Carnet de bord

En 35 années au CHUS, Angèle Fréchette a... (IMACOM, René Marquis)

Agrandir

En 35 années au CHUS, Angèle Fréchette a vécu plus d'une réforme administrative, dont la fusion des hôpitaux sherbrookois en 1995. La femme ayant terminé sa carrière comme assistante à la coordination des téléphonistes voit mal comment une seule administration régionale parviendra à rendre le réseau de la santé plus performant.

IMACOM, René Marquis

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Cette semaine, les directeurs généraux et les administrateurs des établissements de santé de l'Estrie ont affiché leur enthousiasme d'entreprendre le virage du paquebot qui comptera 17 000 employés à son bord.

« Je souhaite bonne chance aux membres de l'équipage », lance Angèle Fréchette tout en savourant les premiers mois de sa retraite après 35 années passées au CHUS, à Fleurimont puis à l'Hôtel-Dieu.

Mme Fréchette a été du rang des matelots plus que de celui des officiers. Sans être gradée, elle a agi comme pivot de certains services, principalement celui des téléphonistes.

Sans prétention, elle a accepté de partager ses souvenirs. Son carnet de bord.

« Avant la fusion de 1995, j'étais à Fleurimont. La taille de l'hôpital nous procurait un certain sentiment de sécurité. Nous n'avions pas la crainte de ceux qui s'imaginaient avalés par plus gros. Lorsque le remue-ménage a commencé, on a bien vu par contre qu'il allait toucher beaucoup de monde ».

Comme on le sait, la direction générale de l'hôpital unifié s'est alors installée à l'Hôtel-Dieu. Idem pour les adjoints. Le personnel de soutien de la direction des services hospitaliers, auquel appartenait Mme Fréchette, aussi.

« Ça va se passer exactement de la même façon : où les patrons vont poser les pieds, les valets vont suivre », prédit-elle.

Le séisme des supplantations (communément appelé bumping) touchera cette fois encore plus d'établissements.

« Ce n'est pas agréable de déloger quelqu'un. Ça créé des malaises. Dans mon cas, ceux-ci ont fini par s'estomper et je suis restée en contact avec la personne dont j'ai pris le poste ».

L'un des premiers services fusionnés au CHUS a été celui des téléphonistes.

« Quelle pagaille! Je recevais les frustrations de tout le monde, de toutes les unités. J'étais verte. Les gens devaient s'adapter à un nouvel environnement de travail, plusieurs vivaient la frustration d'avoir reculé au sein de leur équipe et, en plus, on demandait de guider les patients avec des références que personne ne connaissait », décrit Mme Fréchette.

Le nom du nouvel établissement (Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux de l'Estrie - Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke) ne sera rien pour simplifier la transition, croit Mme Fréchette.

« Mettez-vous deux secondes dans la peau d'une téléphoniste. Peu d'entreprises privées songeraient à une appellation semblable pour se positionner dans leur marché. C'est en plein le genre de préoccupations administratives qui mine la confiance du personnel », juge-t-elle.

Une confiance que heurtent également le manque d'écoute et de considération.

« Je ne vois pas comment la distance entre les directeurs et les employés peut diminuer avec les changements annoncés. La structure sera si grosse, pas sûre qu'on a les bras assez longs pour en faire le tour ».

La chaise musicale a certes de quoi inquiéter. Mais en comparaison, les employés de Target (une centaine) ne se verront même pas proposer d'alternative à la fermeture du magasin de Sherbrooke.

« Ça, j'avoue. C'est difficile de sortir de ses pantoufles mais c'est pire de se retrouver nu-pieds. Dans le réseau de la santé, on a tendance parfois à amplifier nos malheurs. À force d'en parler entre nous, ça devient quasiment maladif. Faut prendre du recul ».

Mme Fréchette ne veut pas jouer au prophète de malheur.

« Je ne prétends pas ça que ce sera un échec sur toute la ligne. Ce sera toutefois beaucoup plus long et compliqué qu'on veut nous le faire croire. Le succès dépendra du respect qu'on portera aux travailleurs.

« À mon avis, ça ne sera qu'une perte de temps que d'essayer de vendre l'image d'une grande famille. T'as beau porter le même nom que quelqu'un d'autre, quand tu ne fréquentes pas cette personne, elle t'est pratiquement étrangère. Du temps que j'ai travaillé à Fleurimont, ma gang était là-bas. Une fois rendue à l'Hôtel-Dieu, mon cercle d'amis a évolué en fonction de mon nouvel environnement. Où que l'on soit, le lien qui nous unit est le patient et c'est là-dessus qu'il faut mettre l'accent ».

J'ai demandé à Mme Fréchette de choisir un lieu représentatif pour la photo. Elle nous a donné rendez-vous à la porte 25, rue Murray, devant la vieille partie de l'Hôtel-Dieu.

« C'est une façon pour moi de rendre hommage à mon père Louis qui, avant moi, a travaillé durant 25 ans dans cet hôpital. Il a été employé de maintenance et gardien d'ascenseur. Comme moi, il a aimé son travail. Lui comme moi, nous n'avons jamais ménagé les efforts ».

Manière polie d'appeler à la vigilance, pour veiller à ce que les réformes de structures n'éteignent jamais la passion.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer