Choisir de mourir de faim

Sonia Blanchette ne sera pas jugée par les tribunaux. La mère qui a tué ses... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Sonia Blanchette ne sera pas jugée par les tribunaux. La mère qui a tué ses trois enfants en décembre 2012 à Drummondville s'est laissée mourir à petit feu, en refusant de s'alimenter.

Ce cas s'apparentait davantage à celui du cardiologue Guy Turcotte qu'à celui de Luka Rocco Magnotta, le dépeceur qui avait prémédité ses gestes et qui s'est enfui après les avoir commis.

Comme le Dr Turcotte, Mme Blanchette avait tenté le soir même de s'enlever la vie en ingurgitant un cocktail de médicaments. Elle a été hospitalisée avant d'être interrogée.

Il était aussi semblable à celui de la Sherbrookoise Nancy Landry, qui doit répondre de la mort de son bambin de 3 ans et qui avait aussi consommé une puissante dose de médicaments. Au point où elle a passé plusieurs semaines dans le coma.

Dans le voyage sombre de la détresse parentale, le cadre général est souvent le même. Malheureusement.

Il est tout à fait normal que le père séparé cruellement de ses trois jeunes enfants, Patrick Désautels, ait réagi hier avec un certain détachement. Il ne faut surtout pas le juger, lui, si sa douleur est encore trop vive pour pardonner.

Ce dénouement lui enlève-t-il tout espoir de justice? C'est possible qu'il l'interprète ainsi. Mais un verdict de non-responsabilité criminelle au terme d'un procès - ce qui n'était pas improbable - n'aurait guère été plus facile à accepter pour M. Désautels.

Isabelle Gaston, l'ex-femme de Guy Turcotte, en a maintes fois témoigné. La décision de la Cour d'appel d'ordonner un nouveau procès au Dr Turcotte a chassé un peu de sa déception, mais il n'y a pas de certitude que le résultat sera différent.

Cette fin atroce et le désir que Sonia Blanchette aurait exprimé «d'aller rejoindre ses enfants» montre que la mère vivait tourmentée, pleine de remords, avec des blessures dans le coeur et dans l'âme.

Mourir d'inanition, au bout de ses forces, est l'un des pires châtiments que la femme en dérive pouvait s'infliger.

Quelques prisonniers insatisfaits de leur condition de détention à Talbot entreprennent une grève de la faim pour protester, que leurs griefs sont entendus dans les médias.

Une femme accusée d'infanticide ne se présente pas au palais de justice pour la conférence préparatoire de son procès, qu'on se contente de nous dire que «sa condition de santé ne le permet pas».

L'absence de Mme Blanchette a ainsi été justifiée à la mi-décembre. Quelques jours plus tard, affaiblie, elle était admise.

On n'empêche pas les gens de mourir à l'hôpital? Si, mais contre leur gré. Pas s'il y a refus de traitement.

Confidentialité oblige, l'Hôpital du Sacré-Coeur, où Mme Blanchette a rendu l'âme, n'a pas fourni davantage d'explications.

Un des avocats de Mme Blanchette, Me Jean-Pierre Ménard, a cependant révélé que les autorités carcérales et médicales avaient été sommées de respecter la volonté de la mère qui demandait à mourir.

Le ministère de la Justice devra démêler tout ça. Quel est le degré de lucidité nécessaire pour qu'un détenu exprime le refus de tout secours alimentaire, par gavage ou par injection, et que celui-ci soit respecté comme prescription morale et légale?

La loi pour «Mourir dans la dignité» a fixé les conditions pour devancer la fin de la vie en cas de maladie incurable. Une longue réflexion a précédé l'élaboration du cadre légal à suivre pour évaluer l'aptitude d'une personne à adresser pareille demande. Qui a «accompagné» Mme Blanchette dans ses choix?

À tout le moins, une médication de confort lui aurait été administrée pour alléger ses souffrances, le temps qu'elle perde ses derniers grammes de résistance.

L'avortement du procès fera tomber l'ordonnance de non-publication des preuves judiciaires, ce qui permettra notamment de dévoiler la teneur l'interrogatoire au cours duquel Mme Blanchette aurait avoué être celle qui a tué les enfants. La même transparence est indiquée quant aux étapes ayant mené au décès de l'accusée.

Il est par ailleurs absolument épouvantable que d'aucuns disent que cette mort est un «bon débarras», comme je l'ai lu et entendu depuis hier matin.

C'est renversant et inquiétant qu'il n'y ait pas la moindre considération humaine, même pour une personne à qui l'on reprochait des crimes aussi sérieux. À plus forte raison, quand l'état de santé mentale de celle-ci n'a pas été évalué par la cour.

L'intégrisme religieux n'est pas le seul conditionnement alimentant le délire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer