La sagesse du soir

Bertrand Gosselin... (Imacom, René Marquis)

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Bertrand Gosselin

Imacom, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Il a rapporté dans La Tribune les propos des rescapés de la tragédie d'Eastman et alimenté plusieurs bulletins spéciaux à la radio, dont ceux annonçant la fusillade de Rock Forest et la tuerie de Compton.

Il a assuré la couverture de tous les grands procès tenus à Sherbrooke au cours des trois dernières décennies et, à 78 ans, il se pointe encore régulièrement au palais de justice pour suivre les causes qui sont d'intérêt. Cela, même s'il sait qu'un verdict médical lui accorde un sursis limitant à la fois le temps et l'espoir.

Le nom de Bertrand Gosselin est synonyme de crédibilité, de tact et de générosité aux yeux de celles et ceux qui pratiquent le métier et des collaborateurs qu'il côtoie. Ils seront d'ailleurs nombreux ce soir à lui témoigner appréciation et gratitude lors d'un 5 à 7 organisé par la section estrienne de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Mon ami Bertrand, l'un de mes mentors, se sait atteint d'un « cancer évolutif » qui serait incurable. La maladie réduit ses forces, mais pas sa fougue.

« Tant que je pourrai être journaliste, je le serai », confie-t-il.

Ce fut une profession tardive pour ce Magogois d'origine ayant été préalablement contremaître dans une usine de textile. Il livre son premier scoop comme pigiste de La Tribune après avoir appris qu'un meurtre venait d'être commis à la plage Southière.

« En arrivant sur les lieux, policiers et ambulanciers n'y étaient pas encore. J'ai frappé à la porte et c'est un homme armé qui m'a reçu. Pendant que je lui expliquais qui j'étais, j'ai aperçu le cadavre d'une femme au sol dans la pièce voisine. Ce fut ma première entrevue avec un meurtrier ».

«J'étais conditionné avant même de recevoir le diagnostic. J'avais des douleurs si vives que j'étais certain qu'elles ne pouvaient être provoquées par un mal anodin.»


Des désespérés et des truands, il en a vu défiler devant la cour. Il a entendu et rapporté les récits les plus horribles de la part de victimes ou de témoins.

«La justice est publique. Cette règle permet de maintenir la confiance de la société envers son système de justice. À cet égard, le journaliste assume une grande responsabilité. Bertrand Gosselin s'est toujours acquitté de ce rôle crucial avec passion, vigueur et objectivité dans le respect des personnes et de l'institution», vante le juge coordonnateur de la Cour du Québec en Estrie, Conrad Chapdelaine.

« Rapporter de façon claire et concise des débats parfois émotifs portant sur des événements trop souvent dramatiques sans verser dans la démagogie ou le sensationnalisme relève de l'exploit. M. Gosselin l'a fait tout au long de sa carrière avec une constance et une justesse qui ne se sont jamais démenties», poursuit-il.

Le journaliste accepte le compliment en ajoutant ce commentaire :

« Nos juges sont généralement très compétents. Dans le lot, il s'en trouve par contre qui m'ont fait rager par leur raisonnement simpliste. Il y a 15 ou 20 ans, les journalistes devaient s'en tenir strictement aux décisions rendues sans se permettre le moindre commentaire. C'est une bonne chose que la critique soit de nos jours plus répandue dans l'analyse des jugements ».

Bertrand Gosselin a gagné le respect par le respect. « C'est un accomplissement dont je suis fier ».

Il parle ouvertement de sa santé qui décline.

« J'étais conditionné avant même de recevoir le diagnostic. J'avais des douleurs si vives que j'étais certain qu'elles ne pouvaient être provoquées par un mal anodin. Mais, je suis loin d'être abattu et les gens n'ont pas à être mal de m'en parler. Je n'ai pas délibéré longtemps sur le cours de mon existence : il n'a pas été donné à tout le monde de pouvoir jouer au tennis à 77 ans. Je suis privilégié d'avoir eu une vie trépidante et aussi bien remplie ».

La sérénité que Doris Lussier - l'un des auteurs les plus inspirants aux yeux de Bertrand Gosselin - appelait la « sagesse du soir », en rappelant que « les feux du soleil couchant sont aussi beaux que ceux du soleil levant et que si naître n'est qu'une promesse, vieillir est un accomplissement ».

« Bertrand s'est tellement montré réceptif et généreux de ses conseils auprès de ses collègues, en particulier ceux qui commençaient dans la profession, que nous voulons lui renvoyer un bouquet de générosité et d'attention avec l'activité de ce soir. Comme il était à l'aise avec l'idée, nous sommes allés de l'avant », précise la présidente de la FPJQ-Estrie, Marie Eve Lacas.

L'athlète ayant pris part à deux camps d'entraînement des Alouettes de Montréal testera sa condition physique à la balle au mur avant de lancer d'autres défis sur un court de tennis. Le musicien au souffle plus court ayant été membre de plusieurs bands poussera sûrement la note un peu moins haute.

Mais, pas plus qu'à la plume, Bertrand n'a renoncé ni à la raquette ni à la trompette.

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