Fuir en n'emportant que l'espoir

Les 21 membres de quatre familles irakiennes ont... (Imacom, Frédéric Côté)

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Les 21 membres de quatre familles irakiennes ont marqué leur arrivée en Estrie par une prière lundi après-midi dans la petite chapelle de l'Église syriaque de Sherbrooke, qui assure leur parrainage. Savio Habash, son épouse Rana Osanah et leur petite Serina sont parmi les milliers de chrétiens ayant dû tout abandonner pour échapper aux soldats de l'Armée islamique.

Imacom, Frédéric Côté

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Le 7 août 2014, une dépêche annonçait que les jihadistes de l'État islamique avaient provoqué l'exode de dizaines de milliers de personnes en s'emparant de Karakosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak.

Pour nous, ce ne fut qu'une brève de l'actualité internationale.

Ce jour-là par contre, Rafea Noah, sa femme Line et leurs six enfants ont dû tout abandonner et prendre la fuite pour échapper à leurs bourreaux religieux.

« Les plus vieux savaient ce qui se passait. Nous avons habillé les petits et nous sommes partis sans savoir où nous allions dormir la nuit suivante. De toute façon, nous ne pouvions pas hésiter longtemps, c'eut été trop risqué de rester », décrit le père arrivé avec les siens lundi à Sherbrooke, après un long voyage d'une douzaine d'heures depuis la Jordanie.

Les plus vieux, Mavi, Mathyo et Meryam avaient entre 9 et 13 ans lorsque cette rupture brutale s'est passée. Mais à deux ans, Lary, Lona et Mikel, des triplés, tenaient à peine sur leurs pieds.

Karakosh comptait 60 000 habitants. Ils ont tous fui. Comme si Magog se vidait d'un coup sec et que tous ses habitants partaient pour Sherbrooke.

« Nous avons mis huit heures à parcourir un trajet qui prend normalement une trentaine de minutes. Les autorités ont été prises de court à la frontière du Kurdistan. Les contrôles ont été interminables », raconte Rafea.

C'était jour de retrouvailles, lundi, puisque le frère de Rafea vit à Sherbrooke depuis deux ans. Arrivé, lui, de Grèce après avoir quitté l'Irak durant la guerre ayant chassé Saddam Hussein du pouvoir, Mentaz Noah n'avait pas vu les siens depuis sept ans.

« Je suis content et rassuré de les savoir maintenant en sécurité », jubilait-il en partageant un premier repas avec eux.

Le français de Mentaz est encore un peu hésitant, mais c'est une grande fierté pour lui d'avoir réussi à briser la barrière linguistique.

« Ça va améliorer mes chances de trouver du travail. Je suis pour le moment sur un parcours de reconnaissance des acquis. Rafea devra vraisemblablement emprunter le même chemin que moi. Nous sommes cinq frères et nous avions le même métier en Irak, nous étions tous des poseurs de céramique », explique-t-il.

Le Québec se veut bien accueillant, mais il est toujours aussi lent à reconnaître les compétences.

Savio Habash, 33 ans, Rana Osanah, 30 ans, et leur petite puce de 3 ans, Serina, ont aussi quitté précipitamment leur maison lors de l'invasion de l'Armée islamique.

« Notre seul espoir était de finir par trouver une place où vivre sans être menacés. Nous ne voulions pas que la petite soit exposée à l'horreur et à la violence », confie Savio.

Fanar George Yousuf nous sert d'interprète durant les entrevues. Elle ne parlait pas un mot de français lorsque le destin l'a menée jusqu'ici à quelques jours de Noël, en décembre 2011.

« Ça me rappelle notre arrivée, le bonheur que j'ai éprouvé malgré la fatigue en me sentant enfin dans un milieu sécuritaire. Sherbrooke est un jardin merveilleux », m'a-t-elle lancé tout en se démenant pour offrir un accueil chaleureux à ses 21 compatriotes.

L'Église syriaque orthodoxe de Sherbrooke fait les choses simplement, mais combien efficacement. C'est elle qui prend une fois de plus à sa charge l'hébergement des nouveaux arrivants et tout le nécessaire pour assurer leur subsistance.

« Quand on rédige de la paperasse, il n'y a que des noms sur des formulaires. Quand on voit les sourires et les visages s'illuminer, ça donne un sens encore plus grand à nos valeurs de solidarité », rayonnait l'un des parrains, Georges Mourani.

Comment donc!

En souvenir de Bertrand

Mon mentor, devenu ami après plusieurs années de complicité à la radio, n'est plus. Bertrand Gosselin nous a quittés, courageusement et sereinement.

Je l'ai tout de même senti à mes côtés, lundi après-midi durant l'accueil des nouveaux Sherbrookois en provenance de l'Irak. Il m'a soufflé à l'oreille :

« Je cède ma place à ces beaux enfants en leur souhaitant une vie pleine et entière comme la mienne l'a été. »

Il était comme ça, Bert. Attentionné et généreux. Ils adoraient ses petits-enfants.

Ça ne l'empêchait pas de voir l'avenir dans le regard de tous les enfants.

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