Un timbre à 500 $ US

J'ai récemment commis une étourderie. Alors que j'attendais pour entrer au... (Archives, La Tribune)

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

J'ai récemment commis une étourderie. Alors que j'attendais pour entrer au Vermont par le poste frontalier de Canaan (Hereford du côté canadien), je suis sorti de mon auto pour nettoyer mes essuie-glaces. À proscrire.

Ne posez pas prématurément le pied en sol américain.

La mise en garde vient d'Edwin Mac Eachern, un Sherbrookois ayant vécu des complications à la frontière alors qu'il rendait visite à son frère, en novembre dernier.

Les bureaux de la poste et de la douane sont dans le même édifice dans le village de Derby Line. Quand on entre aux États-Unis par la route 143 en provenance de Stanstead, le comptoir du postier est cependant avant celui des douaniers.

« J'étais en attente pour atteindre la guérite et en voyant le douanier en conversation avec l'automobiliste qui était devant moi, je me suis dit que j'avais le temps de déposer une lettre dans la boîte postale qui se trouvait devant le bâtiment », raconte M. Mac Eachern.

Sa femme, qui l'accompagnait, a eu un mauvais pressentiment.

« Tu ne devrais pas, tu vas nous attirer des ennuis, m'a-t-elle prévenu. J'ai payé pour apprendre qu'elle avait raison! »

Le véhicule de l'Estrien n'a dévié de sa trajectoire que de quelques mètres avant de revenir vers le corridor d'attente. C'était déjà trop.

« En arrivant au douanier, il m'a renvoyé à la boîte postale où m'attendait un homme avec la main posée sur son arme. Sur le coup, je me suis senti traité comme un terroriste, comme le pire des criminels. On m'a informé que j'écopais d'une amende de 5000 $ pour avoir contrevenu aux lois américaines. J'étais stupéfait. »

Anglophone de souche, M. Mac Eachern a tenté de plaider sa cause. Verbalement, puis par écrit. L'agent a soumis ses prétentions à son supérieur, qui les a rejetées.

Les représentants américains ont opposé à ses arguments le fait que son geste était loin d'être anodin. Que sa lettre aurait pu contenir de l'anthrax ou qu'il aurait pu s'agir d'un colis piégé.

« On m'a demandé de quelle façon j'entendais payer. J'ai sorti ma carte de crédit et j'ai signé. On m'a informé poliment que je pouvais contester l'amende, et j'ai pu reprendre la route. »

M. Mac Eachern a rédigé une lettre dans laquelle il a reconnu avoir commis une erreur. Il s'en est excusé.

« Considérant que vous n'aviez aucune intention de vous soustraire au contrôle prescrit par la loi, nous atténuons la sanction vous ayant été imposée », a-t-il reçu comme réponse.

La pénalité de 5000 $ a été réduite à l'amende minimale de 500 $.

« Avec le recul, je dois admettre que sur le fond, ils ont raison et c'est moi qui ai eu tort. Il faut replacer ces contrôles dans le contexte de terreur qui hante encore les Américains et que nous avons connu, nous aussi, l'automne dernier. J'ai d'ailleurs été surpris de voir autant de policiers cette année lors de la cérémonie du Jour du souvenir, ici, à Lennoxville. J'en ai aperçus sur des toits. Le Canada était alors sous le choc des attentats contre le parlement », analyse aujourd'hui le voyageur repentant.

« L'encadrement policier était effectivement nettement plus présent lors de la commémoration du 8 novembre. Ce fut un épisode plus intense chez nous et l'inquiétude perdure aux États-Unis. Je ne vois pas le jour non plus où les contrôles douaniers reviendront aussi amicaux à la frontière qu'ils ne l'ont été dans le passé. Il faut s'ajuster à cette réalité », croit le président de l'arrondissement de Lennoxville, David Price.

M. Price était député fédéral et a siégé au sein de comités fédéraux sur la défense nationale aux lendemains de l'attentat meurtrier du 11 septembre 2001.

Il est fréquent lors de la période des vacances estivales, lorsque se forment de longues files d'attente aux postes frontaliers, de voir des voyageurs sortir des véhicules pour aller aux toilettes ou se rendre dans une boutique hors-taxes.

Tant que vous avez la certitude d'être au Canada, pas de problème. Mais on ne porte pas toujours attention aux bornes de granit délimitant la frontière, qui devraient être nos repères. En cas de doute, abstenez-vous. Attendez patiemment dans l'auto.

Un peu d'humour pour conclure cette chronique sérieuse. Je vous cite de nouveau la correspondance reçue par Edwin Mac Eachern de la répondante du U.S. Customs and Border Protection :« Veuillez noter que le remboursement de 4500 $ auquel vous droit ne peut vous parvenir que par une adresse postale américaine. Veuillez nous en fournir une pour l'envoi. »

Les règles m'ont l'air aussi rigides pour faire sortir un chèque gouvernemental des États-Unis que pour l'entrée d'un Canadien!

N'en faites surtout pas la remarque avec cynisme à un douanier américain, ça pourrait le froisser et compliquer votre passage à la frontière...

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