En face de l'évidence

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Le terrain de l'aéroport de Sherbrooke accueillera le centre de formation Airpole.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(Sherbrooke) La situation est paradoxale, alors que des compressions provinciales de 900 000 $ dans le soutien au développement régional ont soulevé l'ire des élus de l'Estrie en début d'année, l'implication municipale dans des projets d'envergure est plus marquée que jamais.

Valoris, qui est la propriété de la MRC du Haut-Saint-François et de la Ville de Sherbrooke, s'apprête à démarrer les trois lignes automatisées de son nouveau centre de tri de Bury, construit au coût de 34,1 M$. Les mêmes partenaires municipaux caressent également ensemble le rêve d'un centre d'expertise en sûreté aéroportuaire, qui porterait le nom d'Airpole et qui nécessiterait des investissements de l'ordre de 22 M$.

Si Airpole voit le jour à proximité de l'aéroport de Sherbrooke, aux portes d'East Angus, deux projets novateurs et structurants seront situés à une dizaine de kilomètres l'un de l'autre, profitant ainsi à la capitale régionale en même temps qu'aux municipalités périphériques. Félicitons-nous au moins de ne pas dormir au gaz!

Avant de célébrer ce doublé, il faudra cependant trouver le financement pour assurer le démarrage des opérations d'Airpole. Ça s'annonce plus compliqué que pour Valoris.

Le financement du centre de tri sera en partie assuré par un déplacement de dépenses municipales, les sommes servant actuellement à défrayer les coûts d'enfouissement iront plutôt vers la valorisation. La rentabilité du centre de tri reposera aussi sur sa capacité à offrir des tarifs concurrentiels pour valoriser les déchets industriels, commerciaux et institutionnels n'étant pas pris en charge par les municipalités.

Le centre de tri était admissible à une subvention de 750 000 $ ainsi qu'à un prêt à taux préférentiel jusqu'à une valeur de 7,5 M$. Ce sont là les deux seules sources de financement de l'externe.

Airpole mise de son côté sur la formule tiers, tiers, tiers afin d'offrir sur une base d'affaires des services ultras spécialisés pour former les différentes équipes d'intervention des aéroports. Les joueurs sont peu nombreux dans ce marché pointu, d'où l'originalité du projet. Mais encore faudra-t-il que la spécificité devienne un argument de vente convaincant auprès des clients et des gouvernements.

L'aéroport international Jean-Lesage de Québec est l'un des clients ciblés.

«Il nous arrive de louer des installations en Ontario, à Thunder Bay, pour la formation de nos pompiers. Si Sherbrooke nous offrait un site adapté pour simuler des interventions, c'est sûr que cela pourrait comporter des avantages pour nous. Reste à savoir quelles seraient les conditions », commente son porte-parole Mathieu Claise.

« Le raffinement de notre plan d'affaires nous fera passer de l'expression d'un certain intérêt à des lettres d'intention », situe le président du conseil d'administration d'Airpole, Bernard Ricard, directeur adjoint de la MRC du Haut-Saint-François.

Le centre projeté n'offrirait pas de formation académique. Il vendrait ses produits à la carte, à l'image des services complémentaires que proposent l'École nationale de police du Québec de Nicolet et l'École nationale des pompiers de Laval. Sauf dans le cadre de programmes spéciaux, les coûts de perfectionnement offerts par ces institutions sont assurés par les employeurs des participants et non par l'État.

L'aide gouvernementale espérée ne proviendrait donc pas des budgets amaigris avec lesquels doivent composer les écoles, les cégeps et les universités. Airpole est présenté comme un projet économique et la demande de financement sera pilotée comme telle.

« Nous sortons du cadre des programmes réguliers. Par contre, si le gouvernement libéral a su créer des exceptions pour son Plan nord, il peut sans doute considérer les bonnes idées au sud », plaide M. Ricard.

Habituellement acteurs de soutien plutôt que promoteurs, les parrains d'Airpole ne sont pas sans savoir que les subventions sont de plus en plus rares. Dans ce contexte, est-ce réaliste de penser que les gouvernements provincial et fédéral accepteront d'assumer plus de 60 pour cent des investissements?

« Nous ne nous leurrons pas. Personne ne s'attend à ce que Québec et Ottawa nous envoient 14 M$. Les formules de financement que nous pouvons examiner sont multiples. Nous savons pertinemment que nous devrons démontrer les facteurs de faisabilité et de viabilité. Devant l'évidence des preuves, nous croyons qu'il y aura une réceptivité gouvernementale à saisir l'opportunité », répond à ce sujet la directrice générale de Sherbrooke Innopole, Josée Fortin.

De la même façon que le parc éco-industriel de Valoris, qui doit servir de vitrine technologique et de pôle attractif pour attirer des entreprises spécialisées, les volets de recherche et de développement donneraient une valeur ajoutée à Airpole.

On n'est plus à l'époque des papetières dont les machines faisaient tourner l'économie dès l'instant qu'elles se mettaient à transformer la ressource forestière. Nous sommes à l'ère des idées, des grappes et des créneaux spécialisés. C'est un engrenage lent et complexe.

Il y a assurément une part d'inconnu devant nous avec Airpole, Ce n'est pas une raison de douter. En poussant l'analyse de manière rigoureuse jusqu'au bout, ça nous mènera une évidence : celle de foncer ou de reculer.

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