Les mots qui blessent

Certains conflits dans le sport amateur virent mal.... (Archives, La Tribune)

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Certains conflits dans le sport amateur virent mal. Ils tournent au vinaigre parce que chacun s'accroche à la prétention que l'autre a tous les torts.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Certains conflits dans le sport amateur virent mal. Ils tournent au vinaigre parce que chacun s'accroche à la prétention que l'autre a tous les torts.

Chapeau, c'est avec une maturité réconfortante que les dirigeants des associations de hockey mineur de Magog et Lac-Mégantic donnent suite à une altercation verbale survenue dimanche dernier lors d'un match qui impliquait des équipes de catégorie midget (15 à 17 ans) de ces deux villes.

Les deux organisations ont vite convenu qu'il ne fallait pas laisser passer la remarque acide d'un joueur de l'équipe magogoise, qui a nargué un adversaire en faisant référence « à des parents morts dans le feu ». L'à-propos du retour sur ces incidents n'est pas tant de punir un fautif que de se rappeler les limites de l'invective ainsi que celles du respect.

Sans excuser le geste de son joueur, l'entraîneur des Cantonniers midget A, Richard Lefebvre, a légitimement expliqué le contexte sous-jacent à ces étincelles. Les visiteurs auraient pris plaisir à humilier ceux qu'ils dominaient outrageusement. Ça ma rappelé le jour où j'ai momentanément délaissé mon rôle d'assistant-entraîneur pour aller freiner dans les gradins l'enthousiasme des parents... de nos enfants!

C'était justement à Lac-Mégantic. Nos filles de 11 et 12 ans affrontaient des garçons. Nous avions pris une avance de 4 à 0 très tôt dans le match. Il était évident que les équipes n'étaient pas d'égale force.

Sans demander aux filles de lancer délibérément à côté du filet pour ménager les susceptibilités, derrière le banc, la consigne avait subtilement été donnée de mettre l'accent sur l'exécution des jeux de base, le passe et suit, patiner avec la tête haute, etc.

Sauf que dès que les officiels remettaient la rondelle en jeu, on entendait les parents (beaucoup de mamans...) beugler dans les gradins : « Un autre but, les filles, un autre but! »

Faites preuve d'un peu de retenue, étais-je allé rappeler à nos fébriles supporters trop engagés dans le match, il suffirait qu'un garçon humilié mette un peu plus d'ardeur dans le coin pour qu'une de nos filles sorte de l'aréna mal en point.

Les performances sportives ont toujours été gorgées d'émotions. De toutes les époques, le Canadien de Montréal a déchaîné les passions. Cette fièvre est presque maladive. Les célébrations de Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur étaient cependant beaucoup plus contenues que celles des vedettes exubérantes qui se lancent de nos jours dans la baie vitrée après avoir marqué un but et qui servent de modèles à nos jeunes.

Faut embarquer dans la game, applaudir, célébrer les victoires et partager la fierté de nos enfants. Tout en veillant par contre à ce que la partisanerie ne se transforme pas en mépris.

Pas besoin de délibérer longtemps sur la sanction à imposer au jeune hockeyeur qui a commis l'écart de conduite. Un match dans les gradins serait suffisant comme rappel. L'important est que la leçon ne soit pas que la sienne.

Retenons-la aussi, car nos enfants sont le miroir de ce que nous sommes.

*****

Un jour, j'ai avalé ma pilule.

Nous étions réunis, une gang de chums de la polyvalente La Frontalière, pour célébrer nos 40 ans. L'un d'eux s'est approché de moi :

« Toi, tu ne peux pas imaginer à quel point je te haïssais quand nos étions jeunes. Avec d'autres, tu m'humiliais en me traitant de tapette. T'as pas idée comme ça me faisait mal ».

Je suis devenu rouge de honte. Je me suis confondu en excuses le reste de la soirée. On venait pourtant de rire en gang de son homosexualité pleinement assumée et explicitement racontée un quart de siècle plus tard.

Sauf qu'à 15 ans, mes plaisanteries désinvoltes et déplacées étaient des couteaux, des lames de rasoir qui écorchaient un autre jeune qui, comme moi, cherchait à se découvrir et à se définir pour s'épanouir.

C'était carrément méchant. Jeune, je ne le réalisais point. Aujourd'hui, ce témoignage me secoue encore.

Ce n'est pas un esprit moralisateur qui a rédigé cette chronique. C'est un gars encore malheureux d'avoir provoqué autant de douleur avec des mots blessants. Ne vous privez pas de dire à vos enfants que les remords nous tourmentent longtemps.

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