La perte des repères

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Attentif lors de la présentation des résultats, Gilles Fluet s'est reconnu dans l'étude révélant que la population de Lac-Mégantic demeure extrêmement fragile deux ans et demi après la tragédie ferroviaire.

La Tribune, Luc Larochelle

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Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Le coup d'oeil a changé pour le mieux au cours de la dernière année à Lac-Mégantic. On ne peut pas en dire autant pour les citoyens.

Les résultats de la seconde étude populationnelle menée à la suite de la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013 ont notamment révélé qu'un nombre croissant de Méganticois estime être en mauvaise santé.

« La première année, les séquelles étaient beaucoup chez les victimes directes alors qu'en 2015 l'enjeu de santé a touché l'ensemble de la population », rapporte le Dre Mélissa Généreux, directrice de la Santé publique en Estrie.

Gilles Fluet rentrait du Musi-Café le soir du drame. Il a entendu le bruit infernal du déraillement du convoi de pétrole ainsi que l'explosion qui a suivi. M. Fluet s'est reconnu dans ce bulletin médical.

« Des jours, ça va. D'autres, moins. Y'a toutes sortes d'émotions qui remontent en surface. Ça fluctue entre la tristesse et la rage », confie-t-il.

Son barème de comparaison à lui, c'est l'explosion qui avait soufflé une partie de l'usine Tafisa en 2006, sinistre dont il avait aussi été témoin.

« Ce ne sont pas les images qui me reviennent à l'occasion qui me troublent. L'explosion chez Tafisa avait aussi été très spectaculaire. La différence, c'est que le train a bouleversé mes habitudes, mon quotidien. J'allais au centre-ville chaque jour pour prendre un café, une bière ou simplement pour aller rencontrer des gens. C'était notre lieu pour fraterniser. Ce qui a été reconstruit est éparpillé, ça prend la voiture pour se déplacer », déplore l'homme de 67 ans.

« Un témoignage comme celui-là est représentatif de ce que ressentent la majorité des citoyens frappés par une catastrophe. C'est tout le réseau social qui est bouleversé, les gens perdent leurs repères », réagit l'une des coauteurs de l'étude réalisée au cours des derniers mois, la professeure Danielle Maltais de l'Université du Québec à Chicoutimi.

Spécialiste des conséquences des désastres et des catastrophes sur la santé, Mme Maltais a effectué de semblables suivis après les inondations de 2006 au Saguenay. Il a fallu plusieurs années pour effacer les impacts chez les sinistrés.

« Il va être difficile de se refaire un moral tant qu'on continuera à nous mentir, à nous remplir. Nous n'avons plus confiance en nos dirigeants », grogne par ailleurs M. Fluet.

L'un des volets de l'enquête accrédite cette prétention. En dépit des propos rassurants des autorités quant aux répercussions des quelque 5,7 millions de litres de pétrole déversés dans l'environnement, l'enquête fait ressortir une réticence à boire l'eau du réseau municipal de trois à quatre fois plus grande à Lac-Mégantic qu'ailleurs en Estrie.

« La perte de confiance est généralisée, la cote de crédibilité de nos gouvernants est faible aux yeux d'à peu près tous les Québécois. Imaginez la perception après un choc comme celui-là! », met en contexte Danielle Maltais.

La directrice de la Santé publique de l'Estrie a complété sa présentation avec un commentaire percutant.

« Quant à l'étude de faisabilité pour la voie de contournement, à mon avis, il est impératif de prendre en considération l'état de santé psychologique de la population de Lac-Mégantic. Transport de pétrole ou pas, voir passer le train ou l'entendre de jour comme de nuit est un facteur de stress pour les citoyens », a-t-elle plaidé.

Vous êtes consciente de la pression que vous venez de mettre sur les autorités fédérales et provinciales?

« J'assume. Ne pas prendre en considération de pareils résultats serait inconcevable », a réitéré en entrevue le Dr Généreux.

Le maire Jean-Guy Cloutier compte bien se servir de ces arguments pour convaincre.

« La voie de contournement, c'est pas pour parler de ferrailles, c'est pour rassurer des humains. Ces études seront des atouts pour nous ».

Le maire Cloutier souhaite lancer la reconstruction de la rue Frontenac en 2016, la voie publique de la zone rouge qui est toujours inexistante.

« Ce sera une façon d'envoyer le message que l'ancien centre-ville est en voie de renaître à son tour. La relance de la communauté passe par la santé psychologique de notre monde ».

Retenu à Québec par des travaux parlementaires, le député de Mégantic, Ghislain Bolduc, a réagi par voie de communiqué.

« On comprend qu'il est tout à fait normal que nous soyons loin d'une guérison totale. Il ne faut toutefois pas oublier que beaucoup d'efforts ont été investis pour permettre aux gens de guérir, et certains indicateurs de l'étude le démontrent ».

Québec a ajouté un gros 125 000 $ pour supporter le moral des troupes.

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