Croisade pour un selfie

Il semble plus facile de prendre un selfie... (Photo La Presse Canadienne, Sean Kilpatrick)

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Il semble plus facile de prendre un selfie avec le premier ministre Justin Trudeau que d'avoir des réponses claires de la part de son gouvernement quant au cas du blogueur Raif Badawi, emprisonné en Arabie saoudite.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Je sais, j'étais tout comme vous sous l'impression que le roi Salmane d'Arabie saoudite avait fini par comprendre le bon sens et qu'il s'apprêtait à libérer le blogueur Raif Badawi. Or, ce n'est pas du tout ce que l'on a entendu ces derniers jours. Bien au contraire.

On n'a pourtant pas rêvé ça, la nouvelle publiée il y a quelques semaines par le journal La Liberté, de Fribourg, a été reprise dans plusieurs pays.

« J'ai été informé que la sentence a été suspendue et qu'une procédure de grâce est maintenant en cours auprès du chef de l'État » avait alors déclaré le secrétaire suisse aux Affaires étrangères, Yves Rossier, au retour d'une visite officielle à Ryad.

Je n'ai pas la notoriété de Jean-René Dufort ni les moyens du Superman de la télévision d'État, mais j'ai tout de même cherché le chemin le plus court pour me rendre jusqu'à M. Rossier.

Tout en spécifiant que je travaille dans la ville où vivent maintenant l'épouse et les trois enfants de M. Badawi, j'ai sollicité audience.

« Je suis au regret de vous informer qu'il ne sera pas possible d'entrer en contact avec M. le Secrétaire d'État », m'a poliment répondu par courriel la porte-parole du Département fédéral des Affaires étrangères de Suisse, Carole Wälti.

« La Suisse a thématisé le cas des violations des droits de l'homme en Arabie saoudite aussi bien au niveau bilatéral que multilatéral (par exemple dans le cadre du Conseil des droits de l'homme de l'ONU) et elle continuera à le faire.

« Lors des consultations politiques du 23 novembre dernier, les droits de l'homme en général, ainsi que leur impact, en particulier sur la perception de l'Arabie saoudite à l'extérieur, ont été discutés. Le cas de M. Badawi a été évoqué dans ce contexte », a par ailleurs spécifié Mme Wälti.

Un peu creux comme contenu. La missive, j'en conviens, ne dit pas grand-chose.

Le gouvernement suisse a tout de même manifesté un minimum de considération pour nous, Sherbrookois, en donnant suite à ma requête. J'aimerais pouvoir en dire autant du gouvernement de mon pays.

Bien que la ministre estrienne Marie-Claude Bibeau ait été prompte à me rappeler, la semaine dernière, elle avait bien peu à dire quant aux intentions du fédéral.

Je me suis adressé au bureau de Justin Trudeau pour savoir si le premier ministre entendait souscrire à la demande que lui a adressée publiquement l'épouse M. Badawi, Ensaf Haidar, qui souhaiterait que le Canada accorde dès maintenant un sauf-conduit à son mari.

Le bureau du premier ministre m'a renvoyé vers celui du ministre Stéphane Dion, chargé des Affaires étrangères. Après une première tentative infructueuse, j'ai rappliqué auprès du bureau du ministre Dion en le mettant en copie d'un courriel expédié à l'ambassade canadienne à Ryad.

« Est-ce qu'un membre du corps diplomatique canadien a pu obtenir confirmation que M. Badawi avait été transféré dans une autre prison afin de purger sa peine entière de dix ans de pénitencier, ce qui l'aurait incité à entreprendre une grève de la faim? » ai-je demandé.

Même pas d'accusé de réception. Ni de la part du bureau du ministre Dion ni de l'ambassade. Savoir que j'augmenterais mes chances d'avoir un commencement de réponse en me rendant à Ottawa et en demandant à pouvoir prendre un selfie avec le premier ministre Trudeau, je m'y précipiterais!

Le ministre Dion n'est pas de la même génération que son chef. Il n'est pas aussi glamour que M. Trudeau. Je l'ai par contre toujours perçu comme un politicien sensible.

Les Estriens, j'en suis persuadé, seraient curieux d'entendre M. Dion nous dire comment ses collègues et lui entendent essayer de faire mieux que leurs prédécesseurs conservateurs pour aider M. Badawi à se tirer d'embarras.

Une dernière information qui court sur les médias sociaux, mais que même Ensaf Haidar n'a pu me confirmer depuis l'Europe où elle recevra mercredi au nom de son mari le Prix Sakharov : Raif Badawi aurait recommencé à s'alimenter.

Notre gouvernement s'esquivera-t-il, une fois de plus, en affirmant qu'il ne peut obtenir aucune information sur les conditions de détention et l'état de santé de M. Badawi du seul fait qu'il n'est pas Canadien?

Je crains, malheureusement, que ce sera le cas.

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