Au-delà des mandats

CHRONIQUE / Le Service d'aide aux Néo-Canadiens de Sherbrooke (SANC) attend... (Associated Press)

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Le Service d'aide aux Néo-Canadiens de Sherbrooke (SANC) attend seulement que les premiers réfugiés syriens débarquent au pays pour passer à l'action.

« Nous sommes en mesure d'accompagner adéquatement ces gens », assure la directrice générale de l'organisme, Mercedes Orellana.

Par voie de communiqué, le maire Bernard Sévigny a « réitéré sa pleine confiance dans l'expertise du SANC » afin que les réfugiés soient entre bonnes mains.

Bien sûr, car avec le mandat confié par le ministère de l'Immigration viennent des fonds pour soutenir les réfugiés « pris en charge ». Ceux-là recevront une aide financière de subsistance pour le logement, la nourriture ou l'habillement.

Si le SANC reçoit des ressources appropriées pour exécuter une commande gouvernementale, pourquoi alors lui verser des dons?

« Nos services ne sont pas compensés à 100 pour cent et il faut savoir qu'une fois installés ici, même s'ils sont pris en charge, les réfugiés reçoivent une facture pour rembourser leurs frais de transport. Dépendamment de leur provenance et du nombre de personnes dans une famille, ça peut facilement atteindre les 10 000 $ », répond Mme Orellana.

Belle hypocrisie, on assomme en partant les héritiers de notre générosité avec une dette.

« Ces gens n'ont évidemment pas d'argent. Ils doivent alors prendre des ententes de paiement. Les dons peuvent nous aider les familles à effacer cette dette plus rapidement», poursuit la directrice générale du SANC.

Voilà une première raison d'en faire plus comme communauté d'accueil, que les réfugiés arrivent de la Syrie, de l'Afrique ou d'ailleurs.

Le SANC n'agira pas non plus en pourvoyeur pour tous les réfugiés syriens qui s'en viennent à Sherbrooke. La moitié sera effectivement « prise en charge » par l'État alors que l'autre moitié sera entièrement dépendante du parrainage privé.

« Je m'étonne qu'il n'y ait pas plus d'initiatives à Sherbrooke pour organiser des levées de fonds. Il me semble que notre sensibilité à l'égard des réfugiés est plus grande que ça », m'a lancé au cours d'une conversation Vivienne Galanis, bénévole au Service d'aide aux Néo-Canadiens depuis plus de 40 ans.

Mme Galanis n'avait pas eu la chance de lire ma chronique du matin, qui dégageait ce même constat.

« C'est ce que vous avez écrit? Tant mieux, faudrait que ça bouge », a-t-elle poursuivi.

Quand la mairie repousse l'idée d'un comité de coordination, qu'elle véhicule « qu'il n'y a pas nécessité de faire davantage parce que nous ne sommes pas en situation d'urgence » et que le SANC affirme que tout est sous contrôle, convenons que ce n'est pas de nature à secouer les portefeuilles.

L'Église orthodoxe syriaque paye le transport, les services alimentaires, d'hébergement et participe activement à l'intégration des réfugiés qu'elle parraine. Rappelons qu'elle a déjà avancé 1 M$ en garantie. Les membres de cette communauté alimentent la caisse, l'archevêché a donné un coup de main, des donateurs anonymes ont versé des sommes appréciables, mais ce n'est pas faire preuve d'une grande sensibilité que de croire que c'est la Banque à pitons.

Une table de bon vouloir, un comité pivot pour épauler, proposer, orchestrer des initiatives parallèles, tout en déchargeant de ce souci celles et ceux qui sont absorbés par l'opérationnel, tombe sous le sens.

« Un comité pour coordonner des ressources ou des besoins pourrait être utile, mais en rendant ce comité responsable de l'accueil, vous risqueriez de créer de la confusion », réagit le président du Service d'aide aux Néo-Canadiens, Denis Marceau.

Et qu'on retombe vite dans le sillon des mandats, des structures et du chacun pour soi.

La générosité, pour le peu de temps qu'elle dure, étouffe dans les carcans administratifs. Elle se disperse quand elle n'est pas canalisée rapidement. Pour parler un langage familier aux élus sherbrookois : un réseau d'électricité n'est pas particulièrement performant lorsque le poste de distribution qui l'alimente n'est pas assez puissant!

« Nous sommes ravis de constater l'élan de générosité et l'ouverture de la population sherbrookoise », s'est réjouie Mercedes Orellana, heureuse d'inviter les Sherbrookois qui voudraient offrir du temps ou de l'argent à deux séances d'information publiques, mercredi et vendredi prochain.

« Le nombre de places étant limité, les personnes intéressées doivent confirmer leur présence », précise par ailleurs le SANC.

Coudonc.

Des représentants municipaux ayant participé cette semaine à un « comité de partage d'information », faut croire que personne n'a pris l'initiative d'offrir des salles plus spacieuses. Évidemment qu'on nous servira à la Ville l'excuse classique : on ne nous l'a pas demandé...

Ni le SANC ni la Ville n'ont fait la preuve vendredi que la réponse des Sherbrookois à l'accueil des réfugiés est optimale et à la hauteur de nos prétentions, au contraire.

Je vous assure que si le maire Sévigny manifestait aussi peu d'intérêt pour son réseau d'électricité que pour ce réseau de solidarité, il n'aurait pas pour seul souci de nous refiler en taxes la perte de 3 M$ en profits. Il lui manquerait 20 millions pour fermer son budget!

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