Un samedi dans l'atelier

Philippe Couillard a désigné Luc Fortin comme ministre... (La Presse Canadienne)

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Philippe Couillard a désigné Luc Fortin comme ministre responsable de l'Estrie. C'est un atout supplémentaire, mais la région ne nage pas dans la prospérité même si elle a bénéficié d'une représentation ministérielle exceptionnelle durant l'ère Charest.

La Presse Canadienne

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) CHRONIQUE / Que ça se passe à Ottawa, Québec ou à l'hôtel de ville de Sherbrooke, un journaliste ne couvre pas les cérémonies d'assermentation d'élus de la même façon que le dépôt d'un budget, par exemple.

J'apporte la nuance, car certains lecteurs ont cru que j'étais tombé dans le piège d'une opération cosmétique lors du remaniement ministériel qui a ouvert les portes du cabinet Couillard au député de Sherbrooke, Luc Fortin.

Bien que je ne sois pas menuisier, je garde toujours tout mon coffre d'outils à portée de la main. T'analyses un budget que tu vérifies si les colonnes de chiffres sont d'équerre, si les projections reposent sur des fondations qui sont de niveau.

Sauf que tu ne sors pas le marteau un jour de consécration pour taper sur la tête d'un élu qui vit son moment de gloire. Quand même!

Ton regard se porte alors sur la dimension humaine, sur les sentiments des proches. Profitez-en, aujourd'hui, j'ai mon rouleau et j'appliquerai une couche de peinture fraîche sur les murs de votre bureau, ai-je d'ailleurs badiné en quittant M. Fortin après notre entretien à l'Assemblée nationale sur ses nouvelles affections de ministre délégué au Loisir et au Sport

Il a esquissé un sourire. Bien qu'il soit jeune, Luc Fortin a beaucoup d'expérience politique. Il savait que le rabot et la varlope ne seraient pas très loin.

On se bricole un samedi dans l'atelier en sortant d'abord le pot de colle. Autant c'est un atout pour Luc Fortin de s'identifier à Jean Charest, autant ça peut lui compliquer les choses.

Les récentes données sur le revenu disponible par habitant, qui nous plaçaient dans les bas fonds à l'échelle provinciale et qui situaient le Québec en queue de peloton au Canada, sont loin d'être un couronnement de la stratégie économique du gouvernement libéral de Philippe Couillard ou des espoirs que l'ex-ministre Charest a nourris avant lui.

Durant presque dix ans, soit du printemps 2003 à l'automne 2012, avec un premier ministre et presque toujours un ou deux autres membres de la députation régionale au cabinet, l'Estrie a eu une représentation politique provinciale exceptionnelle, hors proportion par rapport à d'autres régions du Québec.

On doit à l'influence de M. Charest ainsi qu'à son gouvernement un certain nombre de projets régionaux structurants, en santé, dans l'économie du savoir ou pour le prolongement de l'autoroute 410, mais Sherbrooke et l'Estrie sont loin de nager dans la prospérité pour autant.

L'absence d'une représentation ministérielle de l'Estrie depuis deux ans n'explique quand même pas la stagnation régionale des dernières années au chapitre de l'emploi et n'allons pas croire que l'arrivée d'un ministre délégué au cabinet va tout changer. Les ajustements nécessaires sont plus profonds que cela.

Le ministre Fortin souhaite mettre l'accent sur l'économie, le premier ministre Couillard aussi. Priment pour eux les vraies affaires.

Les gouvernements libéraux de MM. Couillard et Charest ont enfoui les fissures de l'unité canadienne sous des montagnes de priorités plus terre à terre au cours des 15 dernières années. Mais voilà que des vapeurs de pétrole viennent contaminer l'air de la maison.

Jetez un oeil au document « La stratégie canadienne de l'énergie », publié en juillet 2015, et vous serez à même de constater que le Conseil de la fédération - créé à la suggestion de l'ex-premier ministre Charest - se limite à des orientations plus que superficielles sur la construction d'oléoducs et les mécanismes d'arbitrage entre les provinces.

Les positions sont pas mal moins tranchées que la campagne de dénigrement lancée au Canada anglais, réclamant qu'on abolisse la péréquation canadienne si le Québec veut des chèques, mais pas le pétrole de l'ouest!

On déborde, on sort du mandat de développement régional de M. Fortin quand on réfère aux contentieux sur l'unité canadienne. Sauf qu'en incarnant le prolongement de Jean Charest, le nouveau ministre de Sherbrooke sera identifié à l'ensemble de l'oeuvre.

On l'associera aux qualités ainsi qu'aux réalisations concrètes qui vaudront toujours à M. Charest la reconnaissance des Estriens, mais aussi aux améliorations promises et qui ne se sont jamais concrétisées.

À cet égard, le danger pour M. Fortin est que le temps alloué à l'ancien premier ministre pour améliorer le sort des Sherbrookois lui soit soustrait comme représentant des mêmes citoyens, qui pourraient venir qu'à manquer de foi et de patience dans le credo libéral.

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