On est sûrs, mais pas tant que ça

L'un des témoins les plus souvent cités dans... (La Presse, Olivier Jean)

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L'un des témoins les plus souvent cités dans cet évangile de la vertu, contenant pas moins de 1741 pages, est l'ex-maire de Thetford Mines, Luc Berthold, récemment élu député conservateur de Mégantic-L'Érable.

La Presse, Olivier Jean

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Si Jean Charest avait des craintes d'être éclaboussé par le rapport final de la Commission Charbonneau, il n'a pas eu à retenir son souffle très longtemps. Il n'essuie aucun blâme.

Les deux commissaires qui sont signataires des documents se préoccupent d'éliminer pour tous le mur pare-feu derrière lequel se sont notamment réfugiées deux ex-ministres, Nathalie Normandeau et Julie Boulet, en recommandant d'obliger les chefs à signer les rapports financiers de leur parti et de rendre chaque élu imputable de sa trésorerie.

L'un des témoins les plus souvent cités dans cet évangile de la vertu, contenant pas moins de 1741 pages, est l'ex-maire de Thetford Mines, Luc Berthold, récemment élu député conservateur de Mégantic-L'Érable. La Commission Charbonneau relève plusieurs passages du témoignage de M. Berthold qui, à titre d'ancien chef de cabinet de Mme Boulet, avait admis que le financement du Parti libéral du Québec était ciblé.

« Les motivations, écoutez, je ne me mettrai pas la tête dans le sable, les gens qui vont accepter de donner un montant d'argent attendent toujours quelque chose en retour. Le retour c'est quoi? Soit m'aider personnellement, soit aider leur propre cause en rencontrant la ministre parce qu'ils ont des dossiers, soit se faire connaître de la ministre ou de son entourage ou se faire connaître des autres », retrouve-t-on deux fois plutôt qu'une parmi les propos que la Commission juge éclairants.

Un passage qui dit effectivement tout, mais sans rien prouver.

À l'image du constat suivant : « en ce qui concerne les contrats publics accordés par le gouvernement, il est impossible de conclure à l'existence d'un lien direct et spécifique entre l'octroi des contrats publics et le versement de contributions politiques ».

Quand même un peu :

« Des partis politiques ciblent des entreprises faisant affaire avec le gouvernement, invoquant que celles-ci ont obtenu des contrats publics; des cabinets politiques organisent des rencontres payantes et privées entre des gens d'affaires et des ministres; une ministre utilise son pouvoir discrétionnaire pour favoriser une firme de génie ayant organisé du financement; un cabinet politique impliqué dans la présélection de projets subventionnés sollicite des contributions auprès d'un élu municipal en attente d'une subvention. Ces situations-types démontrent que les pratiques de financement menées par des partis politiques provinciaux auprès des entreprises étaient inextricablement mêlées à l'octroi de subventions et de contrats publics », précise-t-on dans la portion du rapport que la juge Charbonneau doit assumer seule.

«Bernard Sévigny s'empressera de vanter la probité des élus sherbrookois bien que Jean Perrault ait passé 15 ans à la mairie.»


Car, là-dessus, le commissaire Renaud Lachance a exprimé sa dissidence, estimant au contraire que la preuve n'a pas été établie.

Après 263 jours d'audiences et 44 millions de dollars plus tard, on est sûrs, mais pas tant que ça des motivations douteuses dans les relations entre les donneurs d'ouvrage provinciaux et ceux qui financent les caisses électorales.

Malgré cela, la Commission Charbonneau juge essentiel de réduire les tentations en éloignant les bailleurs de fonds des ministres et de leur personnel. Elle recommande aussi de soustraire les travaux effectués sur le réseau routier au tripotage politique, en confiant la planification de la programmation quinquennale du ministère des Transports du Québec à un comité d'experts indépendants.

Pour les immobilisations en santé, la construction dans les hôpitaux, on ne change rien, y'a pas de vautours?

Sur le plan municipal, c'est sans équivoque. « Des contributions politiques étaient associées à des contrats précis et représentaient souvent un pourcentage des contrats », a conclu la Commission qui passe les élus municipaux à la moulinette, et pas seulement ceux de Montréal et Laval.

« Plusieurs grandes villes du Québec ont fait face à la collusion et aux stratagèmes de financement politique, que ce soit Québec, Gatineau, Longueuil ou Terrebonne », lit-on dans le rapport.

Mais Sherbrooke n'est pas dans le lot. Le cartel de l'asphalte a sévi dans le passé chez nous comme ailleurs au Québec, mais à l'insu de l'administration municipale.

Bernard Sévigny s'empressera de vanter la probité des élus sherbrookois bien que Jean Perrault ait passé 15 ans à la mairie. Ça lui servira d'argument pour écarter la suggestion de la Commission « de réfléchir à la limitation du mandat des maires étant donné que certaines études tendent à démontrer que la présence au pouvoir des mêmes élus pendant une longue période de temps accroîtrait le risque d'émergence d'activités de collusion, une activité souvent accompagnée de corruption ».

Attendons-nous à un vibrant plaidoyer pour défendre la liberté de choix du maire sortant et celui de ses commettants.

S'il n'avait pas déjà dit avant de devenir maire que « huit ans sont un laps de temps suffisant pour laisser sa marque », s'il n'avait pas déjà été écrit dans les statuts de son parti « qu'un maire devrait se limiter à deux mandats », Bernard Sévigny n'aurait probablement aucune difficulté à nous faire croire aujourd'hui que cette barrière ne lui a jamais effleuré l'esprit...

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