement pas nui. Dans un parc, ça demeurera toujours plus délicat...

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