Le pif et les nez qui saignent

Ayant avoué ouvertement son intérêt pour le poste... (Spectre, Jessica Garneau)

Agrandir

Ayant avoué ouvertement son intérêt pour le poste du maire Bernard Sévigny, la conseillère Hélène Dauphinais a été prise pour cible, lundi soir, à l'hôtel de ville.

Spectre, Jessica Garneau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Retour sur une altercation survenue lundi soir à l'hôtel de ville de Sherbrooke alors que le conseiller Louisda Brochu s'en est pris à sa consoeur Hélène Dauphinais, qui a eu à encaisser sans droit de réplique. N'en fallait pas plus pour que l'objectivité du président d'assemblée, Serge Paquin, soit mise en doute puisque ce dernier est membre du parti du maire, tout comme M. Brochu, alors que la conseillère ciblée appartient au cercle des indépendants.

M. Brochu ne l'a pas dit ainsi, mais ses propos étaient sans équivoque : il trouve Hélène Dauphinais culottée de se réjouir publiquement des investissements massifs que la Ville consacrera cette année à l'amélioration du réseau routier après s'être soustraite à la critique provoquée par les hausses de taxes en votant contre le budget.

Mme Dauphinais a raison d'affirmer que sa dissidence sur le budget n'était pas un rejet de toutes les mesures qu'il contient. Toutefois, en applaudissant aux investissements routiers, elle se rendait vulnérable aux remarques de celles et ceux qui ne lui feront pas de quartier maintenant qu'elle s'est dévoilée en avouant ouvertement songer à affronter Bernard Sévigny à la mairie à l'automne 2017.

Une admission d'ailleurs candide et prématurée. En politique, un prétendant a tout intérêt à se faire discret, dans l'attente du moment opportun qui causera un effet de surprise. Mme Dauphinais serait avisée de prendre du recul et de s'éclipser durant sa période de consultation et de réflexion pour la mairie, le temps de mesurer ses appuis et sa capacité à s'entourer d'une solide équipe de campagne. Autrement, elle sera constamment dans la mire de ses adversaires.

La fougue est une qualité essentielle chez un boxeur, mais celui qui fonce tête baissée se fait souvent ramasser. Reste en périphérie, à distance du crochet de ton adversaire, ne baisse surtout pas ta garde pour te protéger du coup qui pourrait te foudroyer, enseigne-t-on aux pugilistes.

La politique, c'est pareil. À trop s'exposer, on finit par encaisser. Moins t'as de pif, plus tu risques de saigner du nez.

Mal à l'aise, le vétéran Jean-François Rouleau a soupiré, puis appelé ses collègues à la discipline en insinuant qu'il n'avait jamais vu une telle attaque en 20 ans de carrière.

M. Rouleau a une mémoire sélective. En avril 2007, l'ex-maire Jean Perrault avait sévèrement vilipendé trois élus en pleine séance publique, dont Bernard Sévigny qui était alors conseiller municipal, affirmant « que ceux-ci ne méritaient plus de siéger à l'hôtel de ville » après avoir fait obstacle au plan d'urbanisme, battu en référendum trois semaines plus tard.

Le conseiller Rouleau, qui prenait part à la séance, ne s'était pas porté à la défense des « victimes », pas plus d'ailleurs que les 15 autres conseillers municipaux qui étaient dans le même camp que Jean Perrault. Personne n'avait jugé la charge du maire trop virulente et exigé une rétractation immédiate. M. Perrault avait exprimé des regrets et présenté des excuses trois jours plus tard par la voie des médias.

Malgré cela, l'indignation des trois conseillers isolés avait perduré et nourrit les motivations du parti de Bernard Sévigny des mois durant. C'est l'essence de la politique.

Serge Paquin a-t-il eu une approche partisane en refusant qu'Hélène Dauphinais réplique sur-le-champ aux propos du conseiller Brochu?

Il n'y a pas de forum plus aseptisé que le cadre rigide d'une séance du conseil municipal. J'ai vu je ne sais combien de citoyens sortir de l'hôtel de ville frustrés de n'avoir pu argumenter et débattre avec les élus.

Des représentations sur un point à l'ordre du jour sont permises en début d'assemblée, les élus écoutent les remarques et les questions des citoyens, mais sans jamais qu'il y ait d'interaction directe. Le président d'assemblée bloque toute tentative en ce sens.

En fin de séance, une courte période est consacrée aux messages des membres du conseil, qui disposent de cinq minutes pour aborder un sujet de leur choix. C'est à ce moment que le conseiller Brochu a lâché son fiel sur Mme Dauphinais qui, malgré son insistance, n'a pas obtenu de droit de réplique.

Ce n'est pas un accroc à la procédure. Même si des désaccords persistent sur certains dossiers, les élus ne se relancent pas entre eux durant ce segment final. La joute oratoire est en principe terminée. Elle recommence devant les journalistes après l'assemblée.

Voyant cela, le conseiller Rouleau, qui prenait la parole ensuite, aurait pu servir une réplique musclée à Louisda Brochu. Le président d'assemblée n'aurait pu l'en empêcher. M. Rouleau ne l'a pas fait.

Les indépendants sont solidaires dans leur malheur à devoir composer avec un maire et neuf conseillers membres du même parti, mais très peu soudés dans l'action pour combattre la partisanerie qu'ils dénoncent. Ça donne ce que ça donne.

Ça donne des indignés totalement désorganisés.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer