Bataille de rue

Pierre Karl Péladeau... (Archives, La Tribune)

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Pierre Karl Péladeau

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Jean Charest et Pauline Marois n'entretenaient pas des rapports très cordiaux. Ils se sont souvent crêpé le chignon en chambre et dans les corridors de l'Assemblée nationale.

Leurs face-à-face parfois acrimonieux étalés sur plusieurs années sont cependant en voie d'être surpassés en l'espace de quelques mois seulement par les répliques teigneuses et corrosives que s'échangent le premier ministre Philippe Couillard et Pierre Karl Péladeau depuis que celui-ci est devenu chef du Parti québécois.

Les libéraux s'empresseront de prétendre que M. Couillard sait s'imposer une certaine retenue et que c'est PKP qui se livre à des bassesses. Ne soyons pas dupes, eux aussi ont veillé à ce que leurs coups portent au maximum.

Bien que légitimé de revoir le crédit d'impôt pour lequel se qualifiait l'entreprise des Productions J de Julie Snyder - avantage que Bernard Landry avait aboli, mais que Pauline Marois a rétabli en douce à la veille des dernières élections provinciales -, le gouvernement Couillard avait clairement marqué sa cible le printemps dernier. Autrement, pourquoi ne pas s'être préoccupé d'équité dès le premier budget Leitao, en juin 2014?

Même si PKP se profilait alors déjà comme prétendant à la succession de Pauline Marois, la jambette fiscale au couple Péladeau-Snyder n'aurait pas eu les mêmes répercussions politiques il y a un an, dans un scénario hypothétique. Les stratèges gouvernementaux savaient que l'effet déstabilisateur serait plus grand lors du couronnement de M. Péladeau, au moment où surgiraient concrètement les questions concernant ses intérêts financiers.

La dénonciation à laquelle s'est livrée cette semaine « la démone » du divertissement télévisuel n'était pas pour autant justifiée. Guère songée. Car, ce faisant, la conjointe de PKP a ramené sous les projecteurs le contexte discutable dans lequel l'élargissement du programme en sa faveur avait été obtenu, en plus de mettre en évidence qu'elle renonçait à ses intérêts financiers personnels alors que son conjoint n'a toujours pas posé les gestes qu'il a promis en ce sens.

La sortie de Julie Snyder a été plus émotive que rationnelle. Mais la susceptibilité grimpe souvent de manière exponentielle lorsque la ou le partenaire de vie d'une personnalité politique est prise pour cible.

Jean Charest s'était emporté en 2005 en traitant la députée péquiste Elsie Lefebvre de « maudite chienne » après que celle-ci eut insinué que son épouse avait possiblement intercédé pour faire reconnaître des dons à la Croix-Rouge alors que l'implication de Michelle Dionne à titre de marraine de cette organisation était bien connue. Non sans serrer les dents, l'ex-député de Sherbrooke s'en était excusé.

Cette réaction intempestive de l'ex-premier ministre avait été spontanée tandis que celle de Mme Snyder était planifiée. À la base par contre, le ressentiment était nourri par de semblables frustrations.

PKP affiche ouvertement son tempérament colérique. Il ne lève pas le poing seulement pour parler de souveraineté.

Le message de condoléances sarcastique qu'il a adressé à Philippe Couillard, en rappelant photos à l'appui la proximité qu'il a entretenue avec Arthur Porter, lui a valu des reproches. Un proche conseiller du premier ministre Couillard a qualifié l'initiative de « manque de discernement et de jugement ».

Un code de bonne conduite impose un silence respectueux à l'annonce d'un décès. Ce cas est toutefois particulier, les circonstances aussi. Tant et si bien d'ailleurs que les médias n'ont pas suivi non plus le décorum habituel en ne se privant pas d'associer la mort de M. Porter aux nombreux soupçons qu'il laisse derrière lui. PKP n'avait pas davantage à s'imposer les réserves usuelles à l'égard du défunt.

La brasserie Sleeman a misé sur son passé obscur dans une campagne de marketing pour mousser ses ventes de bière. En politique, mieux vaut s'en détacher rapidement. Ce que Philippe Couillard s'est empressé de faire avec son « ami » d'une autre époque.

Sauf que les adversaires ne ratent jamais une occasion de ramener les relations douteuses à l'avant-plan. Les libéraux peuvent s'indigner du dosage de cette attaque contre le premier ministre... mais sans oublier qu'ils ne s'en tiennent pas toujours à la posologie indiquée lorsqu'ils servent le même genre de médecine à leurs ennemis politiques!

Le patron à qui certains reprochent une mainmise sur la presse au Québec s'est livré à cette charge, assumée, mais aussi téméraire aux yeux de l'opinion publique, via sa vitrine personnelle sur Facebook. Celle-ci s'est propagée sur les réseaux sociaux avant d'avoir écho dans les salles de nouvelles dont M. Péladeau est propriétaire. Un message à l'effet que PKP est engagé dans une bataille de rue à poings nus avec le premier ministre Couillard.

Habituellement, les Québécois ne sont pas très friands des rixes politiques. Est-ce que l'insolence et une certaine arrogance réveilleront leur fibre nationaliste?

Le chef du PQ semble en tout cas le croire et vouloir en faire sa signature politique.

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