Des allures de printemps

Les syndiqués du secteur public sont mobilisés mais... (Imacom, René Marquis)

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Les syndiqués du secteur public sont mobilisés mais pas butés. Ils n'en sont pas encore aux moyens de pression intransigeants pour entraver et choquer.

Imacom, René Marquis

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CHRONIQUE / J'ai déjà vu des lignes de piquetage impénétrables, parfaitement étanches. Quand des grévistes bloquaient un accès, c'était bloqué pour vrai, non négociable

En entendant hurler la sirène des pompiers de la caserne Charles-Audet, quand l'équipe répondant à une alerte s'est amenée en trombe sur le pont Jacques-Cartier en prenant pour acquis que les syndiqués rassemblés quelques centaines de mètres plus loin se disperseraient, je me suis demandé si le véhicule d'urgence n'allait pas devoir rebrousser chemin.

Ce ne fut pas le cas. Les enseignants et les employés de soutien des écoles qui occupaient le boulevard se sont rapidement poussés sur les côtés. Les pompiers sont passés sans être le moindrement gênés.

Les syndiqués du secteur public sont mobilisés mais pas butés. Ils n'en sont pas encore aux moyens de pression intransigeants pour entraver et choquer.

Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, exagère grossièrement quand ils reprochent aux syndicats de défendre de manière abusive les intérêts de leurs membres en prenant la population en otage. M. Coiteux devrait cesser de provoquer et négocier en manifestant davantage de respect.

Le premier ministre Couillard n'a pas été associé au soulèvement du printemps érable. Philippe Couillard a confié les postes-clés de son gouvernement à des ministres qui n'ont pas vécu non plus cette période d'agitation sociale. Mais il se trouve sûrement des députés au sein du caucus libéral qui se rendent compte que l'automne commence à avoir des allures de printemps. Du printemps ayant coulé Jean Charest et plusieurs de ses députés.

Il y a eu des soulèvements d'employés du réseau de l'éducation dans le passé, des manifestations locales ou des rassemblements nationaux devant l'Assemblée nationale. Mais un pareil contingent de grévistes dans la rue, des employés des commissions scolaires francophones et de l'Eastern Townships côte à côte, autant d'autobus alignés sur un boulevard, je n'ai pas de souvenirs professionnels de cela en 30 ans.

En anglais

« Excusez-moi de vous adresser la parole en anglais, mais le gouvernement Couillard ne semble pas comprendre quand on lui parle en français », s'est moquée Julie Dubois, la représentante syndicale des employés de soutien de la Commission scolaire Eastern Townships en soulevant un tonnerre d'applaudissements chez les plus militants.

Car, il faut aussi le dire, les discours enflammés de mobilisation ont laissé la majorité des manifestants rassemblés à l'entrée du parc Jacques-Cartier totalement indifférents. Cette foule de quelques milliers de grévistes se découpait ainsi : un tiers de fervents partisans et deux autres tiers formés des militants passifs, très peu intéressés par les cris de ralliement.

Qu'est-ce que vos dirigeants viennent de scander au micro, ai-je demandé à plusieurs participants qui discutaient en retrait. La majorité d'entre eux ont échoué l'examen. La mobilisation est impressionnante, mais l'unité pas très convaincante. Les éclaireurs du gouvernement décodent sûrement cela, eux aussi.

Durant le printemps érable, Québec n'avait pas d'autre prise sur les étudiants que de les menacer d'avoir à reprendre une session. La donne est différente puisque Philippe Couillard et son conseil des ministres savent qu'ils sont à la tête d'un gouvernement majoritaire qui peut recourir à tout moment à une loi spéciale pour couper court aux négociations et renvoyer les employés de l'État au travail.

La tentation est sans doute forte d'agir de la sorte pour éviter la grève nationale de trois jours, au début décembre, qui risque d'être beaucoup plus perturbante. Si c'est le raccourci que le gouvernement Couillard décide de prendre, il étouffera le conflit d'ici les Fêtes mais le mécontentement durera.

Autant le Québec a besoin d'assainir ses finances, autant il gagnera s'il réussit l'opération dans le respect de chacun. Cette préoccupation semble malheureusement bien secondaire chez ceux qui sont retranchés derrière des positions rigides et qui n'ont pour le moment qu'un seul discours, celui de la fermeté.

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