Les yeux dans les trous

Le député Pierre-Luc Dusseault, lors de la manifestation... (IMACOM, Julien Chamberland)

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Le député Pierre-Luc Dusseault, lors de la manifestation de vendredi pour la libération de Raif Badawi.

IMACOM, Julien Chamberland

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<p>Luc Larochelle</p>
Luc Larochelle
La Tribune

Avec le massacre ayant décimé l'équipe de Charlie Hebdo, la traque puis la frappe policière pour neutraliser les tueurs fanatiques preneurs d'otages, la violence en France a été une séquence continue ces derniers jours.

Pendant ce temps, Raif Badawi a été accroché à un poteau pour subir la punition des infidèles qui manquent de foi en Allah. Comme d'habitude, l'Arabie saoudite a veillé à ce que seuls ses citoyens emmagasinent ces rudes images pour rester purs...

Honte à vous quand même, justiciers saoudiens de la pensée formatée. Des voix viendront qu'à parler plus fort que votre fouet. Les premiers «Je suis Raif Badawi» sont apparus vendredi à Sherbrooke et il s'en ajoutera d'autres, ne serait-ce que pour vous chatouiller le dessous du pied.

Courage à vous ainsi qu'à vos enfants, Mme Haidar. Les Sherbrookois et Estriens seront également de plus en

plus nombreux à s'associer à votre combat pour essayer de vous apporter un peu de réconfort.

Avec un début d'année aussi sombre, le moral attaqué en même temps par le mordant de l'hiver, une chance qu'il y a eu un peu de chaleur humaine dans d'autres nouvelles au cours de la dernière semaine. Les députés Pierre-Luc Dusseault et Guy Hardy ont officiellement souhaité la bienvenue à la quarantaine de Syriens débarqués à Sherbrooke le mois dernier.

Pour celles et ceux qui ne feraient pas le lien, ces nouveaux arrivants sont parmi les millions de Syriens qui ont pris leurs jambes à leur cou pour échapper au jihad.

«Il y a eu une semaine d'horreur en France alors que la même folie dure depuis quatre ans et a fait 200 000 morts en Syrie. Il est temps que nous nous portions au secours de ces gens», souligne Georges Mourani, un Sherbrookois d'origine syrienne impliqué dans le parrainage.

Ces Syriens sont des chrétiens qui vivaient autrefois dans un pays multiconfessionnel. Maintenant, des intégristes y font la loi, n'offrant plus que deux choix : la conversion à l'islam ou la mort.

«Les menaces et l'intimidation commencent souvent par de l'extorsion. Les gens sont prévenus que s'ils ne versent d'importantes sommes d'argent, leurs proches seront abattus sous leurs yeux. Ils sont aussi contraints à prononcer un serment d'allégeance», décrit M. Mourani.

On a eu écho de plusieurs massacres dans les bulletins de nouvelles de la dernière année. Juste dans le pourtour de la Syrie, il reste quelques millions de personnes entassées dans des camps humanitaires, vivant dans des conditions minimales.

Arrive une vague de froid, comme ce fut le cas là-bas également cette semaine, qu'il y a plus de ces réfugiés retrouvés «raide mort» qu'il y a eu de victimes en France. Certains Syriens aujourd'hui installés à Sherbrooke ont vécu deux ans dans ces conditions de subsistance.

Le Canada a pris l'engagement d'accueillir 10 000 Syriens en 2015. Un autre contingent de quelques familles est attendu à Sherbrooke au cours des prochaines semaines.

Soyez chez vous parmi nous, chers compatriotes. L'actualité des derniers jours nous a remis les yeux dans les trous. L'angoisse et l'insécurité que vous avez vécues, nous en prenons la pleine mesure.

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«Faut-il maintenant qu'un tiers s'engage à verser une caution pour qu'une personne en danger soit secourue par le Canada», s'étonne un lecteur après avoir appris que l'Église syriaque orthodoxe de Sherbrooke a mis des actifs de 700 000 $ en garanties.

Il réfère à la vague de Roumains, entrés au Canada par l'Estrie sans s'arrêter à un poste frontalier et qui ont été pris en charge par les autorités gouvernementales après avoir demandé l'asile politique.

Ce sont deux situations différentes. Les Roumains sont entrés avec l'espoir, sans la garantie de pouvoir rester au pays. Pour ce faire, chacun d'eux avait à faire la preuve qu'il répondait aux conditions d'un réfugié.

Parrainés par des membres de leur famille, les Syriens ont quant à eux franchi tout le processus d'admission au pays.

«Ils sont détenteurs d'un certificat de sélection du Québec, ils ont leur carte de résident permanent, ils sont ici pour de bon. La caution dont nous parlons est seulement une garantie que nous les aiderons à s'installer et à pourvoir à leurs besoins jusqu'à ce qu'ils soient autonomes. Les personnes en âge de travailler sont qualifiées et ne tarderont pas à trouver un emploi», croit M. Mourani.

Souhaitons-leur pour 2015 santé et sérénité.

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