Avec honte et dans le déshonneur

Trop facile  de pointer les Montréalais du doigt.... (Archives, La Tribune)

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Trop facile  de pointer les Montréalais du doigt. Nous faisons pareil. Nos égouts débordent régulièrement à Sherbrooke. Il en est ainsi partout au Québec.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Ce qu'on ne sait pas ne fait pas mal. L'ignorance sert même de justification quand ça nous chante.

Mais là, comment ne pas savoir? Ça fait deux mois qu'on en parle, qu'on nous conditionne à accepter ce geste irresponsable comme une soupape inévitable.

Le rejet dans le Saint-Laurent de huit milliards de litres d'eaux usées non traitées est commencé. Une fosse à purin ayant une capacité moyenne de 7 500 000 litres, le fleuve boira ainsi l'équivalent d'un millier de fosses agricoles.

En moins concentré, on s'entend. Les rejets accidentels survenant en milieu agricole causent une contamination directe tandis que les déjections humaines, elles, subissent une première étape de dilution importante en voyageant normalement dans de forts débits d'eau jusqu'à l'usine d'assainissement ou encore au contact de l'eau de pluie interceptée par les égouts pluviaux. C'est pourquoi on les dit moins dommageables pour l'environnement.

Un producteur laitier m'a tout de même lancé une boutade savoureuse.

« Dès qu'une de mes vaches s'étire la langue pour essayer de boire dans le ruisseau, j'ai mon voisin sur le dos ».

Le Règlement sur les exploitations agricoles est effectivement explicite : « sauf dans le cas de traverse à gué, il est interdit de donner accès aux animaux aux cours d'eau et aux plans d'eau ainsi qu'à leur bande riveraine ».

Le «troupeau» montréalais est imposant. Pour paraphraser les propos tenus en conférence de presse par le coloré maire de Louiseville, Yvon Deshaies, « Denis Coderre est dans la marde pour vrai », si bien qu'on parle de lui en ville comme à la campagne.

Une sale opération

Le lancement de cette sale opération un 11 novembre est quand même bien tombé pour le maire de Montréal, qui a profité d'une accalmie de quelques heures sur le front médiatique. Y'avait des cérémonies commémoratives partout dans le cadre du jour du Souvenir. Retransmise en direct, celle qui s'est déroulée à Ottawa a monopolisé l'antenne durant une bonne partie de la matinée.

M. Coderre a quand même avalé sa gorgée par la suite. Les caméras installées avant que la métropole ouvre les vannes ont fait des Québécois les spectateurs d'une triste téléréalité environnementale, suivie avec honte et dans le déshonneur.

Trop facile par contre de pointer les Montréalais du doigt. Nous faisons pareil. Nos égouts débordent régulièrement à Sherbrooke. Il en est ainsi partout au Québec.

Le ministère des Affaires municipales, Pierre Moreau, s'est vite dédouané de la responsabilité gouvernementale d'imposer aux villes des règles plus sévères.

« Les maires seraient les premiers mécontents », a réagi le ministre Moreau.

Dans les faits, c'est tout le contraire. Les maires sont heureux, le gouvernement provincial a dispensé depuis l'an dernier les villes et villages de l'obligation de recenser les débordements « tolérés », c'est-à-dire ceux qui surviennent par temps de fonte ou de pluie. (près d'un millier par année à Sherbrooke).

Au cas où vous auriez manqué la chronique Couper plus et compter moins, publiée l'été dernier mais encore disponible sur latribune.ca, les rapports sur le Suivi des ouvrages d'assainissement des eaux (SOMAE) sont maintenant épurés.

Les seuls débordements à déclaration obligatoire sont ceux qui surviennent par temps sec. Ils sont considérés comme illégaux. Les bris doivent également être signalés. Autrement, Québec s'en balance.

Sherbrooke est l'une des villes à avoir changé ses pratiques à la suite de cet assouplissement réglementaire, ayant abandonné les décomptes systématiques. « Ce changement purement administratif ne doit pas être perçu comme une déresponsabilisation », avait alors assuré la conseillère Christine Ouellet, qui préside le comité sherbrookois de l'environnement.

En juillet, la température de l'eau et l'accessibilité aux piscines préoccupent pas mal plus que les rejets d'eaux usées. C'est normal.

Comme le cas de Montréal soulève une vague d'intérêt et à l'approche du budget municipal, peut-être partagez-vous ma préoccupation : quel sera le plan pour améliorer notre réseau d'eaux usées et combien la Ville de Sherbrooke prévoit-elle y consacrer au cours de la prochaine année?

C'est après avoir été talonnée par La Tribune que l'administration de Jean Perrault avait réinjecté des sommes importantes pour corriger les sérieuses lacunes relevées lors de notre enquête. Jugez-vous le « laxatif de la métropole » assez gênant pour qu'on augmente une fois de plus la pression d'un cran sur les élus sherbrookois?

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