Pour que «la chenille devienne papillon»

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Imacom, René Marquis

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Ma boîte de courriels n'a rien d'un baromètre scientifique. Néanmoins, si je me fie aux messages qu'elle contenait cette semaine, le maire Bernard Sévigny est mieux de s'atteler s'il entend convaincre les Sherbrookois de sauter dans le train philanthropique d'André L'Espérance.

Le commentaire le plus répandu, vous l'aurez deviné, est qu'il n'est pas dans les mandats prioritaires d'une ville de prendre en charge un train touristique comme l'Orford Express. Encore moins, précise-t-on souvent, après les résultats des spectacles estivaux subventionnés à grands frais. Premier handicap sérieux : combattre le «syndrome de la Place Nikitotek».

Observation plus pointue d'un lecteur : si c'est une offre que la Ville ne peut refuser, pourquoi si peu d'empressement à donner suite à une proposition formulée au début de l'automne dernier?

«Il fallait en digérer l'ampleur», répond le président du comité exécutif, Serge Paquin.

Faut aussi préciser qu'au même moment, le maire Sévigny s'efforçait de donner des ailes à son projet d'aéroport et cherchait le moyen de mettre la main sur la collection semble-t-il très convoitée de la famille Demers de Thetford Mines, en rêvant d'en faire l'attrait d'un nouveau musée au centre-ville.

Des avions, des voitures antiques et un train touristique à travers le brouhaha sur les caisses de retraite et le coup de Jarnac gouvernemental ayant déstabilisé les finances de la Ville de 5 M$ peu de temps avant l'adoption du budget 2015, ça faisait effectivement pas mal de choses à gérer l'automne dernier.

On fait quoi avec le train touristique, alors que les amortisseurs veulent sortir du capot de nos voitures tellement les rues de Sherbrooke sont crevassées?

Si on fait comme d'habitude, on attend que l'examen du potentiel de l'Orford Express soit complété au sein de l'appareil municipal. On se donne rendez-vous à l'hôtel de ville un lundi soir, puis on assiste à un débat succinct entre les élus avant qu'ils ne se prononcent. Une décision allant à l'encontre des perceptions négatives répandues dans l'opinion publique laissera au maire cinq minutes en entrevue pour les défaire.

C'est probablement la façon dont les choses vont se passer.

Par contre, il y a peut-être d'autres chemins à emprunter pour se faire une tête sur la question. Puisque M. Sévigny a livré un discours assez philosophique en début de semaine devant la Chambre de commerce de Sherbrooke, en nous invitant à devenir «terre d'accueil entrepreneuriale», je lui emprunte la recette.

Philosophons.

Le maire nous a invités cette semaine «à travailler ensemble, à se faire confiance, à miser sur la culture de collaboration». Dans cet esprit, il a annoncé pour l'automne prochain un forum devant nous sortir des sentiers battus.

«Dans un véritable écosystème entrepreneurial, la chenille deviendra papillon», a-t-il imagé.

Le devenir de l'Orford Express n'est pas un dossier municipal conventionnel. Il sort du cadre habituel des gestionnaires et des élus.

C'est une proposition d'affaires. Une opportunité de tester notre culture entrepreneuriale ainsi que les moyens que nous nous donnons pour faire des choix judicieux, éclairés et audacieux.

«Il faut nous contaminer mutuellement, offrir aux entrepreneurs les meilleurs outils possibles, le meilleur soutien possible, le meilleur environnement possible», a véhiculé cette semaine M. Sévigny.

Que penseriez-vous, monsieur le maire, qu'on fasse de l'Orford Express une thématique pré-sommet?

Je sais, puisque vous l'avez aussi dit, «sortir de notre zone de confort, ça prend beaucoup d'effort et aussi beaucoup de courage».

Dévoiler les analyses financières dès qu'elles seront disponibles, les exposer à l'avance au regard de la population, les soumettre à l'examen d'entrepreneurs, d'universitaires, solliciter une prise de position des conseils d'administration des deux chambres de commerce avant plutôt que d'entendre des commentaires souvent superficiels après, ça rendrait la démarche crédible, non?

En tout cas, ça ferait de vous un «entrepreneur» n'hésitant pas à s'avancer pour bénéficier de l'éclairage d'autres compétences avisées.

Les pourparlers en vue de la cession de l'Orford Express ne sont pas une négociation privée. Ils seront hautement politisés.

Ce n'est d'ailleurs pas dans l'esprit du geste que les propriétaires veulent poser que de le résumer à l'émission de deux reçus pour fins d'impôt, à un chèque et à une poignée de main si la transaction devait être complétée.

André L'Espérance, entrepreneur émérite de la région, engage sa sincérité et sa crédibilité dans son offre à la communauté, se disant prêt à passer le test d'authenticité sans qu'on prenne de raccourcis.

Les arguments favorables, il faut les connaître. Les mises en garde aussi. Il faut, collectivement, être capables de soupeser rigoureusement les pour et les contre.

Quand arrivera le moment de décider, on décidera. Lucidement. On monte ensemble dans le train touristique ou on laisse à d'autres le soin de le remettre sur les rails.

Sans présumer de la décision, si le processus est ouvert, s'il est sérieux et est le reflet de la considération que mérite à tout le moins l'offre des donateurs potentiels, nous sèmerons peut-être la première graine de «l'écosystème entrepreneurial» évoqué cette semaine par le maire Sévigny.

On augmente la valeur des mots en les mettant en action.

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