Le devoir de vigilance

Consultant en risques naturels, Jean-Marc Dubois n'a pas... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Consultant en risques naturels, Jean-Marc Dubois n'a pas tardé à relever que de la terre meuble avait glissé sur une pente d'argile dans le talus qui s'esteffondré à Lennoxville. L'accumulation sous les pieds de M. Dubois montre l'épaisseur de terre recouvrant le corridor récréatif longeant la rivièreMassawippi.

Spectre Média, Jessica Garneau

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / S'il eut fallu qu'un pareil glissement de terrain survienne durant la randonnée à vélo d'une jeune famille ou lors du passage d'un skieur de fond, on ne parlerait pas que d'une fracture souterraine. Il y aurait probablement eu transport à l'hôpital, peut-être même à la morgue.

Plus d'un mètre de terre recouvre le corridor récréatif reliant Sherbrooke à North Hatley, à l'entrée sud de Lennoxville. Un talus s'est effondré sur un terrain se trouvant « en partie » dans l'une des zones identifiées par la Ville quant aux risques glissements de terrain.

« On ne pouvait prévoir ce qui s'est produit en se basant uniquement sur les critères auxquels la Ville s'est référée pour cartographier son territoire, soit la hauteur de talus et le pourcentage de pente », commence par mettre en contexte Jean-Marc Dubois, un consultant en risques naturels avec qui j'ai visité les lieux.

Ce professeur émérite du Département de géomatique de l'Université de Sherbrooke est l'un des experts ayant reproché il y a deux ans aux autorités municipales d'avoir imposé aux citoyens des contraintes d'aménagement manquant de rigueur géoscientifique.

M. Dubois serait cependant curieux de pouvoir consulter les études que le ministère des Transports du Québec (MTQ) prétend avoir en sa possession pour valider la solidité de ce remblai.

« C'est sûr que le ministère des Transports a procédé à une stratigraphie pour analyser la composition des couches de sol dans l'emprise de l'autoroute 410. A-t-on procédé aux mêmes forages le long de la piste cyclable, je ne saurais vous dire? On ne peut pas prétendre cependant que c'était sans risques. La présence d'un corridor récréatif au bas des pentes commandait la plus grande prudence ».

Sur place, l'expert n'a pas tardé à relever que de la terre meuble avait glissé dans une pente d'argile à quelques mètres seulement de la voie verte.

« Je suis à peu près certain que le glissement de terrain a commencé là. S'il y avait eu des usagers sur la piste, ils auraient eu peu de temps pour réagir », soutient M. Dubois.

Selon lui, l'affaissement n'a pas été provoqué par un ruissellement en surface.

« L'eau s'infiltre dans le sol jusqu'à la couche d'argile qui est imperméable. Elle y glisse comme sur une pellicule de plastique. Cela a pu rendre le sol instable à cause du poids des matériaux de remblai empilés au-dessus », avance-t-il comme hypothèse.

Le spécialiste ne voit cependant aucune menace d'érosion semblable pour la route 108-143 ou pour les infrastructures autoroutières.

« C'est construit sur du solide et même si elles sont hautes, les parois creusées dans le roc seront aussi résistantes que celles du corridor de l'autoroute des Cantons-de-l'Est ayant un demi-siècle », assure M. Dubois.

Va pour les explications techniques. Abordons maintenant le volet politique.

Aucun citoyen ne peut obtenir un permis pour construire sur un lot que la Ville de Sherbrooke considère comme présentant un risque de glissement de terrain sans fournir au préalable une étude géotechnique. Même si ce risque ne touche qu'une partie du dit lot.

Lorsque des propriétaires se sont plaints de ces contraintes, compliquant non seulement la planification de nouvelles constructions mais aussi les transactions immobilières, les autorités municipales ont fait valoir qu'elles avaient un « devoir de vigilance ».

La Ville a émis un certificat de conformité pour les aménagements routiers sans exiger les mêmes garanties techniques du ministère des Transports du Québec ou de ses mandataires. Elle n'avait pas le pouvoir de l'imposer.

Le devoir de vigilance dépasse maintenant le seul cadre légal. La Ville doit questionner sans complaisance et les autorités provinciales convenir qu'elles ont l'obligation de fournir toutes les réponses. Au même titre que si un propriétaire privé était en cause.

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