À la pompe du village

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Après avoir comparé tous les facteurs entrant en ligne de compte pour fixer les prix à la pompe, la Régie relève sans surprise que les marges de détail sont plus élevées chez nous qu'ailleurs.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

CHRONIQUE / Tenons-nous-le pour dit : c'est une spirale, quasiment une condamnation.

Résignons-nous, acceptons sans rouspéter de payer notre essence plus chère, car c'est notre faute, pas celle des pétrolières, et si vous n'en étiez pas conscients avant aujourd'hui, nos vilaines tentations de chercher des aubaines ailleurs ne font qu'aggraver notre sort.

Je ne déconne pas, c'est la logique économique sur laquelle la Régie de l'énergie du Québec appuie ses conclusions au terme d'une analyse de la vente de carburant dans le marché de Sherbrooke.

Après avoir comparé tous les facteurs entrant en ligne de compte pour fixer les prix à la pompe, la Régie relève sans surprise que les marges de détail sont plus élevées chez nous qu'ailleurs.

C'est la raison pour laquelle le carburant a coûté en moyenne 5,6 cents/litre de plus à Sherbrooke qu'à Drummondville entre 2012 et 2015. L'écart défavorable aux automobilistes sherbrookois au cours de la même période a été de 4,5 cents/litre avec Victoriaville et de 3,1 cents/litre avec Saint-Hyacinthe. Au cours de ces quatre années, la différence a été inférieure à 2 cents/litre avec Saint-Georges, Thetford Mines et Granby.

« Nous sommes d'avis que cela s'explique par un volume annuel moyen de ventes plus faible, résultant notamment de la prédominance du modèle d'essenceries à petit débit », peut-on lire dans le rapport commandé par le ministre Pierre Arcand, à la demande du député de Sherbrooke, Luc Fortin.

Depuis le début de l'année en cours, la marge de détaillants aurait été en moyenne de 6,4 cents/litre à Sherbrooke contre seulement 2,5 cents/litre à Drummondville. Les postes à essence de ce secteur seraient profitables à vendre de plus gros volumes.

La concentration des stations-service le long des artères urbaines de Sherbrooke plutôt qu'en bordure des autoroutes influenceraient les résultats, avance la Régie.

« De ce fait, le marché de Sherbrooke semble plutôt local et bénéficie moins de l'achalandage quotidien d'un grand axe routier emprunté par de nombreux automobilistes susceptibles d'arrêter au passage faire le plein », relève-t-on comme facteur d'une évolution plus lente du marché qu'ailleurs.

On prend Sherbrooke pour un village ou quoi?

Lorsqu'une communauté rurale roule sur des vapeurs d'essence, qu'elle n'a plus qu'une pompe, l'écart de prix est plausible. C'est le compromis de la commodité.

Un gros village

Mais avec sa population de 162 000 habitants, Sherbrooke est la 6e ville en importance au Québec. Avec les 40 000 citoyens composant sa région métropolitaine, elle représente un marché de plus de 200 000 consommateurs. Ça commence à faire un gros village.

Une lente croissance des ventes de carburant dans une communauté dont la croissance s'est maintenue depuis dix ans parmi les agglomérations urbaines les plus dynamiques au Québec, c'est un peu paradoxal, non?

La Régie n'a pas poussé la curiosité très loin en ne s'intéressant même pas aux facteurs d'érosion « du marché local ». La question d'une possible distorsion n'est pas soulevée dans le rapport de 60 pages.

Or, depuis la frappe du Bureau de la concurrence du Canada, en 2008, les Sherbrookois savent qu'ils ont été arnaqués, victimes de complots. C'est clair qu'ils ont changé leurs habitudes de consommation. Vous, moi, tout le monde que je côtoie, nous savons tous que le dernier endroit où acheter de l'essence, c'est ici! Dans cette ville où les écarts persistent, mois après mois, année après année.

Il y a de meilleurs prix au nord, à partir de Melbourne. Au sud, plus on se rapproche de la frontière. Personne ne prend la route vers Montréal avec le réservoir plein parce qu'on économisera une partie du voyage en s'arrêtant à L'Ange-Gardien.

Ces fuites commerciales, pourtant maintes fois décrites dans les médias de l'Estrie, n'ont aucunement été considérées dans les équations de la Régie. Même pas dans un paragraphe interrogatif, ne serait-ce que pour soumettre l'hypothèse qu'une marge au détail réduite à Sherbrooke, semblable à celle de Drummondville, rapprocherait peut-être le volume des ventes dans la capitale estrienne à celui dans la capitale des bas prix.

Qu'est-ce qui peut bien pousser Costco à vouloir débarquer sur le plateau Saint-Joseph avec un nouveau magasin et 14 pompes, dans le marché local de Sherbrooke ayant la taille d'un village?

C'est sûrement la proximité des autoroutes et l'attrait des passants...

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