Écouter son instinct

Luc Fortin... (IMACOM, Julien Chamberland)

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Luc Fortin

IMACOM, Julien Chamberland

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

À pareille date l'an dernier, Luc Fortin était loin de se douter qu'il deviendrait député de Sherbrooke. Il n'y songeait même pas.

Il avait été convenu à la permanence du Parti libéral du Québec que Martine Gendron, organisatrice de longue date, serait désignée pour affronter Serge Cardin.

« Martine est une amie et je lui avais offert un coup de main. Mon épouse et moi pensions plutôt que 2014 serait pour nous une année d'accalmie ».

M. Fortin n'a su qu'à la mi-février que les priorités de Mme Gendron avaient changé. On lui a alors proposé de la remplacer.

« Ça m'intéressait, car Émilie et moi voulions nous établir dans la région. En même temps, je savais que mes adversaires ne manqueraient pas de me coller l'étiquette du parachuté ».

Ancien conseiller de Jean Charest, le professionnel en communication natif de Mascouche s'est tourné vers son mentor politique.

« J'ai demandé à M. Charest de me répondre franchement. Il m'a dit : je n'ai pas le souvenir que quelqu'un se soit fait élire en Estrie sans être de l'Estrie. C'est ce à quoi je m'attendais, mais pas nécessairement ce que je souhaitais entendre. Son opinion m'est arrivée comme une brique. M. Charest a tout de même pris soin d'ajouter que si je décidais d'y aller, il viendrait me supporter ».

Les premiers sons de cloche qu'il reçoit de son beau-père, le conseiller municipal Jean-François Rouleau, vont dans le même sens.

« Personne ne me décourage, mais personne me dit que, politiquement, c'est une bonne idée. L'élection était imminente, le Parti québécois était en avance dans les sondages, je n'avais pas d'organisation et j'étais conscient que Sherbrooke n'a jamais été une circonscription facile, même pas pour Jean Charest. Disons que la conjoncture n'était pas particulièrement favorable ».

M. Fortin pousse malgré tout sa réflexion plus loin.

« Des revirements en politique, j'en avais vus et vécus. Nous étions partis en retard lorsque M. Charest est devenu premier ministre en 2003. Personne n'avait prévu la poussée de l'ADQ en 2007 et pas davantage celle du NPD aux élections fédérales de 2011. Je savais que nous pouvions gagner ».

Ses premiers contacts avec l'Association libérale de Sherbrooke ont lieu moins d'une semaine avant que Pauline Marois déclenche la campagne électorale, le 5 mars.

La réceptivité est bonne. M. Fortin doit cependant soupeser de multiples considérations.

« Ça impliquait que mon épouse mette son rêve d'entrepreneuriat et sa carrière professionnelle en veilleuse, il fallait déraciner nos deux enfants et même ma mère entrait dans l'équation. Nous l'avions convaincue deux ans plus tôt de vendre sa maison pour venir partager une résidence intergénérationnelle avec nous ».

Une relation de proximité mère-fils accentuée du fait que le député Fortin est enfant unique et que son père est décédé.

« Ma mère n'avait jamais mis les pieds à Sherbrooke avant ma campagne. Partir, c'était l'obliger à reconsidérer bien des choses. Or, je connaissais son attachement à Terrebonne, point d'ancrage de nos ancêtres. Ça signifiait beaucoup, beaucoup de changements ».

Malgré tout, le rêve persiste.

« Ma crainte n'était pas de perdre, c'était d'assister à la réélection d'un député libéral dans Sherbrooke en me reprochant d'avoir reculé. Je ne voulais avoir les regrets d'être passé à côté de la chance de ma vie. En entendant cela mon épouse m'a lancé : ta réponse, tu l'as, qu'attends-tu pour dire oui? J'ai écouté mon instinct ».

L'audace a non seulement été récompensée par une victoire électorale, mais aussi par d'autres cadeaux de la vie : la petite famille aujourd'hui installée à Sherbrooke célébrera en juin l'arrivée d'un troisième enfant, grand-maman Fortin a suivi et habite à quelques maisons du nid intergénérationnel duquel sont également beaucoup plus près les grands-parents Rouleau.

« Après l'élection, éloigné des miens, les premiers mois ont été pénibles. Ma femme et mes enfants me manquaient. Je savais qu'Émilie en avait beaucoup sur les épaules. Elle devait s'occuper des enfants et de notre firme de communication, en plus d'avoir à préparer le déménagement. Je me faisais du souci pour ma mère. L'adaptation n'a vraiment pas été facile », décrit le député de 32 ans, la voix gorgée d'émotions.

Beaucoup de sacrifices. Mais pas de regrets.

/////

En aparté, un mot sur le côté économe du député Fortin.

Les portes vitrées à l'intérieur de ses bureaux, qui manquaient de discrétion pour recevoir des visiteurs, ont été ambrées à peu de frais avec une pellicule de plastique. Les bas de rideaux qui étaient déchirés ont été réparés à la brocheuse.

« Je suis les directives du ministre Coiteux » sourit-il.

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