Autre offensive des alliés pour la liberté

La présence d'Ensaf Haidar à Strasbourg ne s'est... (PHOTO COURTOISIE BUREAU D'ULRIKE lUNACEK)

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La présence d'Ensaf Haidar à Strasbourg ne s'est pas limitée à la cérémonie de remise du prix Sakharov. L'épouse de Raif Badawi a aussi pris part à un séminaire sur la défense de la liberté d'expression aux côtés de la vice-présidente du Parlement européen, Ulrike Lunacek, qui a accordé une entrevue à La Tribune.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / La scène était solennelle. Un certificat honorifique déposé sur une chaise vide, en l'absence du prisonnier d'opinion Raif Badawi devenu symbole de courage et de détermination.

Quelques minutes auparavant, toute l'assemblée des députés du Parlement européen s'était levée pour applaudir Ensaf Haidar, qui venait de propager sur cette autre tribune les idéaux de son mari privé de son droit de parole et de sa liberté.

« Raif est un penseur pacifique n'ayant pas voulu rester dans le troupeau qui suit les hommes de religion, qui vivent dans une autre époque et qui appliquent leur loi dure. Mon mari a parlé fort pour s'opposer à la barbarie et à l'autoritarisme religieux », a réitéré la Sherbrookoise d'adoption débarquée à Strasbourg, en France, pour recevoir le prix Sakharov sur la liberté d'esprit au nom de son mari.

C'était un 15e prix cette année pour lui, a relevé Mme Haidar qui a conclu son allocution en citant son époux :

« À ceux qui nous veulent la mort, nous souhaitons la vie.

À ceux qui veulent que nous restions ignorants, nous leur souhaitons de revenir à la raison ».

Mais comment faire entendre raison à l'Arabie saoudite qui fait la sourde oreille aux reproches de piétiner les libertés individuelles ?

« Je ne connais pas très bien la cour royale, mais il y a des courants de pensée qui s'affrontent au sein même de la monarchie. Il faut continuer à argumenter, à faire pression sur le roi Salmane à travers les ambassades. Il y a des choses à négocier au sein de la coalition internationale qui doit intervenir en Syrie, c'est donc le moment de poser des conditions à ceux qui sont disposés à être nos alliés », répond depuis Strasbourg la vice-présidente du Parlement européen, Ulrike Lunacek, au cours d'une entrevue téléphonique accordée à La Tribune.

Mme Lunacek a épousé dès le départ la cause de Raif Badawi, dans le forum parlementaire autant qu'en participant à des manifestations d'appui au cours de la dernière année.

« M. Badawi n'est coupable que d'avoir dit une vérité universelle : il n'y a pas qu'une religion dans le monde et chacun de nous doit pouvoir faire ses choix, y compris celui d'être athée », fait valoir la politicienne autrichienne appartenant au groupe des Verts.

La vice-présidente du Parlement européen prône une nouvelle frappe concertée sur le front diplomatique.

« Il y a sans doute un moyen d'accentuer nos pressions avec le nouveau gouvernement canadien.

Nous voudrions tous que les choses changent plus vite en Arabie saoudite. L'élection d'une vingtaine de femmes à des fonctions politiques montre par contre qu'il y a une lente évolution dans ce pays et que les espoirs ne sont pas vains ».

En plus de porter atteinte à la liberté d'expression, le châtiment infligé à Raif Badawi brime les droits de ses enfants, juge par ailleurs Ulrike Lunacek.

« C'est un besoin naturel chez un enfant de pouvoir rester en contact avec ses parents. Ce droit fondamental n'est pas respecté pour les enfants de M. Badawi. Ça s'ajoute aux libertés que nous avons le devoir de protéger ».

Le président du Parlement européen, Martin Schultz, a lui aussi évoqué cette préoccupation lors de la cérémonie du prix Sakharov en racontant avoir reçu des confidences de M. Haidar quant aux craintes répétées de M. Badawi que ses enfants finissent par l'oublier. Le prix Sakharov se voulait une façon de signifier au blogueur emprisonné que personne ne l'oublie, a dit M. Schultz.

« Je demande une fois de plus au roi Salmane d'accorder le pardon et la liberté inconditionnelle à Raif Badawi », n'a pas manqué de réitérer le président du Parlement européen.

J'ai suivi cette cérémonie en direct sur le web à l'heure du petit-déjeuner, mercredi. Les Européens ont de la classe. Beaucoup de classe.

J'aime aussi croire que la raison est aux portes de l'Arabie Saoudite. Je doute par contre que le radicalisme soit déjà prêt à en sortir.

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