L'angoisse soudaine des Blancs

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Le gouvernement Couillard a confié à un vérificateur indépendant le mandat d'examiner les causes des fugues répétées au Centre jeunesse de Laval, qui relève des autorités provinciales.

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Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Avec près de 1200 cas en 30 ans, c'était mystérieux et bien triste, les disparitions de femmes autochtones. On compatissait avec les familles du nord qui, pour plusieurs, vivent ces drames depuis des décennies dans l'obscurité la plus totale même les jours où le soleil est au zénith de l'été. Mais, avouons-le, sans trop s'en préoccuper.

On se trouvait bien loin des inquiétudes pourtant dévastatrices. La distance, l'isolement, l'éparpillement des forces policières pour mener des enquêtes soutenues, on invoquait toutes sortes de prétextes pour justifier les piètres résultats des recherches policières.

Or, voilà qu'au moment où le gouvernement fédéral amorce finalement des consultations publiques pour jeter les bases d'une commission d'enquête qui se penchera sur les énigmes troublant depuis tant d'années les communautés autochtones, il y a commotion au sud. Une angoisse soudaine se répand chez les Blancs.

Sabrina, Sarah, Jade, Camille, Kelly, toutes les autres dont il a été question ces dernières semaines nous donnent des sueurs froides. Les bulletins de nouvelles sont devenus des recensements, un décompte quotidien d'adolescentes manquant à l'appel ou retrouvées.

Le piège des gangs de rue, qui appâtent avec drogue et argent des jeunes filles quittant le domicile familial sur un coup de tête, est une triste réalité. A-t-elle été volontairement sous-évaluée, délibérément écartée de nos regards?

Autant les risques de mortalité en automobile sont élevés chez les jeunes garçons, autant les dérives d'une fugue sont source de danger pour les jeunes filles, qui représentent les deux tiers des cas de disparition rapportés aux policiers.

Ou la ministre responsable de la Protection de la jeunesse, Lucie Charlebois, a maladroitement erré ou elle a dévoilé des informations sensibles que la police n'aurait pas voulu ébruiter en affirmant qu'une organisation criminelle avait infiltré le Centre jeunesse de Laval.

Bien que vite démentie, la prétention de la ministre Charlebois a forcé la main du gouvernement Couillard qui n'avait pas le choix de confier minimalement à un vérificateur indépendant le mandat d'examiner les causes des fugues répétées dans cet établissement.

Le diagnostic viendra rapidement, d'ici 30 jours. N'attendons toutefois pas en si peu de temps un regard approfondi et sans filtre sur la gravité de l'exploitation sexuelle au Québec ou au Canada. Comme ce fut le cas pour la corruption dans l'industrie de la construction, les enquêtes les plus élaborées viendront des médias.

C'est commencé. Des témoignages renversants et troublants de jeunes femmes ayant subi la violence physique et psychologique de proxénètes ont été rapportés dans les médias. De la même façon, quand des parents à la recherche de leur enfant partagent leur désarroi et leurs craintes, leur dévastation devient nôtre. Leurs espoirs aussi.

Malgré cela, les gouvernants hésiteront à attaquer ce cancer de front. Les différents corps policiers n'en dévoileront que des généralités pour éviter de saboter des enquêtes en cours.

On déviera rapidement de la trajectoire. Il sera plus court et plus simple de remettre en cause les règles de tolérance appliquées dans les centres jeunesse de toute la province même si celles-ci n'ouvrent pas des portes tournantes partout.

On dira que les jeunes n'ont ni la maturité ni le jugement pour assumer leur destin et toutes les responsabilités que leur accordent nos lois actuelles. Il est vrai qu'on est loin d'être devenu adulte à 14 ans, mais l'autonomie accordée à nos adolescents pour choisir leur (s) parent (s), accepter ou refuser des soins de santé, est-elle vraiment ce qui mène à la déviance?

On jettera le blâme sur les médias sociaux. Ces plates-formes de diffusion sont effectivement risquées et habilement utilisées par ceux qui exploitent la vulnérabilité. On ne me fera cependant pas croire par contre que la technologie est responsable tous nos malheurs.

Jamais avant nous une génération de parents n'a eu autant de temps à consacrer aux enfants. Mettons qu'il y a un petit problème dans la transmission des valeurs...

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