Retour aux p'tits bonheurs

Plongé au coeur de l'attaque contre le Parlement... (Imacom, René Marquis)

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Plongé au coeur de l'attaque contre le Parlement canadien, en octobre 2014, Louis Létourneau est au nombre de ceux qui recevront lundi, à Ottawa, la «Citation pour bravoure» du commissaire de la GRC. La vie a changé pour M. Létourneau et son épouse Annie Vachon.

Imacom, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / Il n'a été comme nous qu'un spectateur à distance des premières images des attentats de Paris. Sa mémoire a toutefois eu tendance au cours de la dernière semaine à lui faire croire qu'il était là, au front, à donner la riposte aux terroristes.

« C'est sûr, ça m'a replongé dans des images que j'ai revues pratiquement chaque jour au cours de la dernière année », confie Louis Létourneau, un des agents de sécurité s'étant retrouvés en présence de l'homme ayant ouvert le feu à l'intérieur du Parlement canadien, le 22 octobre 2014.

Natif de Windsor et marié à une Sherbrookoise, M. Létourneau est de ceux qui ont dégainé en direction de Michael Zehaf Bibeau après que celui-ci eut assassiné froidement le caporal Nathan Cirillo qui montait la garde devant le Monument commémoratif du Canada. Il s'est retrouvé à moins de cinq mètres de l'assaillant.

« Ces images ne m'ont pas meurtri, elles ne me bouleversent pas. C'est tout ce qui s'en est suivi qui m'a atteint », raconte l'agent Létourneau qui sera de ceux qui recevront lundi, à Ottawa, la

« Citation pour bravoure » du commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

L'homme de 49 ans a subi un choc post-traumatique dans les mois qui ont suivi ces événements.

« Le lendemain de l'attaque, je me suis présenté au travail pour voir si j'étais encore capable de faire ce boulot. Ça s'est très bien passé. La montée d'adrénaline avait cependant été si forte que je suis tombé à plat dans les semaines qui ont suivi ».

M. Létourneau n'a pas eu trop de difficulté à remonter la pente physiquement. Psychologiquement, ce fut une autre affaire. Ses pensées ont baigné dans la dualité.

« Ma pire blessure est celle du MAIS, quand j'ai entendu « vous avez agi de manière exemplaire, mais dorénavant d'autres vont se charger d'effectuer votre travail », nous a-t-on appris. En même temps qu'on nous a déroulé le tapis rouge pour nous honorer, on nous a tiré le tapis sous les pieds. C'est décevant, je commence à peine à accepter ces changements », confie-t-il.

Tâches de soutien

Ils sont quatre gardes du corps à former une boîte de protection autour des hauts gradés du gouvernement fédéral. Louis Létourneau appartenait à ces unités. Or, cette garde rapprochée est maintenant assurée par la GRC. Tout comme ses collègues du nouveau Service de protection parlementaire, M. Létourneau est affecté à des tâches de soutien.

Vanité ou susceptibilité de protecteurs aimant jouer au cow-boy, pensez-vous. C'est pareil chez les journalistes, le désir est d'être au front. Les musiciens talentueux aspirent à plus qu'au rôle de second violon et la préférence des jeunes médecins est à la spécialisation.

La GRC a récemment un commis un impair en présentant les membres du Service de protection parlementaire comme des « civils » qui, de ce fait, n'auraient pas eu droit aux mêmes honneurs que ses propres agents.

« Nous regrettons les bouleversements que ceci a pu causer, il n'y avait aucune intention de dénigrer la bravoure et le travail extraordinaire des membres de l'ancien Service de protection de la Chambre des communes », s'est-elle amendée par la suite.

« Y'a probablement un peu d'hypocrisie derrière la cérémonie de lundi, mais j'accompagnerai quand même fièrement mon mari parce qu'il mérite pleinement cette reconnaissance », lance Annie

Vachon en jetant un regard admiratif à celui qu'elle fréquente depuis 25 ans.

« La frustration est la source d'une énergie négative que je m'emploie à mettre derrière moi pour voir le bon côté des choses. Nous avons été chanceux, l'an dernier, de ne pas avoir eu à affronter un tueur plus aguerri, mieux préparé. J'aurais pu y rester. Des moments comme ceux-là nous ramènent à l'essentiel, aux p'tits bonheurs, et je suis privilégié d'avoir Annie, mes trois enfants ainsi que plusieurs autres proches pour me combler », lui rend sur le champ son amoureux.

La vie des Létourneau a changé. Sans être marquée par la terreur, elle est guidée par une vigilance accrue.

« Je veux m'asseoir avec les enfants et leur expliquer que les centres d'achats à l'approche des fêtes peuvent être des cibles de choix pour des terroristes. Pas pour leur faire peur, pour leur apprendre comment réagir afin de se protéger si cela se produit. C'est une menace réelle et nous devons apprendre à vivre avec », croit M. Létourneau.

On sert des mises en garde à nos enfants pour l'eau, le feu ou le danger que représentent les véhicules. On leur enseigne les bases de la prévention. Savoir s'orienter, prendre l'habitude de localiser les issues de secours dans les bâtiments de masse n'est pas de la paranoïa, c'est de la prévoyance.

Allez observer les animaux en forêt, vous verrez qu'ils savent quel bord prendre quand il y a menace à leur sécurité!

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