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CHRONIQUE / Puis, ça avance la mise en place de votre comité d'intégration des... (Associated Press)

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Puis, ça avance la mise en place de votre comité d'intégration des réfugiés?

Il y a eu un silence au bout du fil. La conseillère Annie Godbout, qui a lancé l'idée, a fini par me répondre en bredouillant :

« Euh... non. Je n'ai pas les coudées franches, l'appareil municipal ne me suit pas. »

Qu'est-ce que cette histoire?

« La mairie a donné des directives administratives limitant l'implication de la Ville à un rôle de soutien, de dépannage s'il venait qu'à manquer de logements », déplore la conseillère Godbout.

En l'absence du maire Sévigny, en voyage à Paris afin de promouvoir la candidature de Sherbrooke pour l'obtention des Jeux de la francophonie, c'est un membre de son cabinet qui m'a exposé la position de la Ville.

« Compte tenu de ce que nous savons maintenant, le Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC) est capable d'accueillir adéquatement les 200 réfugiés attendus d'ici les prochains mois avec les ressources dont il dispose. Il n'y a pas lieu de faire davantage car, contrairement à Montréal, nous ne sommes pas en situation d'urgence », a fait valoir Sylvie Proulx.

Première nuance à apporter, la moitié de ces réfugiés seront pris en charge par l'État ce qui leur assurera de quoi se loger, se meubler et s'alimenter via le Service d'aide aux Néo-Canadiens. Les autres devront s'en remettre au soutien de parrains privés pour leurs besoins de subsistance.

« Ça prend plus d'empathie que ça. Il y a un élan de solidarité, les gens sont prêts à aider, c'est notre rôle de canaliser les efforts pour créer un effet de levier », maugrée la conseillère Godbout qui entend soulever la question lors de l'assemblée du conseil municipal, lundi soir, dans l'espoir d'obtenir l'appui de ses collègues.

Bien que la prochaine cohorte de réfugiés ait déjà un pied dans la porte, nos élus avancent à la vitesse du calendrier municipal.

« Mon instinct politique n'est pas encore très développé, peut-être aurais-je dû protester avant... », s'amende Mme Godbout, une des recrues de l'actuel conseil.

Ville d'accueil, mon oeil!

*****

Après l'Église syriaque orthodoxe de Sherbrooke, la Fédération des communautés culturelles de l'Estrie mobilise ses troupes.

« Nous ne resterons pas les bras croisés, nous voulons nous investir, contribuer. La plupart d'entre nous savent ce qui attend les gens qui débarqueront prochainement ici parce que nous sommes arrivés comme réfugiés », raconte le président de l'organisme, Edwin Moreno, tout en sollicitant les dons de mobiliers.

On vous livre des matelas, des fauteuils et des téléviseurs à votre local exigu situé au 2e étage d'un immeuble commercial de la rue King Ouest?

« Je sais, ce n'est pas très réaliste. Ça serait plus pratique d'avoir un entrepôt. C'est sûrement un aspect pour lequel la Ville pourrait nous faciliter les choses », concède M. Moreno.

L'efficacité des oeuvres caritatives et humanitaires repose sur la logistique. Sur la capacité de faire d'un geste spontané une action structurée.

Des confrères de Radio-Canada l'ont clairement démontré dans l'excellent reportage qui a décrit comment l'homme d'affaires ontarien James Estill compte maximiser son don de 1,5 M$ pour parrainer à lui seul 50 familles syriennes. La générosité de M. Estill passera par une action concertée.

Le Panier de l'espoir, Moisson-Estrie, Estrie Aide ou Récupex sont toutes des oeuvres sociales ayant grandi dans l'efficacité. Rendez les choses simples et les coeurs vont parler. Le blitz de la Grande guignolée des médias vient encore de le démontrer.

« Une toile d'araignée, ça se tisse dans plusieurs directions. Il faut aller chercher ces appuis-là pour obtenir les Jeux et ce n'est pas en restant à Sherbrooke qu'on va le faire », a décrit à la radio le maire Sévigny pour justifier son voyage à Paris.

La même logique devrait prévaloir pour l'aide aux réfugiés, non?

C'est la même tiédeur à la mairie que la première fois que j'ai soulevé le cas Raif Badawi. On m'avait spontanément répondu que ça relevait davantage du fédéral que de la Ville.

Sont apparues ensuite les banderoles d'appui en face de l'hôtel de ville.

Sans avoir englouti une fortune pour soutenir la cause du blogueur, le conseil municipal a ainsi agi comme catalyseur. De la même façon, un rôle de pivot exigerait bien peu d'argent et d'efforts par rapport aux résultats que cela pourrait générer pour faciliter l'intégration des nouveaux arrivants.

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