Comme le silence fait du bien

Le rituel d'une chapelle ardente est apaisant. Édifiant.... (La Presse,Édouard Plante-Fréchette)

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Le rituel d'une chapelle ardente est apaisant. Édifiant.

La Presse,Édouard Plante-Fréchette

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Que la dépouille exposée en chapelle ardente soit celle d'un ancien premier ministre, d'une icône sportive ou d'une sommité du milieu artistique, ce rituel a quelque chose d'apaisant.

Les gens avancent lentement, calmement, patiemment. Une fois rendus à la hauteur du cercueil, ils s'arrêtent, baissent la tête en signe de respect, se recueillent quelques instants, puis cèdent la place à d'autres. Ce geste posé solennellement n'est qu'un bref moment, mais il est édifiant.

Le silence a quelque part imposé sa présence à l'intérieur de la basilique Notre-Dame de Montréal lorsque le public a commencé à défiler devant le cercueil de l'imprésario René Angelil. Il a éloigné la cacophonie des derniers jours.

On a fait TI peuple en exposant à la critique et au jeu des comparaisons l'ambassadrice qu'est Céline Dion, ses enfants ainsi que le large cercle des proches et amis de M. Angélil pendant qu'ils encaissaient le choc du décès. Ça en était gênant.

Une fois que ceux qui nous gouvernent décident d'organiser des funérailles nationales pour une personnalité, d'accord ou pas, la décence la plus élémentaire suggère de décaler les débats sur la pertinence. La convenance devrait assurer une certaine quiétude au début de la période de deuil.

Une telle ou un tel aurait mérité d'autant de considération que René Angélil, le mari qui agissait aussi comme gérant de la mégastar québécoise? C'est possible.

On pourra s'en parler après. On prendra six mois, un an, plus que ça, si nécessaire. Un comité consultatif fera le tour de la province s'il faut revoir les critères des funérailles prises en charge par l'État.

Pour le moment, convenons d'une trêve. Observons une semaine ou deux de silence.

Reposez en paix, M. Angélil. Bon courage, Mme Dion.

******

On ressent très souvent un courant intérieur en s'approchant du cercueil ou de l'urne d'une personne qu'on a appréciée et qui nous a marqué.

Nous entrons en connexion. Notre cerveau retrace sur le champ un moment fort vécu ensemble, un trait de personnalité, un projet commun qu'on n'aura pas eu l'occasion de réaliser.

Cette vibration ne dure qu'un instant, mais elle est puissante. Beaucoup d'émotion est canalisée en un court laps de temps.

Les salons funéraires sont passés à l'ère du visuel. Notre attention est vite captée par les diaporamas qui tournent en boucle. En dix ou quinze minutes, les photos ressassent une foule de souvenirs.

Par contre, je ne sais pas pour vous mais chez moi, ces photos déclenchent rarement la même secousse intérieure. Sans avoir parcouru d'études sur le sujet, vous remarquerez qu'on regarde souvent les albums défilant sur ces écrans avec d'autres. On entre en interaction avec eux, pour souvent se mettre à palabrer.

« Ce sourire, c'était vraiment elle (lui); c'est pas possible comme ses enfants lui ressemblent; proches comme ils étaient, cette séparation brutale ne sera pas facile à vivre ...»

C'est curieux à quel point le silence rapproche tandis que les images et les mots ont tendance à créer une distance qui peut nous faire passer d'acteurs à spectateurs.

Le silence est beaucoup plus précieux qu'on pense. Il ne s'agit pas de l'imposer aux autres. Juste d'appendre dans quelles circonstances on devrait s'en faire une ligne de conduite à soi-même.

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