Prévenir n'est pas toujours guérir

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Le Service de police de Sherbrooke a fait preuve d'un discernement exemplaire en gardant un oeil sur le prédateur sexuel David Girard dès que celui-ci est sorti de prison, le 6 juillet 2013.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Nos policiers municipaux ont été trop vigilants, trop efficaces. Ça paraît con de dire ça, mais dans ce cas c'est quasiment vrai.

Le Service de police de Sherbrooke (SPS) a fait preuve d'un discernement exemplaire en gardant un oeil sur le prédateur sexuel David Girard dès que celui-ci est sorti de prison, le 6 juillet 2013. On lui a collé des patrouilleurs aux fesses et ça n'a pris qu'une semaine avant qu'on l'arrête dans le vestiaire d'une piscine publique.

Comme il était sous le coup d'une interdiction de fréquenter un parc en présence de personnes de moins de 16 ans, les agents l'ont coffré sur le champ pour avoir manqué à ses conditions de libération à la suite d'agressions sur des enfants.

Good job!

Parlez-moi d'une police allumée, d'une police qui a du flair et qui est à son affaire.

Si, à l'opposé, les agents en filature avaient cligné des yeux, qu'ils avaient été en pause-santé pour un roupillon d'un petit quart d'heure à bord de l'auto-patrouille, qu'est-ce que se serait passé selon vous?

On n'a pas de preuves, on présume, mais il n'est pas tordu de penser que l'homme fauve aurait cherché à s'approcher des anges sur lesquels il est porté à avoir des fixations. Peut-être que ses démons l'auraient poussé à avancer ses grosses mains vers les parties intimes des enfants...

Imaginons la suite, apercevant ce comportement déviant, un autre baigneur de la piscine du parc Triest aurait appelé le 911, les policiers assoupis se seraient réveillés en sursaut dès qu'ils auraient entendu la directive d'intervenir illico pour un dossier à caractère sexuel.

Ces agents auraient vite reconnu le suspect. Ils l'auraient menotté, amené au poste pour l'interroger pendant que de leurs collègues seraient venus prendre les dépositions  : vous l'avez vraiment vu plonger sa main dans la culotte du garçon? Certains témoignages auraient été accablants.

La bourde policière aurait fini par se savoir, c'est sûr, et l'arrestation du pédophile serait alors devenue bien secondaire. L'affaire aurait plongé tous les membres du SPS dans la boue, dans un tourbillon médiatique gênant : quelle bande d'incompétents, aurions-nous hurlé.

Ironiquement, à cause de cette surveillance brouillonne, cette autre agression aurait permis d'accumuler la preuve que le récidiviste avait commis d'autres « sévices graves » le rendant délinquant à contrôler. Dans ces cas, la justice a le bras plus long pour les peines carcérales. Le gars aurait été cuit.

Selon nos lois, cette preuve n'existe pas contre David Girard puisque les policiers alertes sont intervenus avant qu'il ne tente quoi que ce soit au parc. La seconde fois, il n'a pu être jugé que pour bris de probation, une offense moins grave. Faudrait qu'il s'égare et qu'il abuse d'un autre enfant pour entrer dans cette catégorie.

Ça se complique toutefois pour lui, car il a également eu un comportement violent envers un intervenant d'une maison de thérapie. Il se serait ainsi fermé les portes d'autres centres spécialisés.

Sa mère est au désespoir et les répondants de la justice savent que l'homme de 25 ans représentera un haut risque de récidive lorsqu'il sera remis en liberté, dans quelques mois. « Le cas Girard » flotte entre deux eaux.

Loin de moi l'idée de remettre en question le professionnalisme de nos policiers qui ont rapidement contré toute tentation chez ce dernier, au contraire, ce rappel des faits est une façon de se rassurer : peu importe la direction que prendra David Girard au cours des mois à venir, nous savons que le SPS a son numéro.

Les unités spéciales affectées à la surveillance informatique de la SQ et de la GRC sont, elles aussi, de plus en plus efficaces pour dépister les prédateurs sexuels se livrant à des leurres d'enfants. Tant mieux!

Sauf qu'on s'en rend bien compte, les interventions pour protéger la société peuvent également servir de parapluie à la dérive. Prévenir est souhaitable, c'est assurément la meilleure voie, mais ce n'est pas toujours guérir.

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