La vulnérabilité des plus petits

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Le monde municipal passe sous la loupe aujourd'hui avec le palmarès attribuant un rang à chacune des 1102 municipalités du Québec.

Les élus de Saint-Isidore-de-Clifton ont de quoi être fiers. Leur municipalité se maintient dans le top 10 provincial et trône au premier rang régional.

Ce n'est toutefois pas l'austérité qui en fait une championne car avec des dépenses de 1753 $ par habitant, cette municipalité occupe le 764e rang quand on se réfère à ce seul indicateur. Elle performe bien dans l'ensemble des autres.

Signe que les choses se compliquent dans ce village comptant un peu plus de 700 habitants, les dépenses ont augmenté de 9,1 pour cent par année entre 2009 et 2013, deux fois plus que la moyenne provinciale. Quarante-cinq pour cent en cinq ans, c'est une croissance cinq fois supérieure à celle des dépenses du gouvernement du Québec.

«Notre classement enviable reflète nos efforts de saine gestion. En même temps, il faut admettre que l'exode qui frappe la ruralité nous pose un défi colossal. Il nous sera très difficile de tenir le rythme», admet le jeune maire de Saint-Isidore-de-Clifton, Yann Vallières.

La municipalité a réinvesti dans le pavage ainsi que dans la modernisation de ses équipements de protection contre les incendies. Il était temps, un de ses camions avait perdu un essieu en répondant à un appel pour des renforts.

Dixville, autre village d'un peu plus de 700 âmes, vient au deuxième rang au niveau régional. On y perçoit toutefois les mêmes signaux de danger, soit une croissance annuelle des dépenses de 9,9 pour cent depuis cinq ans.

«Les équipements de traitement des eaux usées ont nécessité des investissements importants. En plus, les coûts d'opération qui avaient été estimés par des professionnels à 25 000 $ par année sont plutôt de 60 000 $. Pour les 80 propriétaires branchés, c'est une méchante différence. Malgré cela, Québec a trouvé le moyen de nous enlever l'équivalent de notre budget d'entretien des chemins. À la longue, ça devient frustrant» maugrée le maire de Dixville, Martin Saindon.

Cette municipalité dépense 1647 $ par habitant alors que cette proportion est de 1504 $ et de 1514 $ à Sherbrooke et à Magog, ville où la croissance des dépenses a été contenue à 4,9 et 4,1 pour cent par année entre 2009 et 2013.

Une municipalité comme Saint-Venant-de-Paquette (102 citoyens) dépense pas moins 2729 $ par habitant, bien qu'elle se classe au 9e rang quant au prix de revient des coûts de voirie/km de chemin.

Le palmarès 2015 fait clairement ressortir la vulnérabilité croissante des petites communautés. Les municipalités de 1000 habitants et moins sont celles où les dépenses augmentent le plus rapidement à l'échelle de la province.

Or, 21 des 54 municipalités de l'Estrie appartiennent à cette catégorie. Quatorze autres municipalités estriennes comptent entre 1000 et 1999 habitants, le deuxième groupe de référence connaissant la plus forte progression de dépenses.

Voilà pourquoi l'Estrie n'occupe pas une position très avantageuse au comparable des régions. Seuls le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la Capitale-Nationale font plus mauvaise figure à ce chapitre.

La municipalité estrienne la moins dépensière est Stoke. À 873 $ par habitant, elle vient au 19e rang à l'échelle provinciale. Malgré cela, elle aussi voit ses dépenses croître à un rythme accéléré.

«Notre argent va dans l'asphalte! Les dommages causés aux voies publiques par les camions de gravier sont aujourd'hui compensés par une redevance, pas ceux pour le transport du bois vers l'usine Domtar. D'autre part, plusieurs des chemins ruraux n'ont pas la structure pour supporter les équipements agricoles modernes», soulève Luc Cayer.

Les chiffres donnent raison au maire de Stoke. Avec une croissance annuelle moyenne de 9 pour cent de son budget de voirie, la municipalité recule au 702e rang québécois pour les coûts d'entretien de son réseau!

Y'a des milliers de chiffres dans ce palmarès mais une seule réalité : les temps sont durs pour les élus municipaux, dans les petites localités autant que dans les grandes villes.

Les attentes sont grandes et l'argent rare. Au point où l'asphyxie menace plusieurs villages.

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