Sherbrooke plutôt que la Suède

Il y aura un an à la mi-décembre... (Imacom, Jessica Garneau)

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Il y aura un an à la mi-décembre que le Syrien Saïd Kndakji est débarqué à Sherbrooke avec son épouse et ses trois enfants.  Maintenant qu'il maîtrise le français, l'homme de 49 ans a pu reprendre le métier qu'il exerçait dans son pays. Sur la photo, il coiffe un client, Stéphane St-Cyr.

Imacom, Jessica Garneau

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) CHRONIQUE / C'est un long détour, un parcours inattendu entre le nord de la Syrie et le sud Québec, un voyage entre Hassaké et Sherbrooke.
Saïd Kndakji et les siens n'avaient pourtant jamais songé au Canada avant de quitter leur vie plutôt aisée en Syrie pour échapper aux fanatiques religieux.

« Quand tu vois les autres membres de ta famille partir, la menace se rapprocher des tiens, tu veux aussi fuir le danger », raconte l'homme de 49 ans, qui a pris la route de l'inconnu avec sa femme Klodine et leurs trois enfants qui ont aujourd'hui 22, 19 et 11 ans.

Je dis l'inconnu, ce n'est pas tout à fait juste. Ils sont partis avec l'espoir d'aller rejoindre leurs proches qui vivent en Suède. Sauf qu'on ne part pas en exil comme on part en vacances. Alors que les vacances sont toujours trop courtes, l'exil peut s'étirer beaucoup plus longtemps que prévu.

Pour les Kndakji, il a duré trois ans. Il fut coûteux et souvent des fois décourageant.

Hassaké est une ville un peu plus populeuse que Sherbrooke et se trouve aux frontières de l'Irak et de la Turquie, pays qui a été leur corridor de fuite.

« Une tante a accepté de nous héberger. Nous avons passé trois mois dans un logement minuscule à vivre d'espoir ».

Vos chances d'être admis en Suède seraient peut-être meilleures à partir du Liban et elles augmenteraient probablement si vous allongiez de l'argent pour confier votre dossier à un « expert », leur a-t-on dit.

« J'ai accepté de débourser 50 000 $ US en croyant que ça fonctionnerait. Chaque jour, durant deux ans, j'ai attendu la bonne nouvelle. Chaque jour, au cours de cette période, ma femme et ma fille ont pleuré de déception ».

Vous avez déjà décodé, j'espère, que ces nouveaux Sherbrookois étaient des cibles de l'État islamique et qu'ils ne sont pas de leurs alliés portant le germe de la violence.

« Tous les Syriens ne sont pas musulmans et tous les musulmans ne sont pas des radicaux », insiste d'ailleurs plus d'une fois Saïd au cours de notre entretien.

Les Knadkji sont partis avec leurs économies. Le père tenait un salon de coiffure pour dames en Syrie, la mère y gérait un commerce.

Une vie confortable

« Nous avions une vie confortable. Les gens des différentes confessions religieuses se côtoyaient et se respectaient. J'avais des clientes musulmanes. Toutes ne portaient pas le voile et celles qui l'avaient en entrant au salon, le remettaient en sortant. La radicalisation a chassé la tolérance ».

Saïd et l'un de ses fils ont trouvé du boulot à des salaires de misère au Liban.

« Y'avait tellement de gens dans notre situation que la main-d'oeuvre bon marché était abondante. Les prix des loyers, eux, étaient faramineux. À vouloir éviter la dépendance, toutes nos économies, disons autour de 100 000 $ US, y ont passé ».

Sans être méprisant, avec le niveau d'épargne des Québécois, on finirait dans un camp de réfugiés assez vite merci!

C'est à fréquenter les autres catholiques de Beyrouth que Saïd a appris l'existence d'un pont avec le Canada via l'Église syriaque orthodoxe de Sherbrooke.

Ironiquement, la Suède a fourni une réponse positive aux Kndakji en même temps que le Canada.

« Nous avons voté. Ma préférence allait pour la Suède, étant donné qu'y vivaient des membres de notre famille. Même si nous ne connaissions personne ici, ma femme et mes enfants ont choisi Sherbrooke. Merci Sherbrooke, merci Québec, merci Canada de cet accueil généreux », encense Saïd.

Ses cours de français terminés au Cégep, le coiffeur s'est mis à la recherche d'un travail.

« L'expertise de Saïd est créative, il se démarque avec les cheveux longs pour les dames. C'est un employé enjoué. Ma seule crainte est qu'il se parte un salon après s'être monté une clientèle ici. Mais c'est un risque qui existe avec tous nos employés », décrit le propriétaire du Coiffurium, Gervais Bisson, qui l'a embauché dans son salon de la Place Belvédère.

Les trois enfants sont aux études.

« Naya, qui a 11 ans, parle déjà québécois », blague son père.

L'intégration sur le marché du travail est cependant plus difficile pour Klodine.

« Lors d'une récente rencontre avec une agente de placement, mon épouse a exprimé le souhait de suivre une formation pour travailler dans une garderie. Elle adore les enfants. Il semble que ça ne soit possible que si elle devient un jour prestataire d'aide sociale. Nous ne voulons pas d'argent de l'État, nous ne demandons qu'à pouvoir accéder aux emplois... », plaide M. Knadkji.

C'est le bout un peu plus compliqué, cher ami. Bienvenue au Québec!

Un mot pour vous relayer le message des leaders de la communauté syriaque orthodoxe, qui se préparent à accueillir sous peu un autre contingent de réfugiés. Dons, meubles, en fait tout ce qui peut faciliter l'arrivée de ces familles parmi nous, pourra être remis entre 13 h et 16 h dimanche, à l'église Saint-Éphrem, située au 150 de la 13e Avenue.

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