La paye de nos décideurs

En marge de l'augmentation de 10 pour cent... (Archives, La Tribune)

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En marge de l'augmentation de 10 pour cent des salaires versés au maire Bertrand Lamoureux ainsi qu'aux six conseillers municipaux de Coaticook, La Tribune présente un portrait de la situation dans les autres villes de l'Estrie.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / J'ai sursauté cette semaine en lisant que le maire de Coaticook, Bertrand Lamoureux, justifiait la hausse de 10 pour cent qui portera son salaire  à 47 040 $ par « les 25 ou 30 heures, parfois plus », qu'il devait consacrer à son travail.

CHRONIQUE / J'ai sursauté cette semaine en lisant... (Infographie La Tribune, Marie-Ève Girard) - image 1.0

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Infographie La Tribune, Marie-Ève Girard

Plusieurs salariés de la MRC de Coaticook travaillant des semaines complètes de 40 à 50 heures seraient heureux que leurs gains annuels atteignent 40 000 $...

« C'était mal dit. Même s'il est inscrit devant la porte de mon bureau que j'y suis les lundis, mercredis et vendredis, il ne se passe pas une journée sans que j'aie à traiter des dossiers municipaux », corrige M. Lamoureux.

Voilà qui est mieux exposé.

Une prétention que je crois sur parole, car c'est la réalité de la plupart des maires. J'ai d'ailleurs souvent écrit que les élus municipaux étaient sous-payés et qu'une rémunération plus équitable est possible sans ruiner les contribuables.

L'augmentation salariale de 4278 $ accordée au maire de Coaticook représente une dépense additionnelle de 46 cents par habitant. Cette dépense (voir tableau) demeurera inférieure pour les Coaticookois aux déboursés des citoyens d'Asbestos pour payer leur maire.

Ce seul ratio dépense/citoyen ne fait cependant pas foi de tout. Il fausse les données quand on compare deux villes n'étant pas de même taille et de même catégorie. Même si le salaire de Bernard Sévigny est une fois et demie plus élevé que celui de la mairesse Vicky May Hamm, à Magog, les Sherbrookois sont six fois plus nombreux pour le verser.

Asbestos, Coaticook et Lac-Mégantic sont des villes de centralité (des capitales dans leur MRC). Au-delà des écarts dans les chiffres de leur population, leurs responsabilités au niveau des services municipaux sont comparables. Les déboursés liés à la masse salariale des élus le sont aussi pour les deux premières.

En raison de la somme de travail exigée des représentants municipaux depuis la catastrophe ferroviaire du 6 juillet 2013, Lac-Mégantic est un cas d'exception.

On se rappellera qu'au printemps 2014, le conseil municipal alors dirigé par Colette Roy Laroche s'est accordé une hausse de 75 pour cent rétroactive au jour de la tragédie pour s'ajuster à cette réalité.

« Pour 2016, nous avons convenu d'un gel salarial. Nous réévaluerons ce qu'il en est pour le budget de 2017 en fonction de ce que nous vivrons cette année. Nous n'excluons toutefois pas une baisse du salaire des élus à compter de l'an prochain », affirme le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier.

Les 60 à 70 heures que M. Cloutier consacre aux tâches municipales depuis son élection, en novembre dernier, ne ressemblent absolument pas aux obligations qu'il avait lors de son précédent passage à la mairie de Lac-Mégantic, de 1985 à 1989.

« À cette époque, il y avait des journées entières au cours desquelles je ne mettais pas les pieds à l'hôtel de ville », se souvient-il.

Malgré la surcharge de travail avec laquelle il doit aujourd'hui composer, le maire Cloutier laisse actuellement une partie de son allocation de dépenses non imposable (4394 $) sur la table.

Un écart appréciable de 12 pour cent existe par ailleurs dans la MRC du Val-Saint-François entre le salaire du maire Valcourt et celui de son homologue de Richmond, qui gagne pratiquement 3000 $ de moins avec une population comptant 1000 citoyens de plus.

« Je le sais et cela me rend parfois mal à l'aise. C'est une grille salariale qui a été instaurée avant mon arrivée. Notre travail est de plus en plus exigeant, c'est certain. Le fait que nous rendions plusieurs services à des municipalités voisines peut expliquer cet écart. En partie, je dirais. Si des citoyens viennent nous poser des questions et nous demander de reconsidérer nos salaires, je n'aurai pas de réticence à ce qu'il y ait débat là-dessus au conseil », commente le maire Valcourt, Renald Chênevert.

Dans le Haut-Saint-François, la maire de Cookshire-Eaton, Noël Landry, gagne presque 10 000 $ de plus que son voisin d'East Angus, Robert G. Roy.

« Je ne m'en offusque pas, j'ai postulé pour l'emploi en toute connaissance de cause. Je lève mon chapeau aux élus de Coaticook qui assument leur décision. À mes yeux par contre, un tel ajustement ne devrait pas se faire en cours de mandat, plutôt à la veille d'une élection pour que les citoyens aient leur mot à dire », juge M. Roy.

Ayant déjà confirmé qu'il ne sera pas candidat à l'automne 2017, Bertrand Lamoureux estime quant à lui rendre service au maire qui lui succédera à Coaticook.

André Bachand n'avait que 25 ans lorsqu'il a défendu une hausse de son salaire de 50 pour cent comme maire d'Asbestos. C'était en 1987.

« J'ai affronté des salles bondées pour convaincre qu'un maire recevant un salaire raisonnable produit de meilleurs résultats pour sa communauté. Nous l'avons prouvé en obtenant les investissements de Magnola qui, à cause de facteurs externes, ont mal tourné. Je persiste à dire qu'il ne faut pas lésiner sur la rémunération des élus municipaux », claironne encore aujourd'hui celui dont la carrière politique a bifurqué vers Ottawa.

Tous les chiffres évoqués dans ce texte ainsi que dans le tableau complémentaire réfèrent à une rémunération dont le tiers n'est pas imposable. Cette portion masque une partie des salaires réellement versés aux élus municipaux. Dans les faits, ceux-ci sont plus élevés.

« Il faut que le monde municipal joue franc-jeu avec une rémunération globale établie sur les mêmes bases que pour tout autre salarié, comme c'est le cas à Ottawa et comme on s'apprête à le faire du côté du gouvernement du Québec », croit André Bachand.

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