Sherbrooke par temps de pluie

La somme de 3,4 millions $ que le... (Archives, La Tribune)

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La somme de 3,4 millions $ que le conseil municipal de Sherbrooke destine au projet de salle de diffusion pour le théâtre et la danse se comparent aux 3,3 millions $ consacrés au sauvetage du Centre récréatif de Rock Forest.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / On devrait acheter le Suzor-Côté, cette toile qui sort de nulle part et qui aurait pris de la valeur du seul fait justement que peu de gens l'ont vue. Autrement, il va se retrouver à l'encan.

On prend les noms jusqu'à former un groupe de 2000 personnes, chacun de nous sort 50 piastres de ses poches, on remet un chèque de 100 000 $ à la paroisse Saint-Jean-Baptiste qui pourra ainsi restaurer le lieu de culte constituant l'un de nos trésors religieux et La vieille église de Sherbrooke-Est par temps de neige ne bouge pas d'ici. Pour garder les yeux des collectionneurs sur notre précieux tableau, on n'aura qu'à l'exposer une fois par année, à la messe de minuit.

On sauverait le patrimoine avec la culture et si l'on venait qu'à manquer encore d'argent, on aurait notre Suzor-Côté comme valeur sûre pour se tirer à nouveau d'embarras.

Ce serait par la même occasion une profession de foi dans la création artistique, question de dissiper certains doutes quant à la pertinence d'investir dans une autre salle de diffusion pour le théâtre et la danse.

Il y a quatre ans, à peu près à la même date, je décrivais l'immense fierté des Sherbrookois d'accompagner le comédien Maxim Gaudette à la cérémonie des Oscars, lui qui s'y rendait à titre de membre de la distribution du film Incendies et dont le talent dans Polytechnique avait également été remarqué à Cannes.

J'y reviens brièvement, car Maxim Gaudette avait 13 ans quand il s'est initié au théâtre à Sherbrooke, aux ateliers du Double Signe. La salle intermédiaire offrirait une scène à des talents en émergence comme ce fut le cas à l'adolescence pour lui.

Le projet estimé au départ à huit millions va vraisemblablement en coûter neuf, nous prévient-on. C'est pas donné.

Il est normal qu'on s'interroge, qu'on se demande si les projections financières de 2010 tiendront la route jusqu'au jour de l'inauguration. En même temps, j'ai tendance à croire que Québec n'acceptera pas de débourser 60 pour cent de la facture si le projet comporte des extravagances. Le gouvernement provincial a des normes d'équivalence serrées, particulièrement en période d'austérité.

Parlant d'équivalence, le montant de 3,4 M$ que le conseil municipal destine au projet de salle de diffusion pour le théâtre et la danse se compare aux 3,3 M$ que la Ville a consacrés au sauvetage du Centre récréatif de Rock Forest. C'est le prix du rachat des dettes hypothécaires. La Ville a ajouté 255 000 $ pour effacer tous les autres comptes en souffrance.

Le conseil municipal a autorisé la transaction en janvier 2015, il y a donc un an, et la convention d'acquisition n'est toujours pas signée. La transaction ne sera officialisée qu'une fois que le conseil municipal aura approuvé la convention de congestion. Une question de semaines, assure-t-on.

La Ville deviendra sous peu propriétaire du complexe sportif, mais en confiera tout de même la gestion jusqu'à la fin de 2017 à la Corporation de développement, économique, social et communautaire (CDESC), qui administrait à perte et qui est en processus pour embaucher un directeur général à un salaire annoncé de 45 000 $ à 60 000 $.

Le conseil municipal s'accordera une période de deux ans pour évaluer la meilleure option. Si la Ville devait entièrement prendre à sa charge un jour l'administration du complexe de Rock Forest, comme c'est le cas pour le centre Julien-Ducharme de l'arrondissement de Fleurimont, cela pourrait mener à une demande d'accréditation syndicale.

Il y a autant de points d'interrogation et d'argent en jeu pour notre aréna qui était en déroute que pour notre éventuelle salle de spectacle. De plus, du patin et quelques sports de raquette, c'est assez restrictif comme usages pour de si gros montants, non?

Ces remarques soulevées cette semaine en marge d'un dossier culturel, on ne les entend pas ou si peu pour du sport. Encore moins, quand il est question de hockey.

Y'en aura pas de problème avec l'aréna. Il sera utilisé à plein. Si jamais se creusent d'autres déficits, on demandera à Maxime Gaudette d'avoir la gentillesse de venir participer à une joute de hockey amicale et de signer des autographes après la partie, question de nous aider à amasser des fonds.

Au pire, on vendra notre Suzor-Côté. Ou alors, on essaiera d'en passer un faux à l'encan.

Au fait, n'y a-t-il pas une main assez habile et assez créative pour commencer dès maintenant à peindre Sherbrooke par temps de pluie? Si la culture coûte cher, faut pas se priver de ce qu'elle peut rapporter!

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