La vie par-devant 

Un coup par-derrière lors d'une partie de ballon-balai... (Spectre Média, René Marquis)

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Un coup par-derrière lors d'une partie de ballon-balai disputée il y a 40 ans à East-Angus a laissé Pierre (Pete) Lachance quadriplégique. M. Lachance est devenu chef d'entreprise et il tient un commerce à Sawyerville avec son épouse Lorraine ainsi qu'avec son fils Cédrick, qu'il a encouragé dans la pratique du sport en dépit de ce qu'il a vécu.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Un jugement qualifié « d'historique », accordant une compensation financière de 8 M$ à un Lavallois devenu tétraplégique à 16 ans après un assaut subi lors d'un match de hockey mineur, a fait le tour du pays cette semaine.

« J'ai lu la nouvelle. Ma première pensée a été pour le jeune homme. Je suis triste pour lui, car je suis passé par là et je sais ce à quel point il est difficile de surmonter cette épreuve. En même temps, je suis très heureux que les tribunaux lui accordent une compensation financière pour subvenir à ses besoins. »

Pierre (Pete) Lachance se souvient comme si c'était hier du coup par-derrière qu'il a reçu lors d'une partie de ballon-balai disputée à l'aréna d'East-Angus, en 1976, qui lui a fracturé les vertèbres critiques C-5 et C-6.

« Je n'ai jamais perdu conscience. Immédiatement après le choc, mes bras et mes jambes ont immédiatement cessé de fonctionner ».

Un quadriplégique touchera 500 000 $, titrait La Tribune, le 7 juillet 1983, au lendemain d'un jugement rendu au palais de justice de Sherbrooke en faveur de M. Lachance par le juge Paul-M. Gervais. En dollars d'aujourd'hui, cette indemnité représenterait autour de 1 M$.

Le magistrat avait retenu des faits que le geste posé à l'endroit du plaignant était excessif, et qu'il avait été porté avec une dureté et une agressivité ayant enfreint les règlements du jeu. Sensiblement les mêmes arguments que ceux évoqués dans la cause d'Andrew Zaccardo, dont l'agresseur et son assureur ont été solidairement condamnés à indemniser la victime à hauteur de 8 millions $.

Il s'agit de l'un des plus importants montants accordés pour des dommages corporels à une seule personne par la cour du district de Saint-François, lisait-on également dans nos pages, compte-rendu de la cause civile du sportif de Sawyerville entendue en 1983.

« Certains ont pensé que j'étais tombé riche avec ce jugement. J'ai reçu des appels de gens qui me demandaient si j'avais de l'argent à prêter », se souvient Pete Lachance.

C'était il y a 33 ans. Du temps où la robustesse remplissait les gradins lors des matchs des Castors qui, au niveau des contacts physiques, n'étaient aucunement comparables à ceux du Phoenix dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. Quoique, j'étais spectateur et j'ai vu le double-échec asséné par la vedette sherbrookoise Daniel Audette à un joueur des Olympiques de Gatineau, samedi dernier au palais des sports. Sans qu'il n'y ait eu de brutalité, le coup avec le bâton aurait pu très mal tourner...

À cette époque, les poursuites civiles viraient souvent à rien. Sans coussin d'un assureur, le joueur blâmé par le tribunal, Mario Bonsant, n'a jamais pu verser le demi-million de la condamnation. Il y a eu faillite personnelle et entente de recouvrement sur plusieurs années d'environ 25 000 $. Une fois les honoraires des avocats payés, la compensation a été bien maigre pour la victime.

« À mes yeux, c'est toujours resté un geste accidentel », réagit quelques décennies plus tard M. Bonsant sans vouloir élaborer davantage.

Pierre Lachance n'a jamais cultivé d'amertume envers celui qui l'a gravement blessé. Ses énergies, il les a consacrées à se relever.

Lui, le mordu du sport, qui avant l'accident était sur les patinoires d'East-Angus, Coaticook et La Patrie sept soirs sur sept en alternant entre le hockey et le ballon-balai, se retrouvait soudainement confiné à un fauteuil roulant.

« Après des tests pour évaluer ce qu'il me restait comme capacités physiques, j'ai entendu un professionnel de la santé dire que j'étais à peu près juste bon pour la poubelle. Ça ébranle! »

C'était il y a 33 ans, avant que les petits miracles de la réhabilitation deviennent source de motivation pour les personnes qui attaquent la vie par-devant.

« Au début, j'ai rompu mes amours avec ma blonde. Je ne voulais pas être un fardeau ni pour elle ni pour mes parents. La seule place où je me voyais, c'était dans un centre d'accueil. J'ai fini par réaliser que ma tête pouvait compenser pour la perte de mes membres ».

Débrouillard, déterminé, fonceur, Pete Lachance est devenu entrepreneur. Lorraine Gagnon et lui sont tombés en amour, ils ont eu un garçon et sont aujourd'hui grands-parents.

« J'ai réalisé plein de choses comme celles-là que je ne croyais pas possibles ».

Cédrick Lachance est un patineur explosif, talentueux. Le genre de joueur ciblé par l'adversaire dans un plan de match de hockey compétitif.

« Je n'ai évidemment jamais eu le même regard que d'autres parents. Chaque fois que j'ai vu Cédrick tomber après avoir été frappé, je me suis demandé s'il allait se relever. Malgré cela, je n'ai jamais cherché à le surprotéger », avoue le père handicapé.

« Ses craintes, il ne me les a jamais communiquées. Au contraire, mon père m'a toujours encouragé à patiner à fond de train tout en me donnant des trucs pour parer aux coups », répond quant à lui le hockeyeur ayant évolué dans la défunte Ligue senior de l'Estrie.

Les Lachance sont associés en affaires. Ils sont copropriétaires du magasin général à Sawyerville.

L'homme en fauteuil roulant a poussé ses ambitions jusqu'en politique et a été élu membre du conseil municipal de Cookshire-Eaton en 2010.

« Se retrouver autour d'une table d'élus municipaux sans être capable de tenir un stylo, ne serait-ce que pour noter la date de la prochaine assemblée, c'est pas tellement pratique. C'est tout un exercice de mémoire.

« Sauf que tu t'habitues. Tu deviens heureux à partir du moment où tu franchis l'étape de t'admettre que ce n'est pas parce que c'est plus compliqué que ce n'est pas possible ».

Le plan de match de Pierre Lachance a changé brutalement en 1976. Cela ne l'a toutefois pas empêché de rester en position pour marquer le prochain but qui fait la différence dans sa vie.

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