Le progrès à petits pas

Les infirmières peuvent dorénavant prescrire un certain nombre... (Spectre, Jessica Garneau)

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Les infirmières peuvent dorénavant prescrire un certain nombre d'examens et de médicaments. Du temps dégagé pour les médecins, qui pourront se concentrer sur des cas plus compliqués.

Spectre, Jessica Garneau

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Je traîne une otite depuis Noël. Les gouttes achetées sur les tablettes d'une pharmacie n'ont pas suffi à me soustraire à la consultation que j'appréhendais en raison du désagrément qu'occasionne souvent le temps d'attente.

« Je peux vous offrir un rendez-vous avec une infirmière clinicienne à 15 h 45 », m'a-t-on proposé à la clinique de mon groupe de médecine familiale (des Frontières, à Coaticook).

Pas de perte de temps, j'ai été reçu pile-poil à l'heure. Après un court examen, je suis reparti avec la prescription pour soigner ma banale infection. Le patient n'a pas souffert d'impatience, il a été traité dans le réseau public avec la considération qu'un client reçoit dans le privé!

Ça m'a rappelé l'entrevue que j'avais réalisée il y a deux ans avec des diplômés de l'Université de Sherbrooke à l'emploi du Centre de santé communautaire de l'Estrie... à Cornwall, en Ontario. Ces derniers m'avaient alors confié leur surprise que le Québec tarde autant à élargir les pouvoirs dévolus aux infirmières, en me servant justement l'exemple d'une otite. Ces cas relevaient déjà chez nos voisins ontariens du personnel infirmier plutôt que d'un médecin.

Fort heureusement, le Québec adhère graduellement au partage des responsabilités. Entre justement en application ces jours-ci l'entente intervenue l'automne dernier avec le Collège des médecins du Québec. Les infirmières peuvent dorénavant prescrire un certain nombre d'examens et de médicaments, notamment dans les cas de santé publique liés à la contraception hormonale et aux infections transmises sexuellement ou par le sang. Du temps dégagé pour les médecins, qui pourront se concentrer sur des cas plus compliqués.

Parmi les 23 postes affichés dans les priorités de recrutement du Plan régional d'effectifs médicaux (PREM) de l'Estrie pour 2016, seulement quatre sont liés à des besoins à l'urgence d'un hôpital (Asbestos, Coaticook, Lac-Mégantic et Magog). La demande est nettement plus forte dans les « cabinets, à domicile, dans les CLSC ou dans les unités de médecine familiale.

« Nous avons déjà l'assurance que le ministre Gaétan Barrette considérera nos besoins à l'urgence comme des cas d'exception. Par ailleurs, nous ne sommes pas surpris par la clause ministérielle restreignant la pratique en urgence et orientant plutôt les futurs médecins omnipraticiens vers les soins de première ligne. Ce n'est pas la seule mesure, mais c'est l'une des mesures prises par le gouvernement pour nous aider à écourter la liste des patients en attente d'un médecin de famille », explique la directrice des services professionnels du CIUSSS de l'Estrie-CHUS, la Dre Colette Bellavance.

Les priorités du PREM ne sont pas déterminées unilatéralement par les hauts gestionnaires régionaux, rappelle la Dre Bellavance, elles sont convenues au terme d'une analyse concertée avec les représentants de la médecine générale.

Tel que rapporté dans notre édition de lundi, le CIUSSS peine encore à réduire le délai de prise en charge par un médecin de famille. Celui-ci a été évalué à la fin de 2015 à presque un an (302 jours). Pas moins de 33 000 Estriens attendent toujours qu'on leur désigne un médecin répondant.

Les restrictions de pratique imposées par le ministre Barrette sont jugées contraignantes par les futurs omnipraticiens. Ça se comprend. Sauf que le réseau change et les besoins de main-d'oeuvre aussi.

Après avoir résolu le manque de spécialistes, puis résolu la pénurie de médecins dans les urgences en créant des listes de dépannage, le ministère de la Santé concentre aujourd'hui ses efforts sur les soins primaires rendus hors des établissements hospitaliers.

Comme les infirmières seront de plus en plus courtisées, les établissements de l'Estrie gèrent avec un souci de stabilité de leur personnel en se maintenant quelques points au-dessus de la moyenne provinciale quant à la proportion de postes permanents (un peu plus que 64 pour cent chez les infirmières en Estrie, quatre points de plus que la moyenne provinciale).

La transformation s'opère lentement. Parfois, péniblement. Mais force est d'admettre que nous progressons à petits pas vers une organisation simplifiée et plus efficace de notre réseau de santé.

Grand bien nous fasse!

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