À forte dose pour les aînés

En plus d'avoir à composer avec la flambée... (Spectre Média, René Marquis)

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En plus d'avoir à composer avec la flambée du prix des aliments, les résidences pour personnes âgées se retrouvent parmi les immeubles subissant une forte augmentation des valeurs dans le nouveau rôle auquel la Ville de Sherbrooke se réfère pour calculer les taxes municipales.

Spectre Média, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Ma mère habite dans une résidence pour personnes âgées. Elle a voté pour Bernard Sévigny aux dernières élections municipales.

Je ne vous bavasserais évidemment pas ça si elle me l'avait dit sous le sceau de la confidentialité. Je serais, comme quand vous me refilez une info, tenu au secret professionnel.

C'était du placotage d'étage et ma mère de lancer comme ça : « moi, je l'aime bien M. Sévigny, je le trouve beau ».

Je passerais pour un jaloux à prétendre le contraire. C'est vrai que notre maire est un bel homme élancé. Toujours attentionné envers les aînés, en plus.

Pas sûr par contre que le maire ou les conseillers municipaux se précipiteraient dans une résidence pour personnes âgées si débutait aujourd'hui une campagne électorale. Les aînés risquent d'avaler la pilule de travers car, à Sherbrooke, les résidences certifiées sont parmi les immeubles dont la valeur a effectué un bond appréciable dans le nouveau rôle utilisé par la Ville pour facturer les taxes.

Les valeurs du Manoir Sherbrooke (dans l'est) et du Manoir du Musée, tous deux affiliés aux Résidences Soleil, ont respectivement grimpé de 16 et 19 pour cent. La Seigneurie du Carrefour (dans le nord) est taxée en 2016 sur une valeur majorée de 17 pour cent. Au Pavillon Rock Forest (voisin des boules d'eau), l'ajustement à la hausse est de 40 pour cent.

Comme pour l'ensemble des propriétés, incluant nos maisons, la fluctuation des taxes n'est pas nécessairement proportionnelle à la hausse des valeurs puisque le taux de taxation est légèrement inférieur à celui de l'an dernier.

Reste que pour les résidences précédemment nommées, les sommes à payer grimpent entre 10 et 24 pour cent et ce ne sont pas que des cas isolés.

« On va essayer d'absorber ces coûts additionnels sans avoir à dépasser l'inflation dans l'ajustement du prix des loyers, mais ce n'est pas évident. Ce n'est pas pire à Sherbrooke qu'ailleurs, c'est difficile partout et pour tout le monde », commente le président des Résidences Soleil, Eddy Savoie.

« Nos tarifs sont inférieurs à ceux des grandes résidences et nous ne pouvons réaliser les mêmes économies d'échelle sur les coûts alimentaires, qui explosent eux aussi. Je ne pourrai absorber une hausse de taxes de près de 5000 $ par année sans que mes locataires s'en ressentent », affirme quant à lui Pierre Chapdelaine, propriétaire de la Résidence Murray, un centre de taille intermédiaire.

En plus d'être conseiller municipal, Rémi Demers est directeur général de Sercovie, l'organisme qui assure le service de la Popote roulante à Sherbrooke. J'ai commencé par lui parler de ses propres coûts d'exploitation.

« Le prix des aliments est un méchant casse-tête. Nous sommes chanceux d'être parmi les groupes communautaires qui formeront une alliance avec Moisson Estrie afin de récupérer plus efficacement les surplus que sont prêts à nous offrir les marchés d'alimentation. Grâce à cela, nous espérons réaliser des économies de

8 à 10 pour cent sur nos achats de nourriture ».

Que feriez-vous si vous aviez à gérer les services alimentaires d'une résidence privée pour personnes âgées?

« Eux sont vraiment coincés », d'admettre M. Demers.

Si, en plus de la flambée des aliments, vous aviez à composer dans votre entreprise avec une hausse de taxes de 10 pour cent, comment feriez-vous pour ne pas assommer vos pensionnaires, sachant que leur pension de vieillesse n'a été indexée que de 1,3 pour cent?

Le conseiller Demers a décodé que je ne le questionnais plus seulement comme gestionnaire mais aussi comme élu, à titre de membre du comité exécutif de la Ville.

« Nous n'avons pas sous-évalué les conséquences du dernier budget. Nous savions que le nouveau rôle frapperait le portefeuille de beaucoup de gens. Nous avons essayé de faire pour le mieux. J'espère juste que ça n'affectera pas la qualité des repas servis à nos aînés.

« Si les propriétaires des résidences pour personnes âgées trouvent que les valeurs attribuées par la Ville dans le nouveau rôle sont démesurées, ils peuvent les contester. C'est une option offerte à tout le monde », de répondre M. Demers.

Vous devinez de quoi je parlerai à ma mère en allant lui rendre visite en fin de semaine : à part être toujours aussi beau, est-ce que tu trouves le maire Sévigny encore aussi bon?

Ne soyez pas méchants, ne me dites pas que les politiciens cherchent à exploiter le corollaire que plus on avance en âge, plus on a la mémoire courte. J'ai l'expérience pour savoir que les pertes cognitives sont répandues chez tous les électeurs et que les critères d'esthétisme ne sont pas exclusifs aux aînés non plus.

Si la beauté n'apporte pas à dîner, elle aide à gagner des élections.

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