La guerre pour faire mal

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Malgré la douloureuse perte de compatriotes, dont l'implication à l'étranger témoignait d'une solidarité exemplaire et qui sont devenus d'innocentes victimes de la provocation, le Canada ne doit pas s'engager dans une sale guerre seulement sous le coup de l'émotion.

La Presse Canadienne

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / La présence du premier ministre Justin Trudeau dans une mosquée alors qu'il aurait plutôt dû venir apporter réconfort aux familles des victimes canadiennes des récents attentats revendiqués par des djihadistes est un manque d'empathie qui va lui coller à la peau.

C'est une bourde aussi flagrante que le jour où Stephen Harper a préféré participer à l'inauguration d'un restaurant Tim Hortons en Ontario plutôt que d'assister à l'Assemblée générale des Nations-Unies. M. Harper n'a convaincu personne que son souci d'avoir ainsi placé ses priorités dans la santé de l'économie canadienne était crédible.

La distance du gouvernement Trudeau est inexcusable et la ministre estrienne Marie-Claude

Bibeau n'est pas exempte du blâme, car à défaut du premier ministre, c'est elle qui aurait dû se rendre à Lac-Beauport pour souligner l'engagement des six travailleurs humanitaires tués par des extrémistes. La coopération internationale relève de sa compétence.

« À titre de ministre du Développement international et de la Francophonie, votre objectif global consistera à diriger les efforts du Canada en vue de fournir de l'aide humanitaire visant à réduire la pauvreté et l'iniquité dans le monde », retrace-t-on dans la lettre du mandat dont Mme Bibeau a hérité de son chef en novembre dernier.

Cela dit, je ne partage pas le point de vue de ceux qui reprochent au gouvernement Trudeau d'ignorer le cri du coeur de Camille Carrier, qui voudrait que les avions de chasse canadiens aillent bombarder le groupe armé État islamique.

En deuil de sa fille Maude et de son ex-mari (Claude), Mme Carrier a exprimé sa dévastation dans différents médias avec des mots poignants. Ça se comprend, vivent près d'elle deux petits-enfants de trois et cinq ans qui ne reverront jamais leur maman et leur grand-papa.

La colère de cette femme est parfaitement légitime et elle est sûrement partagée. Toutefois, en quoi une réplique musclée avec des frappes aériennes canadiennes contre l'État islamique en Syrie ainsi qu'une offensive contre des positions d'Al-Qaïda en Afrique augmenteraient-elles la sécurité des Canadiens, ici ou ailleurs dans le monde? D'autres pays, dont les États-Unis et la France, ont riposté de cette façon à des attaques terroristes sans que cela ait pour autant mis leur population à l'abri.

La tiédeur du gouvernement Trudeau dans la lutte à l'État islamique fait sourciller. Pour certains, le jeune premier ministre canadien refuse de voir la réalité en face, préférant vivre dans le monde imaginaire des enfants.

« La guerre, la guerre, c'est pas une raison pour se faire mal », avons-nous retenu comme savoureuse réplique de l'un des belligérants du film culte La Guerre des tuques.

C'est effectivement bien différent dans le monde des grands, univers dans lequel les alliances stratégiques ont souvent de fois été cimentées avec l'armement.

Peut-être que Justin Trudeau n'aura pas le choix, qu'il se retrouvera forcé d'admettre que le Canada doit redevenir un pays plus engagé au sein de la coalition internationale cherchant à éradiquer la menace planétaire que font peser les fanatiques religieux.

Peut-être les Canadiens devront-ils un jour, même à contrecoeur, enrôler de leurs soldats dans une guerre pour faire mal et qui risquera aussi de nous faire mal, car lors de chaque guerre le sang coule dans tous les camps.

Pour en arriver là par contre, ça prendra des arguments réfléchis et rationnels, avec certaines garanties de résultat. Cette démonstration reste à faire.

Malgré la douloureuse perte de compatriotes, dont l'implication à l'étranger témoignait d'une solidarité exemplaire et qui sont devenus d'innocentes victimes de gestes de provocation, le Canada ne doit pas s'engager dans une sale guerre sous le coup de l'émotion.

Ce serait tomber dans le piège de ceux qui croient gagner juste à nous déstabiliser.

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