Hommage aux lanceurs d'alerte

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La Commission Charbonneau a associé le risque de collusion et de corruption dans le monde municipal à la durée des mandats des maires.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Retour sur les propos de la juge France Charbonneau qui a vanté plus tôt cette semaine « le courage et la détermination » des témoins ayant accepté de raconter à la caméra et à visage découvert la tricherie organisée qui était confortablement installée au Québec.

Nul doute qu'il doit être stressant et intimidant d'aller témoigner dans le cadre d'une commission d'enquête publique comme celle qu'a présidée la juge Charbonneau. L'entrepreneur Lino Zambito a tellement dérangé qu'il a reçu des menaces de mort.

Sauf que prendre un confident pour cible aurait été risqué puisque la police n'aurait pas tardé à débarquer. Cette seule mise en garde aurait d'ailleurs suffi à M. Zambito pour éloigner les frustrés.

Il faut d'autre part rappeler que les témoins jouissaient d'une immunité. Rien de ce qu'ils ont raconté ne pouvait servir à les inculper ou les exposer à des poursuites pour diffamation, sauf en cas de parjure.

Or, ne perdons pas de vue que bien avant que la Commission Charbonneau ne se mette à cuisiner des témoins, des journalistes avaient révélé de grands pans de vérité après avoir recueilli des preuves solides auprès de gens à qui ils n'avaient pu offrir pour seule protection qu'un lien de confiance basé sur le code d'honneur de la confidentialité.

Courageux

Il y a des courageux tous les jours. Autrement, les journalistes seraient beaucoup moins efficaces.

J'ai souvenir d'un cas pour lequel Jean Perrault avait, de la même façon, reconnu publiquement la contribution d'un informateur. J'avais porté à l'attention de l'ex-maire qu'un employé s'apprêtait à partir à la retraite avec un cadeau que la Ville n'avait pas prévu lui offrir.

Ce gestionnaire avait essayé de refiler en douce une facture de plusieurs centaines de dollars aux contribuables. Après mon appel, le maire n'avait pas tardé à découvrir la vérité.

« J'aimerais remercier l'employé municipal qui vous a parlé et grâce à qui les Sherbrookois n'auront pas à payer cette facture », avait-il par la suite commenté.

Le rapport de la Commission Charbonneau a manqué de mordant à plusieurs égards. L'insistance pour « assurer une meilleure protection des lanceurs d'alerte en garantissant que leur identité sera préservée, en leur offrant un accompagnement, jusqu'à un soutien financier au besoin », est toutefois un tir très bien cadré.

Une fois qu'on a défendu le principe, il faut définir un mécanisme d'accompagnement objectif et réaliste. C'est le bout plus compliqué.

Pour revenir à mon exemple, n'allez pas croire que l'ex-maire de Sherbrooke a toujours réagi de la sorte, qu'il n'a jamais été indisposé par des questions dérangeantes. Ses réponses ont parfois été teintées d'agacement. Comme c'est le cas pour son successeur Bernard Sévigny ou pour tout décideur public.

«Il y a des courageux tous les jours. Autrement, les journalistes seraient beaucoup moins efficaces.»


Mais ceux qui vivent tous les jours sous la loupe des journalistes apprennent vite qu'à dépenser de l'énergie à chercher qui a parlé, il risque d'envenimer les choses en alimentant la confrontation.

Face à des journalistes aguerris, la pire erreur est de sous-estimer ce qu'ils savent avant de vous questionner. Plus il y a de journalistes autour de vous, moins il y a de chance que l'information que vous croyez secrète le soit vraiment...

La Commission Charbonneau a associé le risque de collusion et de corruption dans le monde municipal à la durée des mandats des maires. Cela est possible.

Sauf que Laval a beau être la troisième ville en importance au Québec, sa situation géographique l'a toujours placée dans l'ombre de la métropole en ce qui a trait à la couverture médiatique montréalaise.

L'ex-maire Gilles Vaillancourt aurait sûrement eu plus de difficulté à tisser la toile opaque l'obligeant aujourd'hui à se défendre face à une accusation de gangstérisme, si chaque séance publique qu'il a présidée avait été couverte par autant de journalistes que c'est le cas chaque deux semaines lors des réunions du conseil municipal de Sherbrooke.

Présence journalistique

La présence journalistique, ici, est assidue. Le regard sur les activités municipales est soutenu. Les élus sherbrookois le savent et sont d'ailleurs les premiers à en reconnaître les bienfaits.

L'administration municipale est transparente. La Ville rend disponible aux journalistes tous les sommaires décisionnels sur lesquels s'appuient les recommandations formulées aux élus. Cette pratique de longue date s'élargit maintenant au grand public.

C'est en épluchant ces documents que les journalistes découvrent les subtilités que l'administration municipale souhaite ne pas trop exposer.

Cette vigilance ne serait toutefois pas aussi aiguisée sans les donneurs d'alerte qui tolèrent mal les raisonnements tordus et qui ont le courage de les porter à l'attention du public en aiguillant les journalistes.

Notre devoir est de préserver la confiance de ces braves. C'est un souci de tous les jours.

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