La traversée du désert

Les troupes syndicales qui se divisent, les patrons... (Archives, La Presse)

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Les troupes syndicales qui se divisent, les patrons qui véhiculent du rêve, les élus sherbrookois qui ouvrent le feu sur leur propre char d'assaut, finalement, y'a pas que chez le Canadien que le jeu d'équipe fait défaut.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Que le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, et son entraîneur Michel Therrien se rassurent, il n'y a pas que chez nos Glorieux que le jeu d'équipe fait défaut. La désorganisation m'a l'air assez généralisée.

Je ne voudrais pas être parmi les représentants syndicaux qui auront à lacer leurs patins pour aller réclamer une bonification des offres patronales après que les chefs de toutes les centrales impliquées dans la négociation provinciale eurent exprimé leur satisfaction avant les Fêtes.

Une entente de principe n'est jamais le point final d'une négociation sauf qu'on a rarement vu autant de points d'interrogation en période de consultation.

Les enseignants de la région de Québec ont voté en même temps que ceux de l'Estrie et c'est sensiblement dans la même proportion, à sept sur dix, qu'ils ont rejeté les offres salariales négociées par le front commun de même que les clauses spécifiques à leur profession.

Pendant ce temps au Saguenay, d'autres professeurs affiliés au même syndicat provincial entérinaient quasiment à l'unanimité (95 pour cent) les termes de l'entente sectorielle , puis ratifiaient à 91 pour cent les propositions sur les salaires et les caisses de retraite.

Les professeurs des écoles secondaires et primaires de Sherbrooke ont repoussé à 71 pour cent le cadre salarial provincial tandis que ceux du Cégep se montrent satisfaits à 84 pour cent de ce que le front commun a obtenu pour eux.

Je sais, je sais, des réajustements font en sorte que certains se voient offrir plus que d'autres. Mais ces nuances, qu'on a le temps d'expliquer en long et en large au cours d'une assemblée syndicale, seront compliquées à résumer en 15 ou 20 secondes quand reprendra avec le ministre Martin Coiteux la bataille médiatique pour influencer l'opinion publique.

Des milliers d'employés du réseau de la santé de l'Estrie voteront la semaine prochaine. S'ils suivent la recommandation de leurs dirigeants syndicaux, ils rejetteront eux aussi les offres gouvernementales. Même en s'alliant aux enseignants, leur force de frappe sera cependant diminuée.

Le gouvernement Couillard aura beau jeu de prétendre que les limites de la bonne volonté sont atteintes. La division servira de justification pour clore le débat avec un décret.

******

Les patrons en arrachent dans les coins de patinoire, eux aussi.

Selon le dernier Bulletin sur le marché du travail produit par Emploi Québec, un gain de 37 300 emplois a été réalisé dans la province au cours de l'année 2015.

Le Conseil du patronat du Québec (CPQ), organisme se targuant de représenter pas moins de 70 000 entreprises de toutes tailles, fait miroiter dans une publicité radiophonique la possibilité de pratiquement tripler ces résultats en consommant différemment.

Si chaque Québécois dépensait 20 $ de plus par semaine en produits et en services d'ici, cela créerait jusqu'à 100 000 emplois par année, véhicule le CPQ.

« Juste en théorie, mais irréaliste dans la pratique », a conclu le journaliste Denis-Martin Chabot, de Radio-Canada, après avoir soumis l'assertion au regard d'experts pour lui faire subir L'épreuve des faits.

La démonstration n'a pas été tellement compliquée. Un plan d'affaires basé sur les dépenses de consommation de 8,2 millions de personnes, sans tenir compte que le tiers d'entre eux aient moins de 15 ans ou plus de 65 ans et donc un portefeuille réduit, serait pour le moins risqué. Croire que les entreprises québécoises y trouveraient soudainement une manne suffisamment durable pour justifier des projets d'expansion auprès des institutions financières relève également de l'utopie.

Il est toujours bon de mettre l'épaule à la roue, de rappeler que chaque dollar dépensé ici a un effet multiplicateur. Sauf que dans ce cas-ci, le raisonnement est plutôt simpliste.

Un gratteux avec ça?

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Tant qu'à décaper le vernis perdant de son lustre, nos élus sherbrookois sont devenus pingres pas à peu près. Certains d'entre eux sont préoccupés par la cotisation de 84 000 $ que la Ville paye annuellement à l'Union des municipalités du Québec (UMQ).

J'en reviens pas!

Au cours des deux dernières années, les conseillers municipaux n'ont attendu que cela, que le maire Bernard Sévigny revienne des rencontres de l'UMQ avec le plan de match pour s'allier le gouvernement provincial afin de « traverser » les syndicats. Ils ont obtenu une loi pour renflouer les caisses de retraite et la deuxième s'en vient, pour permettre aux villes de mieux contrôler leur masse salariale.

Tiquer sur une cote-part de 84 000 $ alors que la bataille menée via l'UMQ a porté sur des dépenses récurrentes (masse salariale et remboursement d'emprunts pour payer les déficits actuariels) qui totaliseront 133 millions en 2016, c'est ouvrir le feu en direction de son propre char d'assaut.

Je ne voudrais surtout pas vous démoraliser mais finalement, à tout considérer, y'a pas qu'au Centre Bell qu'on risque de rater les séries!

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