Le réalisme doit venir avec le pouvoir...

Alors député dans l'opposition, Stéphane Dion a mise... (Capture d'écran Youtube)

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Alors député dans l'opposition, Stéphane Dion a mise en ligne au mois de janvier l'une de ses interventions à la Chambre des communes au cours de laquelle il pressait Stephen Harper d'intercéder personnellement en faveur de Raif Badawi. Ce n'est pas « dans les plans immédiats» de Justin Trudeau d'agir ainsi.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Chronique / J'ai eu droit à des remontrances en début de semaine du bureau du ministre fédéral Stéphane Dion. Ça se comprend, le ministère des Affaires étrangères du Canada a reçu copie de ma chronique dans laquelle je varlopais le gouvernement Trudeau... avant le courriel de relance dans lequel je demandais des explications sur le cas Raif Badawi.

Cette demande s'est égarée dans un désert informatique avant d'arriver à destination. Notre système d'expédition serait en cause.

« Difficile de vous répondre avant d'avoir reçu vos questions », a maugréé l'attaché de presse du ministre, Adam Barratt en exigeant, comme il se doit, que je porte cet élément à votre attention.

C'est chose faite, monsieur. De manière évidente et transparente. À votre satisfaction, j'espère.

Ma femme et mes deux filles sont chanceuses de ne pas avoir à vivre avec la crainte que je disparaisse. Un imbroglio semblable surviendrait en Arabie saoudite qu'on me citerait à procès pour avoir critiqué injustement le gouvernement et je risquerais d'aller retrouver le blogueur Badawi en prison pour dix ans.

Il faut cependant que vous sachiez que mes premières démarches auprès du ministre M. Dion remontaient à une semaine. C'était le jeudi 10 décembre, à 11 h 10, dans un courriel adressé personnellement à M. Barratt, qu'il admet avoir reçu, mais auquel il n'a pas donné suite comme souhaité. Jeudi, vendredi, samedi, dimanche, lundi, pas de retour.

À vos reproches de précipitation, M. Barratt, j'opposerais une certaine lenteur difficile à justifier. D'autant que, selon le qualificatif que vous avez utilisé, il s'agit d'un « cas sensible ».

J'imagine que c'est d'ailleurs pourquoi le secrétariat d'État de la Suisse m'a répondu avant vous, et que la vice-présidente du Parlement européen, Ulrike Lunacek, a accordé une entrevue téléphonique d'une vingtaine de minutes à La Tribune sur le combat de Raif Badawi.

Même après la rencontre avec son homologue saoudien Adel Al-Jubeir, qui était de passage à Ottawa, le ministre Dion s'en est tenu à une brève déclaration écrite. Ma demande d'entrevue est toujours en évaluation à son bureau.

Vous m'en voyez étonné, mais pas du tout frustré. Les communications ministérielles et gouvernementales sont la prérogative des dirigeants. En 30 ans de métier, j'ai été en contact avec les attachés de presses de plusieurs maires, députés, ministres ainsi qu'avec le cabinet de l'ancien premier ministre Jean Charest. Je sais à quel point cette tâche est exigeante, étourdissante et compliquée.

En particulier les jours où les déclarations du passé rattrapent les politiciens. La sagesse suggère de s'en tenir aux communiqués bien léchés.

« Notre rencontre a resserré les liens entre le Canada et l'Arabie saoudite et nous a permis de discuter de sécurité régionale, notamment notre détermination commune à lutter contre l'État islamique en Irak et au Levant et du leadership de l'Arabie saoudite dans l'établissement récent d'une coalition antiterroriste », lit-on dans la brève déclaration officielle du ministre Dion.

Vrai que nos intérêts sont convergents sur la question de la sécurité. Sur celle des droits de l'homme par contre, y'a pas mal de chemin à faire.

« Nous avons abordé les préoccupations du Canada concernant les droits de la personne dans le Royaume, y compris le cas Raif Badawi, dont la famille réside au Canada. J'ai signalé que le gouvernement espère la clémence dans ce cas précis », a rapporté le ministre Dion.

C'est bien peu par rapport à ce que le même homme exigeait en début d'année.

Stéphane Dion s'est montré insatisfait et agacé des réponses creuses du précédent gouvernement durant la période des questions du 29 janvier dernier à Ottawa.

« L'opposition libérale a insisté pour que le ministre dénonce le châtiment cruel et inhumain infligé au blogueur et pour qu'il réclame des autorités saoudiennes l'annulation totale de la peine... Le premier ministre va-t-il intercéder lui-même, directement, auprès du nouveau roi saoudien comme l'en prie l'épouse de M. Badawi », s'impatientait-il alors.

Les attentes de la famille du blogueur sont les mêmes qu'il y a 11 mois. Celles des citoyens solidaires de sa cause, aussi. La seule chose ayant changé, ce sont les répondants politiques et les propos qu'ils tiennent.

Le regard de Justin Trudeau crachait du feu sur la photo accompagnant cette chronique, extraite de l'intervention de M. Dion à la Chambre des communes et dont celui-ci s'est fait promoteur comme député de l'opposition en la propulsant sur YouTube.

Le réalisme doit venir avec le pouvoir...

« Ce n'est pas dans les plans immédiats » du premier ministre Trudeau de contacter lui-même le roi Salmane, vient-il d'expliquer. Les propos du ministre Dion sont également beaucoup plus feutrés.

Pourquoi faudrait-il aujourd'hui se satisfaire de leurs courtes réponses? Leur rôle a changé. Pas le mien.

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