La grande soeur du blogueur Badawi

Samar Badawi a été récipiendaire en 2012 d'un prix de... (PHOTO FOURNIE PAR LE DÉPARTEMENT D'ÉTAT DES ÉTATS-UNIS)

Agrandir

Samar Badawi a été récipiendaire en 2012 d'un prix de l'International Women of Courage Awards pour sa bataille en faveur de l'égalité des femmes en Arabie saoudite, distinction reçue des mains de deux des femmes les plus influentes de la planète, Michelle Obama et Hillary Clinton. Son mari Walid et son frère Raif sont parmi les prisonniers d'opinion incarcérés par le régime saoudien.

PHOTO FOURNIE PAR LE DÉPARTEMENT D'ÉTAT DES ÉTATS-UNIS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

(SHERBROOKE) Le nom de Raif Badawi a fait le tour du monde comme symbole de la liberté d'expression depuis que l'Arabie saoudite a sorti le fouet pour le punir d'avoir insulté l'islam en critiquant l'unicité religieuse imposée dans ce pays.

Les appuis à M. Badawi ainsi qu'à sa famille réfugiée à Sherbrooke viennent de partout. Des pressions croissantes sont exercées sur les autorités saoudiennes afin qu'elles libèrent le père arraché à ses trois jeunes enfants

Le puzzle avec lequel le prince héritier Salmane Ben Abdel Aziz devra jongler, en remplacement du défunt roi Abdallah, est plus compliqué que les embêtements politiques et religieux d'un seul blogueur insistant.

C'est une histoire de famille.

La soeur aînée de Raif Badawi, Samar, est une ardente militante pour l'égalité des femmes qui est allée jusqu'à intenter des poursuites contre le gouvernement saoudien après s'être vue refuser le droit de vote aux élections municipales de 2011.

Elle s'est également battue aux côtés de femmes ayant eu maille à partir avec la police saoudienne pour ne pas avoir respecté l'interdiction de conduire un véhicule automobile, privilège exclusivement masculin dans ce pays.

Cet engagement soutenu a valu en 2012 à Mme Badawi l'un des prix de l'International Courage of Women Awards, un concours parrainé par le Secrétariat d'État des États-Unis. La distinction lui a été remise par Michelle Obama et Hillary Clinton, deux des femmes les plus influentes de la planète.

Samar Badawi, qui vit toujours en Arabie saoudite, a été emprisonnée dans le passé. C'est d'ailleurs au cours de l'une de ses batailles juridiques qu'elle a rencontré Walid Abulkhair, qui a été son avocat avant de devenir son mari. Ils ont un enfant.

La distance est moins grande, mais les répercussions familiales semblables à celles que vit sa belle-soeur Ensaf Haidar, qui habite maintenant à Sherbrooke. L'époux de Mme Badawi est derrière les barreaux, certaines de ses prises de position comme avocat de Raif ayant été jugées vexatoires.

« Au moins, je peux lui rendre visite en prison », se réconforte Samar en sachant que son frère, lui, est limité à de courts appels outre-mer pour parler à sa femme et à ses trois enfants.

Nous avons, Mme Badawi et moi, échangé plusieurs courriels au cours de la dernière semaine.

« Ce n'est jamais une bonne idée de parler à un journaliste. Je ne répondrai à aucune question concernant mon frère. Son épouse peut le faire à partir du Canada car les autorités saoudiennes ne peuvent rien contre elle. Moi, ça pourrait me plonger dans l'embarras », m'a fixé comme cadre de discussion celle qui se sait sous surveillance.

En décembre, Samar Badawi a été sommée de demeurer en territoire saoudien jusqu'à nouvel ordre, représailles politiques qui découleraient de dénonciations devant les Nations-Unies en septembre. Indisposés par des critiques qui portaient sur les restrictions imposées aux femmes, les représentants saoudiens auraient alors interrompu la déclaration de Mme Badawi à quelques reprises.

Les Badawi ont grandi à Khamis Mushait, une ville de 375 000 habitants du sud-ouest du pays. Samar et Raif auraient vécu des rapports conflictuels avec leur père. Mme Badawi n'a toutefois pas voulu aborder la question.

« Notre rêve est d'offrir aux prochaines générations un pays de liberté dans lequel les droits seront les mêmes pour tous », a-t-elle recentré.

Ces paroles peuvent-elles vous mettre en danger?

« Il y a toujours des risques, mais je n'ai pas peur. La défense des droits humains est la seule fenêtre qui s'ouvre sur l'espoir. »

Dans une entrevue qu'elle accordait en mai 2014 au journal The Daily Beast, Mme Badawi affirmait qu'il n'était pas question, ni pour elle ni pour son mari, de cesser de militer et de revendiquer.

« Il me connaît comme une femme se battant pour ses droits et je le sais également très sensible aux valeurs fondamentales que sont l'égalité et la justice. »

Être Raif, c'est aussi être Samar et Walid.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer