Les démons constitutionnels

Jean Charest était le chef du Parti conservateur... (Archives, La Presse Canadienne)

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Jean Charest était le chef du Parti conservateur en 1995.

Archives, La Presse Canadienne

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) Chronique / Le premier souvenir qui me revient du référendum de 1995? C'est le dernier, en fait. Il date d'à peine un mois.

J'ai repensé à la soirée référendaire lors du débat des chefs en français, le 24 septembre, en entendant le premier ministre sortant Stephen Harper clore sèchement les discussions sur la question nationale :

« Veut-on vraiment d'un Parlement qui radote sur ce sujet? »

Les cendres référendaires sont froides. À une certaine époque, M. Harper se serait attiré des reproches en réduisant ainsi la volonté d'affirmation des Québécois à du placotage. Sa remarque aurait été qualifiée d'incendiaire, surtout en période électorale.

Là, elle est passée pratiquement inaperçue. Elle n'a pas provoqué le moindre remous, les conservateurs ayant même réussir à faire élire plus de députés au Québec (12) que le Bloc québécois (10).

Rien ne dictait la prudence à M. Harper puisqu'il s'est maintenu au pouvoir durant presque dix ans (2006-2015) sans accorder d'importance au débat constitutionnel. À ce règne d'une décennie s'est superposé celui de Jean Charest à Québec (2003-2012), qui n'a pas manifesté non plus trop d'insistance pour redéfinir les rapports entre Ottawa et les provinces. Les gouvernements ont réglé les différends qui portaient sur l'argent, mais les fantômes constitutionnels ayant suscité l'émoi et la peur dans le passé sont restés dans le placard.

À croire que le résultat serré du dernier référendum a tout réglé !

Je me souviens de la soirée historique vécue en coulisses avec Jean Charest. L'inquiétude et le silence pesant chez les fédéralistes, que M. Charest décrit en entrevue ces jours-ci, j'en ai été témoin dans un grand hôtel de Montréal.

Les craintes que la déception des perdants devienne frustration et que la division vire en émeute, j'ai composé avec lorsque les services de sécurité ont bloqué les entrées et sorties du Métropolis, qui était lieu de rassemblement des partisans du Non. Les policiers avaient voulu éviter les contacts avec les militants du Oui regroupés devant l'établissement.

L'attachée de presse de M. Charest, Suzanne Poulin, m'avait tiré par le bras : si tu ne sors pas avec nous par une porte arrière sous escorte policière, il y a de fortes chances que tu restes coincé ici durant quelques heures, m'avait-elle dit. J'ai suivi.

Ce soir-là, en marchant dans les rues de Montréal, comme bien d'autres, je me suis demandé de quoi le Québec aurait l'air le lendemain.

La charge d'émotivité était puissante. Le Québec a évité de justesse le précipice, se réjouissaient les uns. Nous finirons tous assimilés sans voir nos petits-enfants grandir en français, pleuraient les autres. Malgré la tension, la sagesse a imposé le calme.

Il ne s'est finalement à peu près rien passé. La frénésie du hockey a causé bien plus de dégâts depuis.

Deux décennies plus tard, le Québec n'a pas changé tant que cela. Ni pour le pire ni pour le mieux.

Je me souviens d'avoir reçu Lucien Bouchard en studio à la radio durant la campagne référendaire. Pas juste pour une apparition de quelques minutes, pour un vibrant plaidoyer qui avait duré près d'une heure.

« C'est le combat d'une vie, ça monsieur, les Québécois doivent le gagner », avait-il insisté.

Quelques années plus tard, M. Bouchard a concentré ses efforts comme premier ministre sur les questions d'intendance et de gouvernance, cherchant d'abord à rendre le Québec indépendant financièrement. Ce furent les efforts de tous les premiers ministres après lui, incluant Jean Charest. La lutte à l'assainissement des finances publiques n'a cessé et même si le Oui l'avait emporté, cette cure aurait été un passage obligé.

Le choix de 1995 fut celui de rester au sein de la fédération canadienne. Nous faisons toujours chambre commune même si, 20 ans plus tard, nous n'avons toujours pas de constitution commune unissant nos destins. Ça n'empêche pas les Québécois de dormir et les Canadiens du reste du pays de croire que ces préoccupations ne sont que banalité.

C'est quand même un peu paralysant. On organiserait un référendum pancanadien proposant d'abolir le Sénat qu'on obtiendrait probablement un oui tranché dans l'ensemble du pays. Mais on n'osera pas, de crainte de réveiller les démons constitutionnels...

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