Les limites de l'insolence

Samar Badawi était déjà sur ses gardes. Elle... (Photo Amnistie internationale)

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Samar Badawi était déjà sur ses gardes. Elle savait ses faits et gestes surveillés. Elle avait tout de même osé échanger quelques courriels avec moi.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Leur arrogance n'a décidément pas de limites, ai-je fulminé, après avoir appris que la soeur du blogueur Raif Badawi, Samar, avait été victime d'une autre manoeuvre d'intimidation de la part des autorités saoudiennes, qui voudraient bien la réduire au silence. Elle aussi.

Imaginez deux minutes, que nos policiers aient à obéir aux mêmes ordres, qu'ils soient dépêchés au domicile d'une femme dont le mari et le frère sont prisonniers d'opinion, qu'ils la somment de les suivre au poste avec sa fille de deux ans pour venir s'expliquer sur un blogue jugé offensant par la monarchie. Le procureur ou le ministre qui voudrait justifier cela ici serait mieux de songer à demander l'asile politique en Arabie saoudite!

Les tortionnaires du roi Salman ont harcelé une fois de plus Samar Badawi, mais ils lui ont rendu sa liberté. Tant mieux.

J'ai fureté pour vérifier si l'audacieuse Samar allait griffer en donnant de ses nouvelles et en commettant l'affront sur les réseaux sociaux. Je n'ai rien vu.

Pour l'encourager, j'ai envie de lui envoyer un message privé. Ce serait inutilement risqué pour elle.

« Parler à un journaliste n'est jamais une bonne idée. Ensaf, l'épouse de Raif, peut le faire à partir du Canada. Moi, ça risque chaque fois de me plonger dans l'embarras », m'avait-elle glissé à pareille date l'an dernier.

Samar Badawi était déjà sur ses gardes. Elle savait ses faits et gestes surveillés. Elle avait tout de même osé échanger quelques courriels avec moi.

« La défense des droits humains est la seule fenêtre qui s'ouvre sur l'espoir », m'avait-elle alors confié.

Depuis, l'étau s'est toutefois resserré. Les autorités lui ont retiré son passeport pour éviter qu'elle ne soit tentée de filer en douce avec sa petite et qui sait, de venir rejoindre les membres de la famille de son frère vivant parmi nous à Sherbrooke.

À sa place, on rêverait d'un corridor de fuite. Pas elle, semble-t-il.

« Mon pays et ma mission sont ici. Ce que je veux, c'est réveiller mes compatriotes », a-t-elle déclaré l'été dernier au journal Le Monde qui l'a caricaturée avec le titre Samar Badawi, l'effrontée de l'Arabie saoudite.

Depuis six mois, ses commentaires sont toutefois plus espacés sur sa page Facebook. Mme Badawi ne se prive pas pour autant de relayer les nouvelles concernant son mari Walid, son frangin Raif ou de mettre en ligne les articles référant aux timides progrès dans l'étroitesse de la pensée au sein de l'élite saoudienne.

Nous n'avons pas entretenu de correspondance soutenue, elle ne m'alimente pas de ses secrets, je l'observe seulement à distance. Son insolence un peu plus prudente dérange quand même, mais avec élégance.

C'est probablement pourquoi d'ailleurs les autorités saoudiennes n'ont pas voulu elles-mêmes dépasser les limites de l'insolence en la gardant incarcérée pour des motifs futiles. Le tollé international aurait été immédiat.

Je vous l'ai expliqué l'an dernier, si Raif Badawi est devenu icône de la liberté de façon spontanée au lendemain de l'attentat terroriste contre Charlie Hebdo, sa grande soeur Samar l'avait précédé. Cette femme a tout un curriculum de guerrière sur le front des réformes religieuses et sociales en Arabie saoudite. Le prix de l'International Courage of Women Awards lui ayant été décerné par Michelle Obama et Hillary Clinton, en 2012, à la Maison-Blanche, a apposé des galons et des médailles sur son uniforme de combattante.

S'attaquer à Samar Badawi, c'est prendre en grippe une « bonne amie » des États-Unis et cela, les princes du pétrole le savent très bien.

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