Couper plus et compter moins

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

La rationalisation est devenue incontournable, on sabre partout. Au fédéral, au provincial, au municipal. Pas le choix de faire des choix.

L'un de ces choix est d'avoir « normalisé » les débordements d'égouts dans nos cours d'eau en période de crue. Un assouplissement réglementaire fait en sorte que les municipalités n'ont plus à les comptabiliser.À Sherbrooke, par exemple, il y a eu 890 rejets sans traitement dans les rivières Magog et Saint-François en 2013 par temps de pluie et de fonte. Combien de fois cela s'est-il produit l'an dernier?

Ni la Ville ni le ministère de l'Environnement ne sont en mesure de fournir une réponse.

Jusqu'en 2014, les municipalités avaient l'obligation de recenser tous les rejets d'eaux usées non traitées. Le gouvernement provincial surveillait principalement les débordements par temps sec, ceux qui tracent la ligne de la délinquance. Les rappels à l'ordre étaient signifiés, et le sont encore aujourd'hui, en se référant aux rejets dans ces conditions dites normales.

Les débordements par temps de crue ont toujours été tolérés, mais ils étaient tout de même compilés dans les rapports publiés sur le site du SOMAE (Suivi des ouvrages municipaux d'assainissement des eaux). Les rapports couvrant la période 2001-2013 sont d'ailleurs toujours en ligne.

Le Règlement sur les ouvrages municipaux des eaux usées (ROMAEU) dispense depuis l'an dernier les opérateurs de fournir le portrait d'ensemble, n'exigeant d'eux qu'un bilan annuel des déversements par temps sec.

À cet effet, notons que la Ville de Sherbrooke s'est conformée au respect des règles environnementales autant qu'à l'obligation de produire un rapport pour 2014. Il n'y a eu aucun déversement illégal l'an dernier.

« Un exploitant peut toutefois choisir de catégoriser les options pour tenir compte des débordements par temps de fonte ou de pluie s'il souhaite acquérir une meilleure compréhension du comportement de son réseau d'égout », suggère néanmoins le gouvernement provincial dans une fiche d'information sur le ROMAEU.

La Ville de Sherbrooke enregistre tous les rejets. Les données existent, mais elles ne sont plus compilées.

« C'est un changement purement administratif, qui ne doit pas être perçu comme une déresponsabilisation. Ce n'est pas une négation non plus. Est-ce en comptant tous les débordements qu'on va solutionner le problème? Non, c'est en agissant. À cet égard, l'engagement est le même. La Ville continue à investir à la hauteur de ses moyens pour améliorer les choses », répond la présidente du comité de l'environnement, la conseillère Christine Ouellet.

Les débordements par temps de crues se produisent dans les secteurs où les égouts pluviaux et les égouts sanitaires empruntent la même canalisation. Lorsque la pluie ou la fonte de neige augmente l'apport d'eau, le débit excède la capacité d'absorption du réseau. Les trop-pleins déversent alors de l'eau souillée sans traitement dans les rivières.

Pour empêcher cela, il faudrait installer des canalisations séparées partout. L'opération coûterait des dizaines de millions. La Ville modernise ses installations sanitaires lorsqu'elle effectue des travaux de réfection majeure d'une rue.

L'organisation municipale compte recourir à la télémétrie afin de mieux cibler ses interventions.

« D'abord, il n'est pas dit que les données n'ayant pas été comptabilisées à ce jour ne seront pas utilisées plus tard pour des suivis dans les secteurs que nous savons problématiques. Les instruments de télémétrie nous fourniront par ailleurs des informations beaucoup plus précises. En plus de savoir qu'il y a eu débordements, nous en connaîtrons la durée ainsi que la quantité d'eaux usées ainsi déviée. Le choix de nos priorités sera plus éclairé », affirme le chef de la division de gestion des eaux, Michel Cyr.

À Québec, les explications quant à ces changements administratifs ont été pour le moins superficielles, même après une attente de deux semaines. Aucune justification sur le pourquoi, que des informations générales sur le nouveau mode de fonctionnement.

Le suivi des ouvrages municipaux d'assainissement des eaux usées relevait auparavant du ministère des Affaires municipales, du fait que c'est par lui que transitaient les fonds provinciaux pour soutenir les investissements municipaux. Cette responsabilité a été transférée au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (CDDELC).

Comme ce dernier limite maintenant les suivis aux seules infractions réglementaires, pour les autres types de débordements, il faut maintenant s'en remettre au bon vouloir des instances municipales qui peuvent agir selon leur propre conception des choses.

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