Le troupeau de l'«Animal House»

Lors du samedi de la rentrée, ils étaient près d'une trentaine d'étudiants à... (Imacom, Maxime Picard)

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Lors du samedi de la rentrée, ils étaient près d'une trentaine d'étudiants à célébrer sur la marquise d'un immeuble locatif de Lennoxville. Si la chose n'avait été que l'effervescence d'un jour, on aurait déjà oublié.

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Mais non, c'est récurrent. Les occupants et les invités de l'Animal House sortent régulièrement par les fenêtres pour convertir cette corniche en bar-terrasse. Quand arrivera l'Halloween, le party costumé sera là, pas ailleurs.

Tapez Animal House et Bishop's sur Google et vous trouverez autant sur Facebook que sur YouTube des souvenirs mémorables des rituels étudiants à cette adresse de la rue du Collège, à quelques centaines de mètres du campus.

That's the place !

« J'ai vu des photos, j'ai pris des photos, les dirigeants de Bishop's en ont aussi, c'est dangereux et nous savons que ça se produit régulièrement. Mais la Ville n'y peut rien. Même en invoquant des motifs de sécurité, nous n'avons pas de prise légale pour faire cesser cette pratique », soutient le président de l'arrondissement de Lennoxville, David Price.

Un inspecteur municipal apprend que vous n'avez pas de rampe autour d'un balcon ou le long d'un escalier, qu'il se pointe chez vous pour vous obliger à respecter le Code national du bâtiment.

Sauf que le Code, voyez-vous, ne prescrit aucune mesure préventive pour des fêtards installés sur une corniche.

« Des policiers ont déjà donné des contraventions pour le bruit. Les étudiants s'en moquent, ils se partagent l'amende de 150 $ et ça ne leur coûte que quelques dollars chacun pour poursuivre le party. Nous en sommes rendus à alerter les assureurs, qui feraient sûrement l'objet d'une poursuite s'il survenait une chute mortelle ou si un accident laissait un étudiant paraplégique », explique le conseiller Price.

Je vous exposerai le point de vue du propriétaire de l'Animal House et de son gestionnaire un peu plus loin.

David Price... (Imacom, Jocelyn Riendeau) - image 2.0

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David Price

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Évaluons d'abord le risque avec un expert à qui j'ai soumis la photo illustrant cette chronique.

« Il y a un danger évident de chute. Le risque d'effondrement m'apparaît un peu moins inquiétant, car le poids des étudiants n'excède probablement pas celui de 60 cm de neige mouillée. Cela dit, il faut aussi tenir compte du facteur dynamique. Si les gens tapent du pied ou se mettent à danser, les vibrations amplifient la pression sur la structure.

« La capacité portante dépend du clouage de la marquise au mur. Ce type de bâtiment n'étant pas soumis à des normes d'ingénierie, il peut être aléatoire. Chose certaine, si je voyais mes enfants grimpés là-dessus, je verrais à ce qu'ils descendent au plus vite », évalue l'ingénieur Éric St-Georges, président de la firme sherbrookoise St-Georges Structures et génie civil, établie au centre-ville.

L'édifice de l'Animal House a déjà été détruit par le feu. Les plans de reconstruction avaient été conçus, il y a six ou sept ans, pour éliminer certains risques.

« Nous avons fait disparaître les balcons en croyant justement qu'une marquise serait plus sécuritaire. Malgré notre bon vouloir, on ne peut pas faire l'éducation de tous les étudiants. Ça nous prendrait un gardien sur place à plein temps. Les partys compliquent les choses pour nous comme pour la Ville », réagit le propriétaire Jean-Marie Rebelo.

« La démarche auprès de nos assureurs, qu'envisage le président de l'arrondissement, n'est sûrement pas de nature à arranger les choses. Nous n'ignorons pas les directives de la Ville. Je viens recevoir un avis de salubrité et je suis allé rapidement nettoyer. Nous cherchons des solutions techniques avec la Régie du bâtiment », assure Philippe Bergeron, le gestionnaire de l'immeuble.

Le propriétaire voudrait bloquer les fenêtres qu'on lui reprocherait de couper des sorties de secours. Il amputerait la marquise des deux tiers de manière à ce qu'elle ne soit plus perpendiculaire aux fenêtres qu'on s'attarderait encore aux questions de sécurité en cas d'urgence. Les étudiants sur le party, eux, n'y verraient qu'un défi supplémentaire pour rejoindre leur perchoir.

À la place du propriétaire, que feriez-vous? La Ville doit-elle imposer une réglementation spécifique à Lennoxville pour en faire le seul arrondissement sherbrookois sans marquises?

Au fond, aussi bien s'admettre qu'on est tellement dépourvus de moyens pour agir qu'il n'y a que la Société protectrice des animaux pour veiller au bien-être du troupeau!

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