Un plan d'intégration « superficiel »

Françoise Colombani n'en revient toujours pas du mépris... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

Françoise Colombani n'en revient toujours pas du mépris avec lequel un agent d'immigration du Québec a traité son cas. Établie depuis 16 ans à Sherbrooke avec ses enfants, dont sa fille Camille (Vasseur), la Française de 58 ans retourne cette semaine dans son pays.

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Françoise Colombani a la tristesse dans l'âme et un peu de rage au coeur. Son aventure au Québec prendra fin cette semaine.
Elle rentre en France.

Mme Colombani venait de franchir la quarantaine, en 2000, quand elle est débarquée en sol québécois avec ses enfants de 10, 15 et 17 ans. Elle fermait le chapitre de sa vie avec son mari, qui est lui aussi de nationalité française et qu'elle avait suivi par affaires aux États-Unis, puis en Asie.

Le Québec ne devait être pour eux qu'une escale vers l'Angleterre.

« Nos enfants parlaient le français. J'avais cependant un souci de continuité de leurs études entreprises en anglais », met-elle en contexte.

La mère entend parler de Sherbrooke et choisit finalement de s'installer dans l'arrondissement de Lennoxville, dans le voisinage des écoles anglophones et francophones.

« J'ai une très bonne opinion des Sherbrookois et des Québécois. Je suis par contre vexée par le peu de considération qu'un agent d'immigration a eue à mon égard. Les motifs invoqués pour rejeter ma candidature comme résidente permanente sont très subjectifs, carrément stupides », juge la femme âgée de 58 ans.

Précisons que l'aînée, Audrey (Vasseur, du nom de son père), est citoyenne reçue au Québec. Elle est mariée et est mère de deux enfants.

Né aux États-Unis, le fils de Mme Colombani, lui, s'est prévalu de sa double citoyenneté et est allé s'établir dans la région de New York.

La mère et la cadette, Camille, ont vécu quant à elles durant toutes ces années avec des autorisations qui étaient périodiquement à renouveler, comme touristes ou avec le statut d'étudiant.

Camille a effectué toutes ses études primaires, secondaires, collégiales et universitaires à Sherbrooke. Bien que diplômée d'études supérieures, Mme Colombani est aussi allée parfaire ses connaissances en effectuant une maîtrise en Droit et politique de santé.

Les deux ont été acceptées sans condition, en 2009, la première fois qu'elles ont demandé un Certificat de sélection du Québec. De la mortalité en France et d'autres complications auraient fait en sorte que cette attestation valide pour seulement un an a expiré avant la fin du processus d'approbation par le gouvernement fédéral.

Mme Colombani a récidivé en se présentant devant un autre agent d'Immigration Québec en 2011. La réponse qu'elle a reçue trois ans plus tard l'a sidérée.

« La candidate n'a toujours pas trouvé de travail rémunéré, même si elle détient un permis post diplôme... Notons également que c'est son époux vivant à l'étranger qui subvient toujours à ses besoins.

« Madame connaît les conditions de vie au Québec. Toutefois, ses connaissances et son plan d'intégration au marché du travail sont superficiels », peut-on lire dans les justifications motivant son refus.

Françoise Colombani a reçu une note de 53 points, deux petits points sous le minimum requis, avec des notes 0/16 sur le critère de « l'âge » et de 0/10 sur celui de « l'emploi validé ».

Si Mme Colombani n'avait pas été l'ex-épouse d'un homme aisé, si celui-ci lui avait définitivement tourné le dos et avait aussi abandonné ses enfants, peut-être aurait-elle dû se fendre en quatre et aller mopper illégalement des planchers pour nourrir et habiller ses enfants.

Ça tombe que « Madame » n'avait pas à travailler. En quoi le pont financier avec outremer devait-il la pénaliser le jour où elle a demandé à pouvoir élire domicile en permanence ici?

« Nous n'avons jamais abusé des privilèges nous ayant été octroyés par le Québec. Nous n'avons jamais vécu aux crochets de l'État. N'ayant pas droit à l'assurance maladie, nous avons toujours eu des assurances privées. Je n'accepte pas qu'on me prenne pour une incapable. Je pourrais essayer de jouer sur les sentiments en invoquant l'éloignement de mes deux petits-enfants de 1 et 4 ans. Mais je ne vendrai pas leur âme, j'ai plus de fierté que ça », fulmine celle qui est surnommée Mamie Franssou.

Audrey Vasseur appréhende le jour du départ.

« Même si je sais que maman viendra régulièrement nous visiter, je le vis comme un deuil. Notre proximité familiale sera brisée. Quand j'étais jeune, j'étais tellement peinée de quitter mes grands-parents à la fin des vacances que j'espérais que mes enfants n'aient pas à vivre la même chose », déplore-t-elle.

L'avenir au Québec de Camille, aujourd'hui âgée de 26 ans, est également incertain puisqu'elle ne peut s'inscrire dans un autre programme d'étude.

« Je ne sais pas, je ne sais plus. Tout comme ma mère, j'étais consciente que mon cas était latent. Je ne songe aucunement à me marier pour les mauvaises raisons. Si l'on m'impose un jour de partir, je m'y plierai », dit-elle

« J'aurai le droit de revenir, je pourrai faire du Québec ma Floride et passer six mois ici, puis six autres en France. Mais ce n'est pas la façon dont j'avais imaginé la suite des choses. On ne me chasse pas cavalièrement, mais je suis face au constat que le Québec n'a pas voulu de moi », résume Françoise Colombani, dont la maison sherbrookoise sera mise en vente.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer