Notre errance collective

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La solitude et la pauvreté au centre-ville ne peuvent être ignorées à la lumière d'une analyse de la direction de la Santé publique de l'Estrie, dont les conclusions recoupent les observations de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Une cérémonie commémorative a lieu chaque année, en novembre, autour du cénotaphe de la côte King érigé à la mémoire de nos militaires. Il ne faut jamais oublier les sacrifices des batailles dans les tranchées.

À l'opposé, on fait bien peu de cas des soldats qui combattent la misère humaine dans le pourtour de cette statue constituant l'un de symboles de Sherbrooke. Comme si cette guerre n'existait pas.

Les organismes offrant la soupe populaire, les banques alimentaires, les autres acteurs du milieu communautaire, tous constatent que la précarité se répand au centre-ville. Cette réalité devient gênante à ignorer à la lumière d'une analyse de la direction de la Santé publique de l'Estrie, dont les conclusions recoupent les observations des équipes de terrain de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue.

Vaut mieux être riche et en santé que pauvre et membre de la « communauté du centre-ville » où les risques de mourir prématurément (avant l'âge de 75 ans) sont deux fois plus élevés qu'ailleurs en Estrie ou dans le reste du Québec, a constaté la Santé publique.

Le portrait n'est vraiment pas jojo dans le quartier des poqués où 3400 concitoyens vivent accablés par toutes sortes de facteurs de stress. Démunis financièrement, perturbés psychologiquement, tourmentés par des souffrances intérieures réprimées ou engourdies par la dope, une vie de solitaire en errance dans l'engrenage des allers-retours entre les unités de soins et l'environnement de nulle part.

Bien sûr, on imaginait tout cela.

Comme on savait aussi que les piétons étaient dangereusement exposés à une circulation automobile de plus en plus dense avant l'accident mortel ayant fauché une jeune mère près du pont Aylmer. À la suite de cette tragédie, la Ville de Sherbrooke s'est engagée dans la révision de la gestion des feux pour piétons sur l'ensemble de son territoire.

Cette analogie n'est pas mienne, c'est une image du directeur du Centre de développement communautaire de Sherbrooke, Christian Bibeau, qui est évidemment d'avis que ce sombre tableau appelle de la même façon à des remises en questions.

« On ne peut plus laisser les choses continuer à se dégrader. Cet état de situation étant partagé par les gens du réseau de la santé, il faut faire d'autres choix », croit aussi la directrice générale de la Coalition sherbrookoise pour le travail de rue, Chantal Fortier.

La proposition d'un centre de jour est lancée. Encore faudra-t-il le financer. Mais rien n'empêche de promouvoir l'idée. Si le modèle de guichet unique est utile en affaires pour aiguiller efficacement des gens allumés et clairvoyants, il ne peut sûrement pas nuire pour aider des désemparés.

La directrice de la Santé publique de l'Estrie, Dre Mélissa Généreux, croit réaliste d'espérer des réaffectations budgétaires dans le milliard dévolu au réseau régional de la santé.

« Quand on voit le nombre de visites à l'urgence en santé mentale doubler en sept ans et que ces besoins représentent 10 pour cent des soins afin de répondre à un groupe constituant seulement 2 pour cent de la population, ça parle. En pensant autrement, on peut économiser des sommes qui seraient mieux investies en prévention », avance-t-elle.

Outre les pouvoirs publics, les intervenants communautaires doivent aussi s'allier des partenaires privés. Avec leurs maigres moyens, ceux-ci récoltent seulement des miettes une fois que les grandes institutions comme l'Université de Sherbrooke ou la Fondation du CHUS sont passées.

Actuellement, les deux tiers des sommes allouées par la Fondation du CHUS servent à l'achat d'équipement. Pour l'essentiel, l'autre tiers finance des travaux de recherche. Deux pour cent des investissements sont classés dans la catégorie « autres ».

Des remises en question sont-elles également souhaitables de ce côté?

« Je ne veux pas qu'on retienne que je suis contre les services curatifs et l'amélioration des équipements nécessaires pour livrer des soins. Je suis consciente que c'est ce que la population demande.

« Il est glamour d'appuyer les fondations parce que c'est ce qui est mis en évidence. Moi, j'aimerais que ça devienne aussi glamour d'épouser une cause sociale. Que chacun d'entre nous se sente interpelé par la situation du centre-ville. L'affection témoignée récemment lors du décès de Madame Boo a démontré que cette sensibilité existe. À mon avis, faut juste la renforcer », croit la Dre Généreux.

L'errance est collective. Il presse de retrouver le chemin de la solidarité.

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