Le (piètre) négociateur

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Le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, a relayé sur les réseaux sociaux la lettre de son homologue de Drummondville, Alexandre Cusson, dénonçant le vandalisme commis lundi soir par des membres du Syndicat canadien de la fonction publique.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / À 13 h 23, jeudi, le maire Bernard Sévigny a posé une bombe à l'hôtel de ville.

Comme la menace n'a pas été signalée à la centrale 911, l'escouade tactique du Service de police de Sherbrooke n'a pas été dépêchée sur les lieux. L'engin n'ayant pas été non plus soumis à l'expertise d'artificiers, on n'en connaît pas encore la charge explosive.

Les premières informations donnent à penser qu'il s'agit d'une bombe artisanale que M. Sévigny aurait ramenée dans ses bagages au retour de sa dernière réunion au conseil d'administration de l'Union des municipalités du Québec (UMQ)...

Durant son heure de lunch, le maire de Sherbrooke a partagé sur sa page Facebook une lettre ouverte intitulée « Non à l'intimidation syndicale », dans laquelle son homologue de Drummondville, Alexandre Cusson, déplore le tumulte causé durant l'assemblée de son conseil municipal, lundi soir, par des membres du Syndicat canadien de la fonction publique.

« En plus de troubler l'ordre public et de contrevenir à de multiples règlements municipaux, ces syndiqués en ont profité pour vandaliser la propriété publique et s'en sont également pris à ma voiture », a dépeint le maire Cusson.

Bernard Sévigny étant 1er vice-président de l'UMQ alors qu'Alexandre Cusson en est le 2e vice-président, la solidarité corporative est évidente. Les deux politiciens militent activement en faveur du projet de loi que le gouvernement Couillard a promis aux villes afin que celles-ci puissent imposer les conditions de travail aux employés municipaux.

Pourquoi tiquer alors sur l'initiative du maire Sévigny?

Parce qu'elle risque de froisser inutilement et peut-être même de lui attirer des problèmes.

Si le maire de Sherbrooke avait accompagné sa publication d'un bref message pour féliciter ses employés municipaux de ne pas avoir posé de gestes répréhensibles jusqu'à maintenant malgré certaines frustrations, je ne dis pas. J'aurais même trouvé ça habile de sa part.

Là, ça pourrait déraper sur des sous-entendus.

Rappelons qu'en décembre, les véhicules du conseiller Serge Paquin et de sa conjointe qui est aussi greffière de la Ville, Isabelle Sauvé, ont été vandalisés. Le président du comité exécutif avait vite écarté l'hypothèse d'une vengeance syndicale.

« Je ne me lancerai pas dans les supputations ou les hypothèses. Je n'ai aucun élément qui me laisse croire que ce soit relié. Nous ne sommes pas dans une période cruciale de négociation avec le syndicat. Il n'y a pas de vote de grève... » avait commenté M. Paquin.

Le maire Sévigny s'était montré tout aussi prudent.

« Nous ne connaissons ni les raisons ni qui a commis ces gestes. Même si l'on voulait pousser l'analyse, il faudrait qu'elle repose sur des faits plutôt que sur des hypothèses », avait-il dit.

À moins que le maire ait aujourd'hui des pistes sérieuses pour alimenter des soupçons, il devrait se tenir loin des chicanes de voisins mettant en cause la famille syndicale de ses employés pour s'éviter des reproches d'insinuations malveillantes.

À plus forte raison, au moment où son administration cherche une approche constructive pour en arriver à un règlement avec les syndicats sur les caisses de retraite, boulet financier dont il se plaint constamment.

« Il faut se donner un corridor de négociation », exprimait comme souhait en début de semaine le directeur des ressources humaines de la Ville, Alain Duval, pressé de s'entendre avec les syndicats sur la nomination d'un arbitre.

Depuis, une date d'arbitrage a été fixée. Les deux parties ont rendez-vous le 19 avril. Le maire vient-il de donner un coup de pouce à son négociateur patronal comme il sera utile qu'il le fasse?

Il serait étonnant que cette prise de position soit reçue dans les différents services municipaux comme une invitation sincère au dialogue sur une base d'ouverture et de transparence.

Elle risque au contraire d'alimenter dans les rangs syndicaux le sentiment que M. Sévigny se préoccupe davantage de la campagne de charme qu'il doit mener pour espérer devenir président de l'UMQ, ce printemps, que de conclure des ententes pour le renouvellement des conventions collectives et la gestion des caisses de retraite.

Irrité par certains comportements durant la dernière grève des cols bleus, il y a cinq ans, le maire de Sherbrooke a boycotté la séance de signature de l'entente finalement conclue. Il n'a guère envoyé depuis de messages exprimant un désir de rapprochement.

Pour revenir à ce qui s'est produit à l'hôtel de ville, il n'était effectivement pas nécessaire d'appeler la police. Ce n'est qu'une toute petite bombe. À peine une grenade.

Sauf que loin d'assainir le cadre de discussion, le maire n'a fait qu'attiser les tensions. Qu'il ne se surprenne pas de voir débarquer des mécontents à l'hôtel de ville.

Remarquez, c'est peut-être ce qu'il souhaite. Ça viendrait légitimer son militantisme provincial.

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