Ottawa en terrain miné

Marc Dauphin... (Archives La Tribune, Frédéric Côté)

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Marc Dauphin

Archives La Tribune, Frédéric Côté

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

On grimace juste à y penser, s'en remettre doit être bien pire. Ça prend l'avis d'un médecin.

Quelle est la gravité des blessures causées par 50 coups de fouet?

Appeler un urgentologue au CHUS pour lui parler du cas de Raif Badawi quand la salle d'attente déborde de patients, c'est risquer de passer la journée au triage. J'ai cherché une ressource compétente plus disponible.

Le Dr Marc Dauphin!

Non seulement le Dr Dauphin a-t-il l'expérience de la salle d'urgence de l'Hôtel-Dieu, mais en plus, il a été médecin de guerre. L'hôpital militaire de Kandahar était sous ses ordres lorsque le Canada a rapatrié ses soldats d'Afghanistan.

«Le fouet cause des plaies dangereuses. Pauvre homme, ils vont le tuer», s'est inquiété hier matin le Dr Dauphin.

Le tuer?

«Ce serait extrêmement dommage, mais je n'en serais pas surpris», a répété le médecin.

Il y a eu un silence au bout du fil. Un silence qui était plutôt synonyme de déflagration. Le toubib réalisait qu'il venait de poser le pied sur une mine antipersonnel.

Marc Dauphin est l'homme de confiance des conservateurs de Sherbrooke, le soldat qu'ils opposeront au député sortant Pierre-Luc Dusseault lors de la prochaine élection fédérale.

Docteur, ne vous presse-t-il pas d'appeler le premier ministre Harper pour lui exprimer vos craintes en même temps que celles de la famille de M. Badawi, qui vit torturée d'angoisse à Sherbrooke?

«Je n'y avais pas encore songé, mais je comprends bien que vous venez de me pousser dans le coin».

Hey, hey, Dr Dauphin, je ne fais que vous envoyer vers vos équipiers, vers le chef et le parti «que méritent les Sherbrookois», avez-vous dit en novembre lorsque votre candidature a été confirmée.

Le médecin à la retraite nourrissant des ambitions politiques m'est revenu plus tard en journée avec quelques éclaircissements.

«Heureusement, ils n'utilisent pas un fouet de cuir, mais plutôt des baguettes de bambou. Je dis «heureusement», car ils seraient alors certains de tuer M. Badawi» a nuancé le Dr Dauphin tout en dénonçant «cette flagrante atteinte à la dignité humaine».

Une courte séquence vidéo mise en ligne sur YouTube est associée au châtiment Badawi. On y voit un homme de dos, portant ses vêtements et se tenant debout, qui reçoit une série de coups dans le bas du dos, au fessier ainsi qu'aux cuisses avec un objet ne ressemblant pas à un fouet.

«Nous ne pouvons certifier que ces images sont celles de M. Badawi et que c'est de cette façon que la première série de coups lui a été administrée. Qu'importe la manière, c'est un mode de châtiment que notre gouvernement condamne haut et fort», a par la suite réagi Christian Paradis, le premier ministre en titre du cabinet Harper à prendre position dans ce dossier ayant de plus en plus d'échos à l'étranger.

L'épouse de M. Badawi, réfugiée en Estrie avec ses trois enfants, a été interviewée par le réseau CNN et a accordé une entrevue à la BBC Arabic.

M. Paradis n'a d'aucune façon voulu admettre que le gouvernement canadien a été timide en s'en remettant jusqu'à maintenant à une dénonciation de l'ambassadeur pour la liberté de religion, Andrew Bennett, alors que les protestations américaines ont été exprimées par un porte-parole du Secrétaire d'État.

«Le rôle de M. Bennett est justement d'intervenir au nom du Canada partout dans le monde. C'est à sa demande que l'ambassadeur canadien à Riyad rencontrera cette semaine le commissaire saoudien aux droits de l'homme. Nous allons alors réitérer la demande canadienne de mettre fin à ces pratiques.

«Notre prise est limitée. Nous n'avons pas de réel pouvoir consulaire, car M. Badawi n'est pas citoyen du Canada. Sa famille peut toutefois être assurée que nous faisons le maximum pour intercéder en sa faveur et pour l'aider», d'ajouter M. Paradis.

Peut-être que la solidarité des pays, exprimée dimanche à Paris, donnera un peu plus de poids aux représentations canadiennes. Il ne fera sûrement pas tort non plus que l'indignation monte en grade à Ottawa.

Enfin!

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