La dernière danse

C'est le jour des adieux pour Luc Harvey,... (Photo courtoisie)

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C'est le jour des adieux pour Luc Harvey, qui a veillé avec amour sur son épouse Micheline Gagnon après que celle-ci eut reçu un diagnostic précoce et ravageur d'Alzheimer à 53 ans. Durant l'évolution de la maladie, les moments tendres comme les plus cruels de ce couple originaire de Coaticook ont été partagés en images sur Facebook. Une téléréalité qui en a ému plus d'un.

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Le grand Luc a de la difficulté à retomber sur ses pieds sans sa «belle Mimi», l'amour de sa vie.

Il y a quelques semaines, elle était pourtant encore près de lui... même sans y être vraiment. Car Mimi avait reçu un diagnostic précoce et ravageur d'Alzheimer alors qu'elle n'avait que 53 ans. La maladie n'a mis que cinq ans pour écourter sa vie.

Micheline Gagnon et Luc Harvey ont animé le party de noces de centaines de jeunes tourtereaux à Coaticook, derrière les tables tournantes ou caméras à la main. Il y a une vingtaine d'années, tout autant que la salle de banquet, il fallait réserver Disco Luc au moins un an à l'avance.

Le couple, qui a continué à travailler en tandem, avait lui-même scellé son amour avec le mariage.

«Mimi était haute comme trois pommes la première fois que je l'ai vue au verger de ses parents à Compton. Même si je n'avais que 12 ou 13 ans, j'en suis tombé follement amoureux», garde comme premier souvenir l'animateur de soirées dansantes devenu producteur de vidéos dans la région de Montréal.

Mme Gagnon et M. Harvey ont vécu dans un univers technique, entourés de micros et de caméras.

«Par déformation professionnelle, on prenait plein de photos humoristiques, on se filmait dans toutes sortes de situations loufoques. Le réflexe de mettre des séquences en ligne part de là et Mimi était parfaitement d'accord. Nous avions convenu de cela avant que sa condition ne commence à se détériorer.»

Une main poussant le fauteuil roulant dans lequel prenait place la chienne Fripouille, caméra dans l'autre, Luc Harvey amenait des spectateurs avec lui quand il rendait visite à son épouse hospitalisée.

Sans filtre ni censure, l'homme d'images a mis en ligne sur son compte Facebook des vidéos montrant sa femme déconnectée de la réalité, dans lesquelles on la voyait prématurément vieillie.

Dans des moments plus heureux, un sourire illuminait soudainement un visage autrement vide d'émotions.

«Les vidéos montraient la réalité. Ça ne me dérangeait pas d'être un amoureux réduit au rôle de pitre en autant que je procurais du bonheur à Mimi.»

Au sein de la famille Gagnon, réaction profondément humaine, l'initiative a parfois agacé.

«Ça avait été dur comme nouvelle quand nous avons appris le diagnostic et ce ne fut pas toujours facile d'accepter les images qui circulaient sur Facebook. J'essayais de voir le bon côté des choses, car, en même temps, ça me rassurait de savoir le mari de Mimi si présent et si attentionné. Il a été courageux et bien dévoué, notre Luc», réagit Suzanne Gagnon, la mère de Micheline.

Celle-ci a passé quatre des cinq dernières années chez elle.

«Mimi voulait rester à la maison et je lui avais fait la promesse de tout mettre en oeuvre pour respecter son souhait. Cette promesse, je l'ai tenue aussi longtemps que j'ai pu avec l'aide du personnel du CLSC. Ça m'a crevé le coeur quand on a mis les pieds au CHLSD. Ce n'était pas possible que ma belle Mimi, si jeune, entre déjà dans un milieu comme celui-là. Mais on finit par accepter les compromis, on apprend à composer avec.

«Les liens affectifs s'éteignent chez les personnes atteintes d'Alzheimer, pas autour d'elles. Quand je bécotais Mimi dans le cou, je percevais son odeur, je me rappelais les doux instants passés ensemble. C'est ce qui m'a nourri», décrit Luc Harvey.

Celles et ceux qui ont visionné les images (toujours en ligne sur Facebook) ont été nombreux à témoigner à quel point cette relation amoureuse intense et indéfectible est inspirante.

La lecture à haute voix des commentaires faisait partie des activités avec Mimi lors des visites.

«Je lui demandais : est-ce que ça tente de savoir ce que les gens disent sur Facebook? Elle me répondait oui. Elle écoutait attentivement même si elle ne pouvait pas apprécier comme moi toute la gentillesse de ces messages d'encouragements».

La cérémonie commémorative a lieu aujourd'hui. Il n'y pas plus belle pièce sentimentale pour clore la noce que la photo pleine d'affection et de tendresse accompagnant cette chronique. S'en dégage une chaleur éternelle.

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